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Ce billet, classé dans la catégorie humeur, est ainsi et avant tout, un partage de pensées et d’émotions liées aux actualités du moment. Ces dernières semaines, on a vu passer de nombreux messages et avis sur la création d’équipes de la Sofect à Brest et Lille, sur l’initiative malheureuse de Contact IDF, du colloque en préparation de Montpellier, etc. A ce propos, la suite d’article du weblog Blundr va à l’essentiel et avec une grande efficacité.

Pour ma part, j’ai été invitée à un certain nombre de ces « rendez-vous » et j’ai rarement eu l’occasion d’en parler car je me confronte souvent à un silence dont j’ignore s’il est dû au désintérêt ou à l’impossibilité de partager une réflexion sans passe d’armes comme il est devenu si coutumier dans les milieux militants, sachant que tout le monde se défend de pratiquer « la condamnation » sur le « on dit ». Pour en témoigner j’ai l’amer souvenir d’un post sur Facebook où l’on m’avait désignée comme « putophobe » pour avoir apporté mon soutien à une liste féministe pour les européennes. Surprise d’autant plus violente que je n’avais jamais entendu de positions contre les SW. Des amies ont été averties et on pu prendre leur distance à temps, mais pas moi. Ce sont de nombreux sms qui m’ont avertis de l’épinglage sur FB et du flot de condamnations et d’insultes  qui suivaient.

Les personnes qui me connaissent, ainsi que mes luttes et engagements, ont compris immédiatement la méprise mais peu ont osé prendre ma défense face à la propension d’autres à me lyncher symboliquement, reprenant et ré-interprétant la moindre de mes paroles, le plus souvent sur des « on dit » ou des lectures si sommaires qu’on ne peut appeler cela s’informer. Cela fait trois ans environ et parfois, j’en entend encore parler. L’épinglage FB qui a duré quelques heures intenses a été plus fort que tous mes articles, que tous mes ouvrages, que toute ma recherche, que tout mon activisme depuis plus de 20 ans en France (ASB, CGL, ZOO, CEL, UEEH, ECHO, SC, ODT…) et comme membre de la coordination internationale STP 2012. La personne qui m’a épinglé s’est présentée comme « bad cop » et « c’est tombé sur toi » m’a-t-elle indiqué en privé, oubliant qu’un petit mot public aurait fait du bien à tou.te.s car la seule femme de cette histoire a avoir été malmenée, c’était la trans.

J’ai reçu toute la documentation concernant le colloque de Montpellier. Si vous me dites « trop de médecins » je vais être d’accord bien entendu. Travaillant depuis des années sur l’idée que le sujet trans doit être désobjectivé, qu’il faut le décloisonner des approches strictement médicales et juridiques pour l’inscrire dans des approches culturelles, refaisant du sujet et de son environnement un sujet connaissant, un sujet de savoirs, valorisant les savoirs situés et les expériences de vie situés, je suis forcément déçue que les allié.e.s réifient le cantonnement médico-légal. Le « changement de sexe » redevient central dans ces approches alors que c’est le « changement de genre », toujours antécédent, qui doit être la préoccupation première. Je reviens d Argentine où j’ai pu donner des cours et une conférence sur le sujet et je vois bien les ouvertures que cela produit.

De même, encore une fois, on note la focalisation sur un trajet personnel. Là encore, le trajet individuel mit en vedette est contre-productif car il oblitère les contre-discours et les contre-représentations. Les politiques trans auraient mérité plus de place, d’attention et de respect. En pointant ces aspects, je n’insulte personne que cela soit entendu. Il serait de bon ton et politiquement judicieux (pour se faire applaudir) de jouer la carte de la radicalité et de lancer quelques gifles cinglantes et de clamer quelques « révolutions ! » sans jamais proposer un programme de société alternatif pour les personnes trans, pour ne m’en tenir qu’à ce public.

J’ai plutôt envie d’espérer, peut-être naïvement que la copie soit revue, avec moins de médecins car la population trans ne se réduit pas à des « transsexuel.le.s », à moins de trajets « individuels » car les politiques trans sont riches et encore trop méconnues. Activismes, militantismes, transféminismes, contre-discours et contre-représentations, entre autres termes et notions, ne sont pas des gros-mots ou des injures à la bienséance.

Je voudrais terminer ce billet, par le partage d’un malaise. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de décliner des invitations en raison de mes engagements personnels mais d’en accepter d’autres pour raisons professionnelles. Je peux ainsi faire partie d’une équipe dans laquelle il y a un psychiatre sans que cela fasse pour autant de moi une « traitresse » à la cause ou je ne sais quelle caution de je ne sais quel lobby. N’oublions pas que de son côté, le psychiatre doit composer avec une « trans » universitaire qui est présente, et ce, qu’il soit d’accord ou pas. Lequel est donc le plus loti si on s’engage dans cette logique ?

