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Hit & Miss

Chronique sur une mini série pas tout à fait comme les autres

 Cette chronique co-écrite avec Maud-Yeuse Thomas – qui est aussi publiée sur son blog : https://maudthomas.wordpress.com/2013/02/18/hit-miss-chronique-sociale-de-notre-monde/) – est notre réponse  à une sollicitation de Christophe Léger, membre actif de SOS Homophobie. Cette précision est aussi l’occasion pour nous d’un signe amical et chaleureux aux membres de cette association venu-e-s à notre rencontre à Marseille et Strasbourg (clins d’oeil amicaux à Romain, Delphine, Stéphane et Alain entre autres) et avec lesquels nous avons pu nous engager dans des actions communes sur les questions de genre. Les intersectionnalités s’inscrivent bien dans cette convergence des luttes pour l’égalité des droits bien au-delà des questions d’orientation ou d’identité. Cette égalité se joue aussi sur la scène de la culture commune.  

Affiche promotionnelle

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Approche compréhensive vs approche dénonciatrice

La série britannique Hit & Miss créée par Paul Abbott et diffusée du 22 mai 2012 au 26 juin 2012 sur la chaîne Sky Atlantic arrive sur Canal Plus. L’occasion nous est donnée de revenir sur les premiers débats, pour certains très enflammés. Deux approches sont possibles pour aborder le sujet, la première serait « dénonciatrice », la seconde « compréhensive ».

Dénoncer certes, mais quoi ? Que la caméra montre très montre rapidement, sans détour et sans ambiguïté un corps non opéré au sens de « transsexualisé », une femme avec un pénis, une femme « non finie » ou un corps trans ? Parmi les points qui ont alimenté la discussion[1] celui du statut de cette trans non op’ qui n’est rien de moins qu’une tueuse à gage. On pourrait aussi revenir sur l’explication, qui tient le plus souvent lieu de définition donnée par Mia (interprétée par Chloë Sevigny) pour dire à la fratrie dont elle doit prendre la charge, ce qu’est une « transsexuelle » : une femme coincée dans un corps d’homme. Pour répondre à la première question, il nous faudrait dénoncer le voyeurisme, le spectaculaire, la réduction et la caricature. Ce serait oublier le cadre d’énonciation et de production, ce qui nous mènerait vite dans l’impasse.

Hit & Miss est un produit culturel avec sa grammaire propre, dans un temps donné et une société donnée. Le produit culturel est aussi un bien de consommation inscrit dans une logique économique. Hit & Miss n’a pas été conçu au seul usage des LGBT et a fortiori des T. Contextualiser la série c’est reconnaître sa nature de bien de consommation culturel et d’usage social, comme appréhender l’appareil culturel et l’industrie culturelle dans lesquels ce bien est produit. On voit bien que l’on n’est pas forcément dans une discussion éclairée entre militant-e-s, initié-e-s et non intié-e-s, badauds extasiés ou horrifiés ou spectateurs raisonnés ou apaisés.

Plus prometteuse sera l’approche « compréhensive » en exigeant de nous la prise en compte des contextes d’énonciation et de production, de proposer des ouvertures et non des fermetures du sujet.

Reprenons nos trois points principaux et l’on voit voir qu’ils doivent être articulés de concert et non isolés les uns des autres. Dans ce qui est une production britannique empreinte de la critique sociale de Ken Loach auquel on pense indubitablement, Hit & Miss raconte l’histoire d’une trans prénommée Mia, pré op’ qui se destine à l’opération de conversion sexuée. Pour atteindre cet objectif, elle est tueuse à gage et n’élude pas le pourquoi de cette activité dont la figure emblématique Hitman[2] semble parfois inspirer la figure froide et assurée de Mia sous sa capuche. L’image devait-elle nous épargner la vue d’un pénis sur une femme ? Au non de quoi ? Inversement, la caméra devait-elle insister plus sur cet aspect qui est une clé parmi d’autres de la personnalité complexe de Mia ? Et comment ? Le fait même d’en parler nous inscrit-il dans un buzz donnant publicité à ce produit culturel ? Ou bien sommes-nous en train de relativiser afin de ne pas éluder ce qu’est un corps trans en transition ou voulu ainsi, bien que l’on sache ce que souhaite l’héroïne ? Les questions concernent aussi les personnes trans. La marque de l’infamie d’un corps « non fini » a prit aussi forme sous la figure de la She-male[3], figure exotique de la pornographie destinée aux seuls translovers a-t-on longtemps pensé. Ainsi les trans se défendent souvent dans les médias de l’assimilation à la prostitution ou au cabaret, peut-être faut-il désormais ajouter également la pornographie à travers l’idée de ce corps dénudé « non fini ». On devine les effets de discriminations et de stigmatisations en interne, dans les subcultures trans, contre lesquels il faut bien entendu se mobiliser aussi. Une trans ne vaut pas plus ou moins qu’une autre pour le résumé sans équivoque. Plutôt que de se sentir scandalisé par ce pénis – qui décidément prend beaucoup de place dans la moindre analyse – ne faudrait-il pas saluer cette rupture du non-dit et du non-montré ? Voici ce que peut être un corps trans « en construction » ou un corps trans vécu de façon épanouissante à ce stade. Le badaud sait. Le badaud a vu. Circulez il n’y  a plus à rien à voir pour aujourd’hui.

