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« Montage-film-documentaire » :

Gare aux trans 2.0.

Il s’agit d’une photographie de ce que l’on dit de nous et montre de nous, face à nos voix et nos actions. Ce document ne peut être exhaustif car c’est impossible. Je souhaite qu’il soit regardé et considéré avec bienveillance car au contraire de la majorité des productions sur les trans, il n’es pas maltraitant. Il montre la maltraitance justement tout en mettant en perspective une riposte trans, une contre-attaque « posttranssexuelle ».

Il s’agit d’un montage amateur faisant suite et écho à des montages des années 2000 : « Gare aux trans » (2005 : https://www.youtube.com/watch?v=PtrBe9N5Dmc) et « Transgénérations » (2006 : https://www.dailymotion.com/video/xc79hj).

Cette série n’a pas d’autre prétention que de porter un regard critique sur la représentation des personnes trans dans la culture au-delà des effets de mode et de vogue.

Ce panorama n’est pas exhaustif et loin s’en faut. A terme c’est un documentaire qui conviendrait le mieux pour partager nos analyses d’un point de vue situé trans, car tout ce qui a été produit jusqu’alors est le produit de regards et d’analyses extérieures, qui même en laissant la parole aux trans, passent parfois à côté des réalités des socialités trans.

Il ne s’agit pas ici non plus de maltraiter les personnes mais de critiquer un système de représentation et des imaginaires si bien inscrits qu’ils passent pour « naturels ».

L’ironie côtoient volontairement la dérision, comme la critique fleurte avec l’humour.

La majorité des fonds musicaux ont été autorisés et pour les majorité des images nous faisons valoir un droit à l’illustration comme à la création tout en faisant valoir que les droits d’auteurs appartiennent aux auteur.e.s des extraits utilisés.

Bon visionnage.

Karine E.

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J’ai classé ce papier dans la rubrique « humeurs ». Nul appel de note et nulle référence « savante » dans les lignes suivantes, juste ma pensée en tant que personne engagée ne souhaitant pas s’oublier dans le climat que l’on sait. 

ORTF - 1959 - Le Chevalier d'Eon. J'ai choisi cette image car elle résume mon travail que je veux sérieux, curieux et engagé. Rien n'est moins sage qu'un image...

ORTF – 1959 – Le Chevalier d’Eon.
J’ai choisi cette image car elle résume mon travail que je veux sérieux, curieux et engagé. Rien n’est moins sage qu’une image…

Transphobie intériorisée ou effets des rapports de pouvoir ?

Depuis que nous travaillons à produire des savoirs et des mises en débat, j’ai été très étonnée de voir à quel point des personnes pointaient les deux personnes trans de l’Observatoire des transidentités. Désignées de colistières ou de « boniches », Maud-Yeuse et moi-même avons fait le constat (au-delà même des blessures personnelles) que travailler avec un cisgenre, comme il est fréquemment souligné, nous plaçait automatiquement dans un statut de subalternes. Dans l’intracommunautaire trans, il semblait par conséquent que si des personnes trans travaillaient avec un non-trans, elles ne pouvaient être que des subordonnées.

Formulons la question suivante : deux personnes noires qui travaillent avec une personne blanche sont-elles automatiquement ses subordonnées ? Pareillement avec deux femmes travaillant avec un homme, deux Roms avec un français, deux lesbiennes avec un gay, etc. ? Répondre « oui » semble inacceptable, xénophobe, homophobe et sexiste bien que les rapports de pouvoir puissent être interrogés en interne ou plutôt que leurs perceptions par l’extérieur doivent être envisagées. En effet, les noirs, les Roms, les femmes, les lesbiennes et les trans (pour s’en tenir là), n’auraient-ils/elles les mêmes capacités et mêmes aptitudes que les « autres » à travailler en pairs et en égalité, voire porter des responsabilités ? Pourquoi un certain intracommunautaire trans nous a-t-il ainsi nommées, classées et normées ? Faut-il incriminer une « transphobie intériorisée » ou dénoncer le piège et les effets des dispositifs de pouvoirs qui structurent individus ou société ?

À titre personnel, je préfère orienter le propos sur la question des rapports de pouvoirs et de leurs effets symboliques. La mise en position de subalterne se double d’une dénonciation de classe. En effet, nous avons lu et entendu que nous serons des « universitaires bourgeoises ». Paradoxe ? Subalternes d’un côté et classe privilégiée d’un autre côté. Comment et où trancher ? Nous avons dû rappeler en maintes occasions telle la défense d’un procès d’intention que l’une de nous était fille de paysans bretons et autodidacte, tandis que l’autre était immigrée et issue du milieu ouvrier. Pour l’une, la construction d’une pensée s’est faite sur un acharnement à ouvrir des livres, les comprendre et les maîtriser les uns après les autres entre deux jobs alimentaires. Pour l’autre, manquer l’école à l’âge de onze ans pour suivre sa mère faire des ménages a créé des vides rattrapés en entrant dans la vie active à l’adolescence sans quitter l’école pour autant, et en parvenant par la suite à conjuguer vie active et université. Quelle étrange bourgeoisie représentons-nous là ? Redite : Nous disqualifier par la négation de nos classes d’origine correspond-il à une transphobie intériorisée ou aux effets du piège des dispositifs de pouvoirs qui structurent individus ou société ?