Les choses se déclinent encore comme suit. On m’a invitée à participer l’ouverture d’un événement étiqueté Sofect. Ma première pensée a été de refuser. J’y ai réfléchit et un peu discuté autour de moi. J’ai entendu des « vas-y ». Au passage, ce serait merveilleux et plus que réconfortant si ces « vas-y » prenaient publiquement ma défense, si je me trouvais épinglée sur FB ou Twitter, parmi d’autres réseaux [a]sociaux. Je songe aussi à tous ces moments ou Maud-Yeuse Thomas et moi-même, sommes allées au feu et seules, sans soutien, et sachant qu’au final il ne reste rien dans les mémoires.

De fait, je dois réfléchir à deux fois avant de m’engager car le bras de fer, qu’il soit conceptuel ou politique, existe aussi en interne. Je ne dois pas seulement tenir compte de ce que je vais devoir affronter comme « violences » dans un colloque avec des psys parfois hostiles ou condescendants quand je parle de savoirs situés mais aussi des suspicions ou diffamations en interne, au sein de mon propre groupe d’appartenance. Le dire, ce n’est pas non trahir cette appartenance.

Avant de poursuivre, je vais raconter une petite histoire qui démontre que parler de violences n’est pas trop fort. Lors d’un colloque international sur les questions liées au corps, j’ai assisté à des communications revendiquant des positions humanistes et compréhensives. A midi, je me suis retrouvée à table avec la plupart de ces intervenant.e.s. Une doctorante pose la question des « trans » à ces éminents universitaires -dont certains bossent sur la question, il faut l’avoir à l’esprit- et à un praticien très connu. Il se trouve que j’ai compris que je n’avais pas été « captée comme trans ». Il y a eu donc un effet « on est entre nous ». La tablée s’est transformée en foire ou ambiance « bar du bouloman ».

Chacun y allait de sa petite anecdote sur ces « pauvres trans ». Les rires avaient bien le ton de la moquerie et les discours l’habit du racisme comme nous en avons parlé avec un copain présent à cette table. J’ai eu envie de recadrer mais finalement j’ai pris le parti d’écouter jusqu’au bout, d’accepter de voir jusqu’où cela irait. C’est allé très loin : moquerie sur la terminologie (transgenre, transidentité, cisgenre), sur le coût des opérations (« le trou de la sécu », si si c’est vrai…), les revendications associatives, etc. J’ai écouté et tout entendu et c’était, croyez-moi bien, très violent pour moi émotionnellement.

J’ai quitté cette table avec un indescriptible malaise, révoltée autant qu peinée que de tels esprits soient tant en contradiction avec ce qu’ils/elles énoncent publiquement. J’ai écourté ma présence au colloque et le soir-même j’ai été dans l’incapacité de partager un nouveau repas avec ces gens là. Je suis restée dans ma chambre avec un grand sentiment de solitude et de dépit car désormais je sais ce qu’il peut se dire « de nous » quand des personnes qui travaillent « sur nous » se racontent des choses « sur nous » quand elles pensent n’être « qu’entre elles ».

Il me semblait important de partager cette expérience de violence car je la revis toujours comme telle.

 

Pourquoi avoir accepté dans un second temps d’intervenir dans un événement étiqueté Sofect ?

 

Voici mes principales réponses :

  • C’est dans mon champ professionnel : En apprendre plus.
  • Je n’y présente pas comme « représentante des trans » ni des associations.
  • Je ne prétends pas parler « au nom de … » , ni de personne d’ailleurs.
  • On m’a proposé un exercice de savoirs situés.
  • Mon propos se résume à expliquer pourquoi les politiques trans ne veulent pas d’eux.
  • Je ne cherche aucune caution de leur part car je n’ai aucun objectif liée à la carrière.
  • Je ne suis pas une caution pour eux car j’interviens comme sociologue et non comme représentante des trans ou d’une association.

 

Mon ressenti ?

  • Je suis effrayée de ne pas être à la hauteur des savoirs que j’aimerais valoriser. Je serais toujours en position de contre-public subalterne. Si je l’oublie l’institution me le rappelle toujours.
  • Je suis terrifiée à l’idée du lynchage et que mes travaux et engagements soient oubliés en un millième de seconde. Car : Maud-Yeuse Thomas, moi-même et bien d’autres, nous avons voulu et souhaité que des savoirs trans existent et viennent concurrencer d’autres savoirs, souvent maltraitants. J’ai donc lutté aussi avec mon doctorat, et peu savent combien j’ai été seule dans l’université à ce moment là. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes trans s’engagent dans ces parcours, j’aimerais qu’ils et elles n’oublient jamais ce que j’ai pris dans la figure pour qu’ils et elles puissent faire de même avec moins de claques à l’arrivée et qu’ils fassent de même pour les suivant.e.s. Enfin, je ne vie pas dans un château dans un quartier huppé de Marseille comme certaines mauvaises langues ont voulu le faire croire. Bhé non, je ne suis pas des élites et des cercles de pouvoir, pas plus que Serano, que Stryker, Feinberg, Stone, ou Califia, entre beaucoup d’autres, me semble-t-il.
  • Je souhaiterais un peu plus de solidarité et un peu de condamnations gratuites et opportunistes.

 

Nous verrons bien si je me dégonfle ou pas, car je me donne aussi ce droit là, celui de reculer et de renoncer. En écrivant ces lignes, je suis d’ailleurs plus proche du renoncement que de quoi que ce soit d’autre, et je trahirais au passage la confiance de deux universitaires féministes, pour lesquelles la question de la légitimité de la parole n’est pas négociable.