Second point, Mia tue des gens. C’est sa profession et on en connaît la motivation. Peut être aurait-on pu souhaiter qu’elle soit serveuse, prostituée, manutentionnaire ou femme de ménage et surtout qu’elle en bave plus ? Aurait-elle pu être cadre ou PDG et avoir une destinée à la pretty woman ? Ce n’est pas tout à fait l’univers de la critique sociale qui sert de cadre solide à cette histoire, on en conviendra. Faire une tueuse comme pour faire oublier qu’on tue des trans partout dans le monde à chaque minute ? L’argument se défend mais il n’est pas suffisant. Observons Mia quand elle devient « tueuse à gages » ou ne devrait-on se risquer à dire « tueur à gage » en l’absence d’une expression agenrée ? Le vêtement qui en fait une ombre, l’agilité sans genre d’un chat, une froideur qui n’a pas de genre. Il s’agit d’un projet, tuer des gens pour se payer une opération et devenir une vraie femme complète et accomplie si l’on prend comme règle étalon la représentation hégémonique (« l’institué transsexe »[4]). Apparaît alors la trame de l’ordre symbolique en œuvre via une série de meurtres réels dans le récit de la série mais assassinats symboliques dans l’analyse. Donner des gages à la normalité pour se faire accepter dans le monde des humains passe donc par cette série de meurtre dont le premier consiste à s’éliminer soi-même pour devenir ce que l’on croit que le société veut que l’on soit. L’histoire de Mia, ne serait-elle pas le récit symbolique de cette émancipation sans dévoiler la trame de la série en proposant cette question ?

Troisième point. L’expression d’une âme de femme enfermée dans un corps d’homme ou Anima muliebris in corpore virili inclusa imprègne la formule souvent entendue dans les témoignages médiatiques et autobiographiques de transidentités : une femme née dans un corps d’homme. Pierre-Henri Castel a donné cette lecture : « il faut bien lire « enfermée » (inclusa) et non pas « née », comme on cite parfois à tort »[5]. Traduction défectueuse ? Après tout, « enfermée » signifie « prisonnière », postule donc un état de l’âme (essentialisme), mais « née » aussi (naturalisme). Dans les deux cas, la constante est bel et bien l’âme, invariable, la variable étant déléguée au physique, au corps, à la biologie. Si l’uranien[6] était susceptible de décriminaliser l’homosexualité en la naturalisant, l’anima muliebris in corpore virili inclusa a la même fonction décriminalisante dans les témoignages des transsexuels du XXème siècle. Avec Éric Fassin, rappelons encore que cette « âme de femme dans un corps d’homme » renvoie à l’ensemble de ce qu’on appelait des « psychopathologies sexuelles », qui troublent à la fois l’ordre des sexes et des sexualités[7]. Nous verrons ce que la version propose comme traduction. Les fansubtitles[8] ont proposés « coincée ». Bloqué est-ce être enfermé ou prisonnier ? Mia va-t-elle s’émanciper, s’affranchir, se libérer ou se conformer ?

L’approche compréhensive est plus difficile à mener car plus questionnante. Il nous faut mobiliser non seulement des savoirs mais les concilier avec des approches émotionnelles, subjectivités avouées et reconnues autant que les désubjectivisations. C’est aussi s’engager dans des voies où il n’y a aucune honte à se prendre soi-même en défaut.