Une personne trans doit-elle être coupable de vouloir s’élever pour se donner les moyens du débat, de ses désirs propres et de la vision qu’elle a de l’engagement (individuel et collectif) ? Quelle est donc la peine encourue pour vouloir réaliser ses rêves et lutter ? Une nouvelle fois, j’incrimine les effets symboliques des dispositifs de pouvoir. Nous devons décoloniser nos esprits : Une personne trans a le droit de vouloir être autre chose que ce que la société veut qu’elle soit. S’élever de sa condition sociale n’est pas non plus un crime ou la trahison de sa/ses communautés de destin.

Je vais raconter une petite histoire pour illustrer le propos et lui donner un sens : dans ma cité HLM de Manosque qui se nommait Les Serrets et qui correspondait au « bas » de la ville au sens propre et figuré, nous étions plusieurs vagues d’immigration rassemblées. Farid, Soraya, Fabrice, Abdel, Manuel, Karim, Dalila, Patricia ou Fatina étaient des prénoms familiers et amis. Au collège, le premier tri que représentait la redirection en collège technique pour les personnes qui ne l’avait pas souhaitée, avait élimé la plupart d’entre nous à la fin de la cinquième. Le passage au lycée fut une hécatombe. Sur une cinquantaine de mômes, nous n’avons été que trois parvenir au Bac et à l’obtenir. Sur le chemin du lycée, je croisais souvent certains de ces camarades sur le bord du trottoir, attendant la fourgonnette qui allait les mener au chantier, à l’usine ou encore faire le ménage dans le centre nucléaire de Cadarache tout proche. Entre-nous aucune animosité, plutôt une grande solidarité. Le « jeune homme » que je tentais d’être, frêle et efféminé, considéré si faible que les « privilèges » du masculin lui étaient interdits (et inaccessibles de toute façon) se voyait encouragé à poursuivre des études par ces jeunes adultes qui avaient été les enfants tortionnaires de son enfance. Ceux-là même qui s’attaquaient aux « filles et garçons manqué-e-s ». Je me suis sentie une grande responsabilité à être de ce quartier dont le seul énoncé sur la carte d’identité valait suspicion lors des contrôles de police en ville ou lors des descentes de CRS dans le quartier certains soirs d’été. J’ai tiré de la fierté à être issue du milieu ouvrier et immigrée à parvenir à un 3e cycle sur les bancs de l’université en dépit de tous les pronostics d’échec. C’était dans les années quatre-vingt, bien avant de refaire le même coup, cette fois-ci en tant que trans, féministe, immigrée et issue des classes ouvrières. Je ne hiérarchise plus en mettant « ce tout » sur le même plan et c’est bien une forme de résistance que j’exprime.

Une parenthèse sur le « privilège » de l’éducation « masculine » : Les anti-trans dans les mouvements féministes devraient interroger ce que je viens d’écrire plus haut et ne pas se cantonner à disqualifier les personnes trans avec l’argument massue : « t’as été élevé en homme ». Expression qui correspond en tout point à l’argument : « t’es né-e avec un sexe de femme ou d’homme ». À méditer.

Cette solidarité de destin et de classe dont je parle, peut être nôtre. Elle doit l’être. Il y a aussi un monde au-delà (et non au-dessus) de la condition trans. On a le droit de ne pas être qu’une personne trans témoignant, malade, souffrante et discriminée. Je suis solidaire avec nos sans-papiers, nos prostitué-e-s et travailleu-rs/ses du sexe, nos politiques, nos stars du cabaret, nos séropositi-fs/ves, nos étudiant-e-s et même nos grandes gueules. Nul ne doit, fut-il trans, nous tirer vers le bas. Nulle hiérarchie ne doit présider dans nos rangs. L’ « ennemi principal » se trouve aux intersections de bon nombre de dominations, d’injustices et de discriminations. Établir ici des hiérarchies c’est reproduire les effets de pouvoir qui divisent par définition.

Pour conclure ce « long billet d’humeur » je vais revenir sur le thème de la transphobie dans le cadre des auditions « forcées » ou « pressées » de la « mission Transphobie ».

Certes la cause est noble sur le papier et son urgence dans le climat que l’on sait. La politique de la chaise vide a aussi ses limites. Mais ici je dis très clairement que je refuse d’être asservie, prise en otage et auditionnée par des supposé-e-s égales/égaux. Je dis encore refuser un dispositif de pouvoir qui nous humilie en nous mettant dans une position dans laquelle nous ne sommes plus égaux entre auditionné-e-s et auditeurs. « Mission Transphobie » ? Mais est-ce que le dispositif mit en place à la hâte ne tient pas déjà de l’acte transphobe ? Et malgré cette terrible question, je souhaite que l’on parvienne en fin de compte à lutter contre toutes les formes de phobie tout en me disant que l’aide proposée ne doit pas prendre la forme du tutorat. Dois-je interroger mes doutes ?

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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