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Réflexions situées sur le documentaire « Trans c’est mon genre » (2016)  d’Eric Guéret

Suite à des messages privés et des commentaires sur Twitter, je m’autorise ces quelques lignes d’explications et de remises au point.
 
Le Non :
– Je ne suis pas la réalisatrice.
– Je ne suis pas la responsable du casting.
– Je ne suis pas payée par France 2 pour vendre le documentaire.
– Je n’adhère pas à l’ensemble des discours tenus par les protagonistes.
 
Le Oui :
– Dans mes échanges avec le réalisateur, j’ai parlé des conditions de vies des personnes trans : Prostituées, Sex-workers, Séropositives, Précaires, Migrantes, Sans papiers, Jeunes et moins jeunes, Scolarisées et déscolarisées, Psychiatrisées, Féministes et non-féministes, Politisées et non-politisées, Genre fluide, etc.
– J’ai parlé de l’ensemble associatif français et des inégalités de médiatisations (Ft*/Mt*) ainsi que des agressions liées au « cumul de stigmate » : couleur de peau, classe sociale, passing, expression fluide, etc.
– J’aurais aimé voir plus de personnes politisées prendre la parole.
– Des personnes très politisées que j’aurais souhaité entendre m’ont confié avoir décliné et je respecte leur décision.
– J’aurais aussi souhaité la présence de jeunes femmes trans.
– Je pense toujours et très sincèrement, que malgré ses défauts, ce film peut être un vrai outil de sensibilisation susceptible d’en inspirer d’autres, y compris réalisés par des personnes trans, en espérant vivre assez longtemps pour le voir.
pendu
Le Télérama de la semaine du 29 octobre au 4 novembre 2016. L’article de Marie Cailletet intitulé « Ce n’est pas leur genre » (n° 3485, p. 83-85) est consacré au documentaire d’Eric Guéret, intitulé « Trans c’est mon genre ». J’ai été interviewée avec attention par Marie Cailletet au même titre qu’Eric Guéret. L’article me semble limpide et aborde les points de satisfaction comme de frictions. De par mon travail de chercheure comme de mon identité trans et donc parfois consultée aux deux titres, cette interview confirme un changement d’approche des journalistes et une bonne note est toujours quelque chose de réjouissant.
J’ai rarement pu échanger autant avec un réalisateur qu’avec Eric Guéret, mis à part l’amitié née avec Cynthia Arra et Mélissa Arra durant le tournage de « L’Ordre des mots » (2007) au cours de nos longs et amicaux échanges. Le réalisateur m’a fait confiance et j’ai pu suivre le projet se construire, tout en notant l’évolution du réalisateur face à ses découvertes, ses questionnements et remises en causes. La formule « ne pas faire de mal, être utile », résume mon ressenti au cours de nos échanges. Avec Maud-Yeuse Thomas, nous avons travaillé à l’aiguiller vers le plus de groupes trans possibles, sans faire entrer en ligne de compte nos inimités ou nos dissensions politiques. Par rapport au tissu associatif et militant, il y avait une prise de risque mutuelle. De notre côté, allions-nous à nouveau, vivre une « trahison médiatique » ou autrement dit : quand des professionnels des médias plient « les réalité trans »  à leur point de vue ? Si le CV du réalisateur plaidait en faveur d’une personnalité engagée, un point auquel nous sommes sensibles, nous avons pu aussi lui parler avec une grande franchise. Ce que je donne à voir des coulisses me paraît important d’être souligné d’autant plus que je m’interroge sur la réception et ses effets symboliques.
Nos groupes trans sont très « à cran », et souvent avec raisons, sur le traitement médiatique dont les personnes T sont l’objet. Je suis familiarisée avec le sujet pour avoir étudié cette médiatisation depuis l’après-guerre et pour être tout simplement une personne trans « out », volontairement, comme telle dans mon métier et ma vie publique. Des publications existent sur le sujet mais ne semblent pas très connues car l’écriture académique n’en facilite probablement pas l’accès facile :
L’approche dénonciatrice qui caractérise un groupe quand il est soumis à des maltraitances sociales, théoriques et médiatiques est compréhensible et doit être prise en compte. Cependant, cette approche qui touche à la revendication fait parfois oublier que des choses changent, peu à peu – toujours trop lentement à l’échelle de nos vies, nous sommes bien d’accord. Mais elles changent. Notons l’évolution du lexique, du vocabulaire et des images. Notons le travail de consultation réalisé auprès des associations. Certaines ont joué le jeu avec précaution tandis que d’autres ont refusé net, et c’est leur droit. Les « trahisons médiatiques » sont connues. Mais tous ces groupes trans auront été abordés avec respect, les personnes traitées comme des sujets et non comme des objets. Nous pouvons donc critiquer, et c’est notre droit, mais nous devons aussi nous donner les moyens de voir les bonnes volontés, de nous autoriser à ressentir à nouveau ce qu’est la sincère bienveillance.
Comme l’article de Marie Cailletet le souligne, j’ai exprimé l’idée que certains points ou certains mots émanant de tel ou tel témoignage, soulèveront la critique de tel ou tel groupe, de telle ou telle politique. A n’en rester-là, on en oublierait alors que c’est le premier documentaire sur la transphobie et qu’il a été motivé par de bonnes raisons et réalisé avec humilité. On entendra peut être : « oui mais c’est encore la parole d’un non-trans ». En effet, ce n’est pas « un produit made in transland » mais la parole qui y est donnée, est elle, bien trans dans toute sa diversité. « On aime » ou « on aime pas » les témoignant.e.s et leurs profils, on n’engagera aucune polémique sur ce point. Écoutons plutôt le fond et jugeons l’ensemble. Ne passons pas à côté de l’histoire de transphobies ordinaires à travers des récits sans équivoque car ce documentaire est bien un tout. Il est précieux car il pointe, avec la diversité de ces paroles situées, les maltraitances institutionnelles et culturelles.
Le format d’Eric Guéret est très différent de celui des documentaires cultes français que sont à mes yeux « L’Ordre des mots » (Cynthia Arra & Mélissa Arra, 2007) et « Fille ou garçon : mon sexe n’est pas mon genre » (Valérie Mitteaux, 2011). Mais il a en commun, non seulement une approche bienveillante mais aussi une posture humaniste au sens de : « Je ne veux pas que l’autre reste un.e étranger.ère. J’accepte les effets identitaires qu’il/elle produit sur moi et je remet en cause mes certitudes. Ce faisant je m’enrichis ». Ce n’est pas comme si nous ne partagions pas la même planète, c’est surtout que les plus conservateurs ne la veulent que pour eux.
Du temps de l’association Sans Contrefaçon (2005) nous avions eu un conflit interne quant à l’utilisation du mot transphobie, jugé « trop agressif » et pas assez « pédagogique » (!?) envers « le grand public ». Maud-Yeuse Thomas, Tom Reucher et d’autres, avons défendu ce terme et l’association s’est scindée. Nous ne regrettons rien, car nous voyons bien que nommer c’est faire exister, c’est faire reconnaitre les violences et faire sortir de l’invisible, de l’ombre, les réalités de nos vécus.
Nous sommes un mouvement social qui revendique son existence.
Nous sommes un mouvement féministe qui revendique des droits.
Nous sommes un mouvement transféministe qui dénonce le sexisme, la racisme et bien d’autres « ismes » excluants.
Nous sommes…
Et, nous avons le droit de nommer les processus institutionnalisés qui tendent à nous exclurent de l’humanité.