Chronique filmique, chronique sociale

Vers la critique sociale

Vers la critique sociale

Vers la critique sociale

Une nuit, un tueur, un meurtre sur commande. Scène d’un policier ou univers froid d’un film sur gangsters. Hit & Miss n’est rien de tout cela mais son contrepied absolu. Lorsque l’on nous montre ce tueur se remaquillant les lèvres, l’on est tenté de revoir la scène précédente, comme si le fait qu’il s’agisse d’une femme devait en changer le sens, immédiat comme profond. Mia est ce tueur et surtout, écho d’un esprit des temps, Mia est transsexuelle, ce qui ajoute en soi une difficulté supplémentaire et un nouveau sens, celui finalement classique : mais oui, elle a un passé d’homme, une vie d’homme ! Dès la deuxième scène, on l’a voit nue au rentré de sa douche. Impossible de ne pas voir son pénis, cet ultime marque de corps chromosomiquement mâle. La suite de ce premier épisode pose intégralement le déroulé de la saison. Elle apprend que son ex-compagne va mourir d’un cancer et qu’elle a un fils de onze ans. Lorsqu’elle arrive, elle est déjà morte et se retrouve non pas face à ce fils mais à quatre enfants et adolescents dans une ferme isolée dans la campagne. Entre délicatesse et brutalité, le personnage évolue, se laisse apprivoiser autant qu’elle tente d’apprivoiser cette famille recomposée improbable, délaissant sa vie de sportive froide et isolée. L’épisode nous propose rien de moins que d’examiner à la lumière d’une fiction toutes les recompositions postmodernes. Doute sur l’identité de genre opposé à une identité sexuée qu’une tradition impose, rôle des « sexes », en-dedans et en-dehors de la ville et campagne, conflit intergénérationnel… Plus une : notre subjectivité. Comment savons-nous qui sommes-nous ? Le thème de la transidentité tient là manifestement son rôle pour souligner celui de la subjectivité, du combat pour le remporter ou de l’échec s’abimant.

La sortie de cette série a été diversement appréciée par le monde trans, militant ou non. Grotesque farce pour les uns, fine recomposition d’une modernité paradoxale tiraillée entre libéralisme destructeur et traditions grinçantes mais toujours porteuses de valeurs. En tête des critiques, le rôle de tueur, rapproché de la critique filmique où le méchant est toujours ce minoritaire d’une époque qu’il s’agissait de pourfendre (typiquement, l’odieux assassin du Silence des agneaux rapporté à une « pathologie transsexuelle »). Le problème avec cette critique est qu’il est aussi l’assassiné (Brandon Teena dans Boy dont cry de Kimberley Pierce) ou encore l’immense cohorte des errants dans un monde qui ne finit pas de les produire (Bernadette dans Priscilla, folle du désert de Stephen Elliot, Dil dans Cring game de Neil Jordan). Reste l’insistance question de la vacance individuelle dans un monde préformé par une conception naturaliste ou essentialiste. Paradoxalement, entre tradition et libéraliste, mû par le même patriarcat industriel, c’est ce dernier qui répond le mieux à l’exigence d’une subjectivité s’incarnant dans un corps.

Si l’individualisme de masse nous ramène toujours à un comportement normatif et passif de consommateur ridiculisant le citoyen, l’individualisme solitaire de Mia renvoie face à face l’en-dedans et l’en-dehors du monde normé où les hommes sont des mâles masculins et les femmes des femelles féminines. Elle n’est pas simplement cet « homme devenant une femme » ou un « gay » (allusion non dissimulée au transvestite, cette ancêtre culturelle de la transsexuelle des années 1920) mais cette solitaire mordante, froide dans son métier, décisive dans ses conflits (la scène finale de l’épisode 1 où elle boxe le propriétaire de la maison), animale dans son rapport à la spatialité et ses relations.

Dans son article, Pierre Langlais (Télérama, 16-22.02.2013) propose une lecture par le biais d’une critique sociale en citant Paul Abbott, le créateur de la série : notre société « ne laisserait pas de place aux identités indéfinies ». Mais à lire les commentaires de l’actrice et ses peurs de faire peur (aux spectateurs, à la pudibonderie, de faire scandale), le doute n’est plus permis. Il y a bel et bien un espace dont les limitations sont données par la structure même de notre croyance en une identité essentialisée, fondatrice de la condition humaine et de la structure pyramidale de notre société. Rien de moins, rien de plus. Le seul espace restant étant donc celui de ce passage symbolique à hauteur de cette définition surplombante : vous êtes ce que votre sexe fait de vous. La pudeur et peur féminines étant, au fond, non une contrainte de norme fabriquant cet éternel féminin, mais une conséquence biosociologique d’un XX. Aussi, le souhait d’un espace permis aux dites identités indéfinies se solde-t-il par une contrainte à la normation symbolique ou une installation à demeure dans les interstices ou à la marge. Espace que les individus dits indéfinis intègreraient inconsciemment ou stratégiquement de manière plus marquée que les dits normaux. En d’autres mots, le désir d’une conversion sexuée ne serait autre que cette contrainte à la normation sociopolitique, faute d’autre socialisation. On comprend dans ce cas qu’à y échapper pour le trouver revient à s’écarter d’un monde géopolitisé par la norme binaire et recréer un autre monde (cette ferme isolée ?) au risque d’un nouveau confinement et la certitude que le centre n’en sera jamais affecté.

