Transidentités : soustraire les différences au diagnostic

 En ligne, mars 2011 : http://www.revue-ganymede.fr/transidentites-2/
Par Karine Espineira, Maud Yeuse Thomas, Alessandrin Arnaud

Le documentaire « Diagnosing difference », base d’une analyse de la question de diversité que recouvre les transidentités, du problème du diagnostic, et des réalités sociétales et individuelles qui en découlent.


Extrait :

Samedi 11 février était diffusé pour la première fois en France le reportage « diagnosing différence » [1]. Sur une heure, treize de témoignages se succèdent : Susan Stryker, Adela Vazquez… Ils reviennent, tous à leur façon, sur les effets iatrogènes des catégories psychiatriques, sur leurs effets directs sur le story tellingdes transidentités et sur les modes de reconnaissances qu’ils imposent. « Ca ne m’apporte rien cette étiquette » dit l’une des interviewées ; « Je ne peux pas appeler mon patron le matin pour lui dire : « pardon patron, je ne viendrai pas travailler aujourd’hui, j’ai un trouble de l’identité de genre… ». À l’instar du reportage de Valérie Mitteaux (« mon sexe n’est pas mon genre » [2]), les profils et les récits trans’ de « diagnosing différence » nous semblent à la fois répondre à une promesse d’inclusion autour du terme de « transidentité » (« transsexuel, trangenre, genderqueer : il y a autant d’appellations que tu veux ») et à une mise à mal du diagnostic « transsexuel » comme élément central et nécessaire aux subjectivations trans’ « Est-ce qu’il faut améliorer le diagnostic ? La question c’est : est-ce qu’il faut un diagnostic ? » « Je dirai que j’ai une identification de genre moins fréquente, ça ne fait pas de moi une pathologie ». Comme élément de classification et de reconnaissance, la labellisation « transsexuelle » est alors dénoncée comme une imposition maltraitante [3] et désubjectivante : « C’est trop violent de vouloir faire rentrer les gens dans des catégories pathologisantes » ; « Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir un problème. Que la société n’ait pas de place pour moi, ça c’est une source de problème.» ; « Les catégories de sexe et de genre ne sont pas assez souples pour contenir qui je suis » ; « Le diagnostic m’a volé mon identité ».

Dans une acception Delphyiste nous pourrions dire que « dire la différence » revient à « dire la hiérarchie » [4]. Ainsi, en créant un hors cadre « transsexuel », il se créée surtout une hiérarchisation entre les « trans » et les « cis » [5], les non-trans, de telle sorte que le diagnostic, c’est-à-dire la validation a posteriori de la différence, s’effectue à la défaveur des identités de genres minoritaires, immédiatement basculées du côté de la déviance. Le diagnostic impose alors des « gages de normalité », une procédure de cisexualisation des identités labellisées « transsexuelles ». Or les expériences de genres vécues débordent des genres assignés et des sexes réassignés [6]. Ils disent aujourd’hui la pluralité sans promettre une normalisation. (…)

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NOTES :

[1] J’emprunte la formulation du « diagnostic de la différence » au reportage « diagnosing différence » d’Annalise Ophélian (2009) dont le sous-titre est : « la nature adore la diversité, ce sont les humains qui ont un problème avec ça »

[2] Lire par exemple : « Mon sexe n’est pas mon genre », Observatoire Des Transidentités, novembre 2011, disponible sur : http://observatoire-des-transidentites.over-blog.com

[3] SIRONI F., Psychologie(s) des transgenres été des transsexuel(le)s, Odile Jacob, 2011.

[4] DELPHY C., Classer, dominer, qui sont les « autres » ?, La fabrique, 2008

[5] « Cis » signifie « du même côté de ». La « Cisidentité » renvoie donc à la congruence entre les expériences de genre vécues et l’assignation de genre faite à la naissance. Lire à ce propo : SERANO J.,Whipping girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of feminity, Seal edition, 2007

[6] ALESSANDRIN A., Droit, psychiatrie et corps Trans : le triple débordement, in Aux frontières du genre (dir.), L’Harmattan, 2012.

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