J’ai classé ce papier dans la rubrique « humeurs ». Nul appel de note et nulle référence « savante » dans les lignes suivantes, juste ma pensée en tant que personne engagée ne souhaitant pas s’oublier dans le climat que l’on sait. 

ORTF - 1959 - Le Chevalier d'Eon. J'ai choisi cette image car elle résume mon travail que je veux sérieux, curieux et engagé. Rien n'est moins sage qu'un image...

ORTF – 1959 – Le Chevalier d’Eon.
J’ai choisi cette image car elle résume mon travail que je veux sérieux, curieux et engagé. Rien n’est moins sage qu’une image…

Transphobie intériorisée ou effets des rapports de pouvoir ?

Depuis que nous travaillons à produire des savoirs et des mises en débat, j’ai été très étonnée de voir à quel point des personnes pointaient les deux personnes trans de l’Observatoire des transidentités. Désignées de colistières ou de « boniches », Maud-Yeuse et moi-même avons fait le constat (au-delà même des blessures personnelles) que travailler avec un cisgenre, comme il est fréquemment souligné, nous plaçait automatiquement dans un statut de subalternes. Dans l’intracommunautaire trans, il semblait par conséquent que si des personnes trans travaillaient avec un non-trans, elles ne pouvaient être que des subordonnées.

Formulons la question suivante : deux personnes noires qui travaillent avec une personne blanche sont-elles automatiquement ses subordonnées ? Pareillement avec deux femmes travaillant avec un homme, deux Roms avec un français, deux lesbiennes avec un gay, etc. ? Répondre « oui » semble inacceptable, xénophobe, homophobe et sexiste bien que les rapports de pouvoir puissent être interrogés en interne ou plutôt que leurs perceptions par l’extérieur doivent être envisagées. En effet, les noirs, les Roms, les femmes, les lesbiennes et les trans (pour s’en tenir là), n’auraient-ils/elles les mêmes capacités et mêmes aptitudes que les « autres » à travailler en pairs et en égalité, voire porter des responsabilités ? Pourquoi un certain intracommunautaire trans nous a-t-il ainsi nommées, classées et normées ? Faut-il incriminer une « transphobie intériorisée » ou dénoncer le piège et les effets des dispositifs de pouvoirs qui structurent individus ou société ?