Karine Espineira & Maud-Yeuse Thomas

Alter&ego ?

Alter&ego ?


[1] Lire notamment l’article « Laurence Anyways » : le cinéma caricature-t-il les trans ? », Anaïs Bordages, Rue89, 23 juillet 2012. [En ligne] : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/07/23/laurence-anyways-le-cinema-rend-il-justice-aux-transexuelles-234018

[2] Personnage du jeu vidéo créé par IO Interactive, qui a aussi donné lieu à une adaptation cinématographique en 2007 par le réalisateur Xavier Gens.

[3] Le terme a aussi désigné aussi les travailleuses du sexe trans. Au XIXe siècle, l’expression désignait une « femme en colère », « une femme énervée », « une femme de caractère », comme si une femme qui savait se faire respecter ne pouvait être qu’un « peu homme ».

[4] L’une des notions élaborée au fil de mes recherches en thèse de doctorat et soutenue récemment.

[5] La métamorphose impensable : essai sur le transsexualisme et l’identité personnelle, Gallimard, 2003, p. 413.

[6] Karl Heinrich Ulrichs dans ses cinq volumes d’essais, Forschungen über das Rätsel der mannmännlichen Liebe (Recherches sur l’énigme de l’amour entre hommes), publiés en 1864 et 1865 sous le pseudonyme de Numa Numantius.

[7] Éric Fassin, « L’empire du genre. L’histoire politique ambiguë d’un outil conceptuel », Cahiers de L’homme, Éditions de l’EHESS, Vol. 3, n° 4, 2008, n° 375-392, p. 375.

[8] Sous-titres réalisé par des fans.

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Discours et limites d’un appareil de légitimation

Le sujet dans la Cité, « Habiter en étranger : lieu mouvements frontières », Christine Delory-Momberger & Jean-Jacques Schaller (dir.), Revue internationale de recherche biographique, n° 2, Paris, 15 octobre 2011, pp. 189-201.

Résumé

En 1982, le professeur René Küss plaide à la télévision pour un protocole appelant à distinguer entre  » vrais  » et  » faux  » trans’ : de » vrais trans’  » ne causent aucun trouble dans le genre ; on leur accorde une aide exceptionnelle (l’opération) par laquelle – hommes devenus femmes ou femmes devenues hommes – ils rentrent dans l’ordre du genre et de l’identité. Telle est l’une des premières expressions de ce que nous proposons d’appeler le  » bouclier thérapeutique « , formule qui paraît convenir à refléter l’ambiguïté de la position ainsi défendue. Les trois décennies qui suivent voient s’affronter les affirmations transidentaires et l’idéologie dominante des  » traitants « . S’inscrivant dans la dynamique des Gender Studies, les trans’ hors protocole engagent un large mouvement de revendication sociétale, politique et philosophique, tandis que les  » traitants  » défendent leur statut et leur expertise de médecins et de  » professionnels « . Appareil de légitimation d’un ordre ancien, le  » bouclier thérapeutique  » ne serait-il plus aujourd’hui pour ses partisans que le dernier vestige d’une ère marquée par l’effritement d’un deuxième bouclier, juridique celui-ci, garantissant que la libre disposition de l’état civil reste une exception ? Sur ces questions qui interrogent profondément les représentations que nos sociétés se font d’elles-mêmes, peut-être le temps est-il venu de libérer la route tracée par la recherche en sciences sociales et humaines, en l’ouvrant en particulier aux nouveaux paradigmes amorcés par les Études de Genre.

Abstract

In 1982, Professor René Küss made a televised call for a defined procedure to distinguish between « real » and « false » trans people: stating that people who are « real transgender” cause no disorder to the gender order ; they can be afforded exceptional assistance (an operation) through which men can become women and women can become men, bringing them into the gender and identity order. This was the one of the first expressions of what we propose to call the « therapeutic shield », an expression which highlights the ambiguity of the position he defended. During the three following decades we observe a confrontation between the need for self-affirmation by those identifying as trans and the dominant ideology of those promoting « treatments ». Positioning themselves under the umbrella of the Gender Studies movement, people who are transgender and who are not covered by the therapeutic procedure set up a broad social, political and philosophical protest movement, whereas the « treaters » defended their status and expertise as doctors and « professionals ». Is this « therapeutic shield », still used today as a device to legitimize the ancient order, not the last remnant of an era marked by the erosion of a second “legal shield” guaranteeing that free disposal of the civil status remains a unique legal exception? Such issues deeply question the lenses through which our societies represent themselves. Perhaps the time has come to free up the route traced by social and human science research in order to allow new paradigms envisioned by Gender Studies to emerge.