À titre personnel, je préfère orienter le propos sur la question des rapports de pouvoirs et de leurs effets symboliques. La mise en position de subalterne se double d’une dénonciation de classe. En effet, nous avons lu et entendu que nous serons des « universitaires bourgeoises ». Paradoxe ? Subalternes d’un côté et classe privilégiée d’un autre côté. Comment et où trancher ? Nous avons dû rappeler en maintes occasions telle la défense d’un procès d’intention que l’une de nous était fille de paysans bretons et autodidacte, tandis que l’autre était immigrée et issue du milieu ouvrier. Pour l’une, la construction d’une pensée s’est faite sur un acharnement à ouvrir des livres, les comprendre et les maîtriser les uns après les autres entre deux jobs alimentaires. Pour l’autre, manquer l’école à l’âge de onze ans pour suivre sa mère faire des ménages a créé des vides rattrapés en entrant dans la vie active à l’adolescence sans quitter l’école pour autant, et en parvenant par la suite à conjuguer vie active et université. Quelle étrange bourgeoisie représentons-nous là ? Redite : Nous disqualifier par la négation de nos classes d’origine correspond-il à une transphobie intériorisée ou aux effets du piège des dispositifs de pouvoirs qui structurent individus ou société ?

Une personne trans doit-elle être coupable de vouloir s’élever pour se donner les moyens du débat, de ses désirs propres et de la vision qu’elle a de l’engagement (individuel et collectif) ? Quelle est donc la peine encourue pour vouloir réaliser ses rêves et lutter ? Une nouvelle fois, j’incrimine les effets symboliques des dispositifs de pouvoir. Nous devons décoloniser nos esprits : Une personne trans a le droit de vouloir être autre chose que ce que la société veut qu’elle soit. S’élever de sa condition sociale n’est pas non plus un crime ou la trahison de sa/ses communautés de destin.

Je vais raconter une petite histoire pour illustrer le propos et lui donner un sens : dans ma cité HLM de Manosque qui se nommait Les Serrets et qui correspondait au « bas » de la ville au sens propre et figuré, nous étions plusieurs vagues d’immigration rassemblées. Farid, Soraya, Fabrice, Abdel, Manuel, Karim, Dalila, Patricia ou Fatina étaient des prénoms familiers et amis. Au collège, le premier tri que représentait la redirection en collège technique pour les personnes qui ne l’avait pas souhaitée, avait élimé la plupart d’entre nous à la fin de la cinquième. Le passage au lycée fut une hécatombe. Sur une cinquantaine de mômes, nous n’avons été que trois parvenir au Bac et à l’obtenir. Sur le chemin du lycée, je croisais souvent certains de ces camarades sur le bord du trottoir, attendant la fourgonnette qui allait les mener au chantier, à l’usine ou encore faire le ménage dans le centre nucléaire de Cadarache tout proche. Entre-nous aucune animosité, plutôt une grande solidarité. Le « jeune homme » que je tentais d’être, frêle et efféminé, considéré si faible que les « privilèges » du masculin lui étaient interdits (et inaccessibles de toute façon) se voyait encouragé à poursuivre des études par ces jeunes adultes qui avaient été les enfants tortionnaires de son enfance. Ceux-là même qui s’attaquaient aux « filles et garçons manqué-e-s ». Je me suis sentie une grande responsabilité à être de ce quartier dont le seul énoncé sur la carte d’identité valait suspicion lors des contrôles de police en ville ou lors des descentes de CRS dans le quartier certains soirs d’été. J’ai tiré de la fierté à être issue du milieu ouvrier et immigrée à parvenir à un 3e cycle sur les bancs de l’université en dépit de tous les pronostics d’échec. C’était dans les années quatre-vingt, bien avant de refaire le même coup, cette fois-ci en tant que trans, féministe, immigrée et issue des classes ouvrières. Je ne hiérarchise plus en mettant « ce tout » sur le même plan et c’est bien une forme de résistance que j’exprime.

Une parenthèse sur le « privilège » de l’éducation « masculine » : Les anti-trans dans les mouvements féministes devraient interroger ce que je viens d’écrire plus haut et ne pas se cantonner à disqualifier les personnes trans avec l’argument massue : « t’as été élevé en homme ». Expression qui correspond en tout point à l’argument : « t’es né-e avec un sexe de femme ou d’homme ». À méditer.

Cette solidarité de destin et de classe dont je parle, peut être nôtre. Elle doit l’être. Il y a aussi un monde au-delà (et non au-dessus) de la condition trans. On a le droit de ne pas être qu’une personne trans témoignant, malade, souffrante et discriminée. Je suis solidaire avec nos sans-papiers, nos prostitué-e-s et travailleu-rs/ses du sexe, nos politiques, nos stars du cabaret, nos séropositi-fs/ves, nos étudiant-e-s et même nos grandes gueules. Nul ne doit, fut-il trans, nous tirer vers le bas. Nulle hiérarchie ne doit présider dans nos rangs. L’ « ennemi principal » se trouve aux intersections de bon nombre de dominations, d’injustices et de discriminations. Établir ici des hiérarchies c’est reproduire les effets de pouvoir qui divisent par définition.

Pour conclure ce « long billet d’humeur » je vais revenir sur le thème de la transphobie dans le cadre des auditions « forcées » ou « pressées » de la « mission Transphobie ».

Certes la cause est noble sur le papier et son urgence dans le climat que l’on sait. La politique de la chaise vide a aussi ses limites. Mais ici je dis très clairement que je refuse d’être asservie, prise en otage et auditionnée par des supposé-e-s égales/égaux. Je dis encore refuser un dispositif de pouvoir qui nous humilie en nous mettant dans une position dans laquelle nous ne sommes plus égaux entre auditionné-e-s et auditeurs. « Mission Transphobie » ? Mais est-ce que le dispositif mit en place à la hâte ne tient pas déjà de l’acte transphobe ? Et malgré cette terrible question, je souhaite que l’on parvienne en fin de compte à lutter contre toutes les formes de phobie tout en me disant que l’aide proposée ne doit pas prendre la forme du tutorat. Dois-je interroger mes doutes ?

Un esprit libre

Un esprit libre

Liberation.fr

Mort d’Henri Caillavet, ancien ministre, grande figure du radicalisme

27 février 2013 à 22:58

Le Monde.fr

Henri Caillavet, un législateur hors du commun

Le Monde.fr | 27.02.2013 à 13h39 • Mis à jour le 27.02.2013 à 13h44

Le Nouvel Observateur avec AFP

Henri Caillavet est mort

Créé le 28-02-2013 à 08h04 – Mis à jour à 08h04

Lefigaro.fr

Mort d’Henri Caillavet, ancien ministre

AFP Publié le 27/02/2013 à 19:53

L’ancien résistant, figure du radicalisme et « recordman de la législation » est mort chez lui à Bourisp à l’âge de 99 ans.

Pour aller plus loin…

Ces quelques titres illustrent l’ensemble de ce qui a été écrit dans la presse. J’ai rencontré symboliquement Henri Caillavet en même temps que je tentais de comprendre qui j’étais, puis dans mon investissement associatif dans les années 90. Depuis, bien des mots paraissent désuets sortis du contexte d’alors et des urgences de l’époque. Aujourd’hui, le positionnement militant de ces dernières années pourrait trouver le discours du sénateur condescendant voir pathologisant, et ce serait se méprendre lourdement si on ne prenait le temps de situer l’action et le propos.

Dans mon travail de recherche, la rencontre avec Henri Caillavet était incontournable. Une occasion de rappeler que l’académie de médecine s’était publiquement opposée à son projet de loi (29 juin 1982) et qu’il se sentait concerné par la situation de nombreux autres groupes disqualifiés, minorisés et souvent opprimés. Avec les outils de la pensée de son temps, il parlait déjà de l’égalité des droits.

j’ai retenu un passage précis de ma recherche pour illustrer à mon tour le propos, voici  ce que j’écrivais à son propos dans le cadre d’une analyse de l’émission Bas les masques du 12 juin 1996.

 Extrait :

L’action et la parole du sénateur Caillavet relient les deux périodes (1980 et 1990). Cette référence est incontournable, comme l’écrit Maxime Foerster : « véritable Condorcet de la cause transsexuelle, le sénateur Caillavet détonne dans un paysage politique oscillant entre mépris et indifférence par le dépôt de sa proposition de loi au sénat le 9 avril 1982 (…) Henri Caillavet a consacré sa carrière politique à la défense de causes diverses (droit à l’avortement, légalisation de l’euthanasie, facilitation du don et de la greffe d’organes, etc.) ayant en commun le droit des personnes à disposer de leur corps et la défense de leur liberté individuelle »[1]. Au cours d’une émission (Bas les masques, 1996), le sénateur expliquera : « J’ai tenté de protéger cette catégorie de personnes humaines[2] ». Chacun de ses engagements lui aura valu mauvaise réputation et insultes : « Pour mon soutien à l’euthanasie j’ai été  rejeté par le parlement, insulté par la presse. Pour la greffe d’organe, on m’a traité de dépeceur dans les cimetières, de charlatan. Quand j’ai abordé le débat sur l’homosexualité, on m’a dit : toi tu peux en parler, tu es un montagnard, ça ne te gêne pas. Tu es passionné de rugby. Pour les transsexuels, le débat a avorté »[3]. Maxime Foerster donne un autre aperçu du contexte : « Si le législateur ne prête pas attention aux conditions de vie des transsexuels, les psys continuent et intensifient leur travail de psychiatrisation des transsexuels en spéculant sur la ou les pathologies qui font des transsexuels des malades mentaux déraisonnables dans leur demande de changement de sexe ».

On voit que l’historique des qualificatifs « disqualifiants » éclaire l’histoire des résistances à l’égalité des droits. On devine aussi – et le Pacs comme la Halde en leur temps ont aussi montré – qu’un droit peut aussi être acquis aussi au prix d’un tribu payé par les alliés. En ce sens espérons que le mariage pour tous ne sera pas l’occasion de voir se rejouer ce qui finit par tenir lieu de redite. On pense à une éventuelle loi sur l’identité de genre en France par exemple ou  encore à la PMA.

Les véritables avancées n’ont jamais répondu à la politique des petits pas. L’histoire est témoin.

Karine Espineira


[1] Maxime Foerster, Histoire des transsexuels en France, H&O, 2006, p. 130.

[2] Bas les masques : « la  150ème », France 2, émission du 12 juin 1996.

[3] Bas les masques : « Transsexuel, je suis né dans la peau d’un autre », France 2, émission du 16 février 1996.

Préambule

Il est fréquent d’entendre parler des associations qui ont formé le « berceau parisien », en des termes parfois peu élogieux. A tort ou à raison, l’ASB comme le Caritig sont vues comme des structures hégémoniques qui voulaient avoir la main mise sur tout. J’ai connu ces associations peu après leur  fondation et à des degrés divers. J’étais impliquée à l’ASB du temps de Tom Reucher et je côtoyais le Caritig en de rares occasion de réunions avec Armand Hotimsky. Ma militance comme mon entrée dans le domaine de la recherche m’ont conduite vers le constat des déficits concernant le terrain transidentitaire : d’histoire et de mémoire. Nous retrouvons une partie de l’héritage de la culture cabaret transgenre avec Bambi et Marie France, comme avec la nécessaire réhabilitation de Coccinelle dont le rôle dans l’édification des réseaux d’entre-aide n’a pas été des moindres. Pour l’histoire, chacun la voit encore débuter avec son action propre oublieux parfois de l’héritage ou de la simple reconnaissance d’une aide, d’une information ou d’un accompagnement qui aura été précieux à une personne mais qu’elle jugera plus tard peut être dans la désuétude de l’oubli. Voici sous forme de témoignage, un façon comme une autre de contribuer à marquer ma reconnaissance envers ceux et celles qui m’ont précédés et qui m’ont transmis leurs savoirs et leurs énergies.

Affiches de l’Existrans : 2001 à 2003

Chroniques martiennes : l’Association du Syndrome de Benjamin au jour le jour

Qu’était l’activité à l’ASB de 1996 à 1999, pour prendre celle que j’ai connue ? Nous allons le relater sous forme d’une modeste chronique qui va démontrer que nous sommes loin d’un modèle associatif hégémonique.

Jeudi : support téléphonique au centre Gay et Lesbien de Paris de 14 heures à 18 heures. Notons que les gays et lesbiennes ne savaient pas toujours ce qu’étaient les trans, un peu comme pour les Bi d’ailleurs. Nous recevions des personnes en questionnement, parfois dans un grand désœuvrement matériel et psychologique. Ces personnes que certain-e-s trans aimeraient voir psychiatriser car ils feraient du tort aux autres trans intégrés et seraient « quand même bien déglingués ». C’est oublier que nous avons reçu certaines d’entres-elles dans le même état ! Mais accomplies depuis, elles ont oubliées… Ces « déglinguées » étaient des personnes coupées de leurs familles et attaches, sans emplois et sans perspectives immédiates. Nous recevions aussi des copines prostituées, mais c’était plus rare. L’ASB n’avait pas la réputation d’être accueillante aux transgenres et aux prostituées. Ici l’arbre cache bien la forêt. Quelques avis stigmatisants sont parvenus à cacher les amitiés qui se sont nouées dans le respect des un-e-s et des autres. Comme tu étais belle et bienveillante Elsa. On ne peut t’oublier.

Ne parlons pas du débat théorique qui s’était engagé dans un silence total pour défaire le transsexualisme comme concept médical. Nous dénoncions déjà la hiérarchie pyramidale entre trans. Venu-e-s de tous horizons, ou appelant de l’autre bout de la France des copines et copains inquiets et parfois effrayés de ce qui leur arrivait, d’autres sont atteints du VIH, d’autres envisagent la prostitution pour se payer les soins et les opérations. Parfois débarquaient des étudiants ou d’apprentis réalisateurs en mal de sujets. Sans compter les journalistes et les « hommes » de télévision. Quelques trans lover en chasse ou en cavale firent de bref passages. Au bar du CLG, une copine faisait parfois des siennes, fustigeant gays et lesbiennes dans leur propres locaux… On rattrapait le coup et à force ils finissaient par ne plus s’offusquer.

Samedi : Journée collage de timbres chez Tom Reucher. Nous passions des après-midi à ouvrir les courriers, nous répartir les courriers et tentions d’y répondre au mieux avec ce que nous avions comme connaissances. Je commençais tout juste mon trajet et me retrouvais à réconforter et envisager des réponses à quelqu’un comme moi, comme nous tous dans cette pièce. Ambiances lourdes et légères se succédaient au fil des exposés des projets, de l’agenda associatif. Je me souviens très bien de vos visages Thibault, Vincent, Maud, Christelle, Tom et les autres dont j’ai parfois oublié le prénom. Pardonnez-moi.

Dimanche : réunion mensuelle avenue Daumesnil. Réunions parfois thématiques comme la journée des parents, ou le grand repas annuel. J’avais été stupéfaite de voir que des personnes traversaient toute la France juste pour rencontrer d’autres personnes comme elles, d’autres trans en somme. Internet naissant ne permettait pas encore les outils multimédia et loin était le web 2.0 qui ferait oublier qu’il fallait beaucoup d’huile de coude et de volonté pour s’organiser, se voir, se rencontrer l’espace de quelques heures seulement. Elles débarquaient à Paris pour vivre avec d’autres le temps de quelques heures.

Le tout tenait sur des bouts de ficelles et plus d’un serait surpris des budgets ridicules avec lesquels la machine tournait.

Chroniques martiennes : à bout de souffle

Affiches de l’Existrans : 2004 à 2006

Réunions et lobbying : à la recherche d’alliances. En premier lieu, au centre gay et lesbien lui-même dont le président de l’époque Alexis Meunier était d’une rare bienveillance. La formation des bénévoles du Centre incluait déjà les trans. Nous participions parfois à la rédaction au 3Keller, la revue du CGL. Entretiens avec le député socialiste Patrick Bloch, rendez-vous au syndicat de la magistrature, déplacements à l’étranger pour rencontrer les chirurgiens belges, comprendre leurs techniques et  évaluer les financements. Autres rencontres dans l’hexagone avec des médecins pour former cette base de données que Tom Reucher ne garda jamais pour lui et dont nombre de trans ont bénéficié. Rendez-vous avec des avocats et édification des premières filières pour contourner les tribunaux défavorables et aiguiller vers des tribunaux favorables tel celui de Chartres à l’époque où je fus la quatrième à obtenir son changement d’état-civil sans expertise et en moins de  quatre mois. Oui nous nous comptions, tant c’était rare et difficile. Un ou une de plus de passé était une grande victoire. Nul record, nul vantardise, juste le murmure du soulagement.

Informations et communications : de l’Identitaire à l’Existrans. Créer plus qu’un bulletin associatif tel était l’objectif de l’Identitaire dont je ne sais encore comment le nom m’est venue. Peut-être la fréquentation de Maud-Yeuse qui théorisait du matin au soir, allez savoir… Réunions multiples chez Maud avec Tom, Vincent, Thibault, Ionna, Myriam, Ripley, et les autres. Mac Plus ou SE30, sur Xpress ou Pagemaker, illustrations ou full rédactionnel ? L’Identitaire est né pour créer un outil de communication et d’expression, aborder la culture sous différents angles qui incluraient nos propres visions du monde qui finalement était déjà « trans ».

Participant aux réunions d’organisation de la Gay Pride de 1998  sur le thème de la citoyenneté (déjà) nous avions été aux anges avec le projet de petit train pour les enfants des parents gays et lesbiens, mais dépitées par la polémique : « une folle » en tête de cortège va-t-elle nuire aux mots d’ordre ? Nous nous sommes dit que chaque groupe avait ses travestis, ses boucs-émissaires. Cela nous avait d’autant plus interpelées que nous travaillons déjà avec le Zoo de Marie-Hélène Bourcier. De son côté le constat de nos difficultés à exister au sein des organisations gays et lesbiennes à l’époque conduisait Tom à l’idée d’une marche qui serait nôtre. J’ai travaillé sur l’aspect communication de cette première Existrans, sans y participer pour des raisons de santé. Mais j’étais sceptique et je ne suis pas parvenue à suivre Tom plus loin, le trouvant trop optimiste et pas assez stratège. Pour ma part, j’étais dans l’optique d’un renforcement de nos alliances avant d’envisager cette nouvelle forme de visibilité pour les trans. Sur ce point, j’avais tort et Tom a bien fait de persévérer et alea jacta est.

Affiches de l’Existrans 2007 à 2009

Mes souvenirs ne sont pas si romantiques. Je dois vous détromper. Il y a beaucoup d’obscurité dans ces images, du glauque parfois, de crises de larmes et de fatigues consécutives à des réunions presque chaque soir de la semaine. Réexpliquer sans cesse notre condition, devoir lutter aussi à l’intérieur contre nos propres démons. Ces chroniques constituent le souvenir d’un travail difficile qui fait défaut dans la mémoire trans qui n’a toujours pas d’histoire commune. Chaque groupe semble avoir tout inventé comme chaque trans rejoue le changement de genre comme une première et unique fois. L’ASB, le Caritig et le PASTT ont été animés par des pionniers qui eux-mêmes ont hérité a des degrés divers de la socialité issue du cabaret transgenre (ici on doit beaucoup à Coccinelle), de l’entre-aide des prostituées, des acquis des associations précédentes de Marie André à Coccinelle en passant par Marie-Ange Grenier. Les trans ne viennent plus seuls au monde depuis longtemps. Ils ne naissent donc pas dans les artichauts dans les hautes terres arides ou gelées. La reconnaissance de ces acquis a participé à me construire comme trans bien avant d’autres trans et bien après beaucoup d’autres. Une dernière pensée pour les filles de l’ABC, mouvement transvesti puis transgenre peu importe. Elles ne se déclaraient pas association de « transsexuelles », elles m’ont pourtant acceptée et recueillie pour ainsi dire le temps que je sois assez forte pour aller vers ces associations naissantes, là-bas à Paris. Merci Gaby, Chantal et toutes les autres de m’avoir protégée.

Je me dis que quelqu’un en ce monde a les mêmes pour son action au Caritig et je partage sa joie comme sa nostalgie. On ne savait pas dans nos bien puérils crêpages de chignon à quel point il était déjà important tout simplement d’Exister et de mettre un pas devant l’autre.

Karine Espineira

Affiches de l’Existrans : 2010 à 2012

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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