En ligne, HAL – Archives ouvertes

Une métamorphose culturelle entre pragmatisme et transcendance

L’Information psychiatrique Vol. 87, n° 4, Paris,  2011, pp. 245 à 352.

Résumé 

Du décret franc¸ais du 10 février 2010 aux travaux de réécriture lancés par le DSM et la CIM, les questions transidentitaires doivent être discutées, appréhendées sur le plan théorique aussi bien que politique. Le schisme entre les associations d’usagers, les trans’ en demande et/ou en obligation de suivi, et les équipes hospitalières spécialisées dans la prise en charge de ce public, pour le cas de la France tout particulièrement, a une histoire intimement liée à un ordre présumé du social et de ses acteurs en termes de genre dans une vision binaire de la société. La demande de reconnaissance de savoirs, d’expertises du terrain transidentitaire s’est heurtée, dès le début des années 1980, au bouclier thérapeutique , que l’on peut définir comme l’argument ultime de l’instance médico-légale en charge du sujet transsexe, écartant les autres sujets/trajets trans’, pour mettre à distance toute intervention du politique, des sciences humaines et sociales dans ce qui est devenu un paradigme théorique : le changement de sexe est d’abord un changement culturel de genre. Enfin, l’instance médicolégale s’efforce d’ignorer sa propre politisation et militance. Partagé entre la volonté de résister et de participer face/avec un protocole inadapté, inefficace et culturellement obsolète, le terrain a connu ses propres mouvements s’interrogeant, s’interpellant sur l’esprit de la méthode. La question trans’ compte désormais autant de politiques que de groupes. La théorisation du fait trans’, trouve sa légitimité non pour revenir seulement sur l’inégalité homme/femme, mais pour lutter du même élan contre toute forme d’inégalité et de stigmatisation. Le terrain transidentitaire s’est profondément transformé, les outils pour l’appréhender comme le paradigme théorique lui-même, se doivent une chose : évoluer.

 Abstract

Trans-identity: fromtheory to policy.Acultural metamorphosis between pragmatism and transcendence. The French Decree of 10 February 2010 which concerned the work that was started by rewriting the DSM and ICD, from trans-identity must be discussed, dealing with the theoretical as well as the “politics” involved. The schism between associations of users,the trans in demand and/or monitoring requirement, and hospital teams specialized in the management of the public, in the case of France in particular has a history closely linked to an alleged social order and its players in terms of gender in a binary vision of society. The application for recognition of knowledge, expertise ground trans-identity were confronted, in the early eighties, with Shield therapy, which can be defined as the ultimate argument of the medico-legal proceedings which concerned the subject of the trans-sexual, excluding other topics/trans paths, to render remote any intervention of the political, social sciences and humanities in what has become a theoretical paradigm: sex change is primarily a cultural change of gender. Finally, it is a situation where the medico-legal community attempts to ignore its own politicization and militancy. Split between the will to resist and to participate face/with an inadequate protocol, ineffective and culturally obsolete, the field has produced its own movements calling into question the actual spirit of the method. The trans question has now as many political groups. Theorizing trans finds its legitimacy not only to a return to inequality between men and women, but also to fight within the same movement with all its forms of inequality and stigma. The field of trans-identity has dramatically changed, the tools for understanding as the theoretical paradigm itself, owes something to this change.

Resumen

Transidentidad : de la teoría a la política. Una metamorfosis cultural entre pragmatismo y transcendencia. Desde el decreto francés del 10 de febrero de 2010 hasta la labor de reescritura lanzada por el DSM y la CIM, las cuestiones transidentitarias deben discutirse, aprehendidas a nivel teórico tanto como político. La fractura entre las asociaciones de usuarios, los Trans’ con demanda y/u obligación de seguimiento, y los equipos hospitalarios especializados en la atención a este público, en el caso de Francia muy particularmente, tiene una historia íntimamente relacionada con un presunto orden de lo social y sus protagonistas en términos de género dentro de una visión binaria de la sociedad. La demanda de reconocimiento de un saber y la de peritajes del campo transidentitario han chocado ya desde los primeros ochenta con el Escudo terapeútico, al que se le puede definir como el argumento final de la instancia medico-legal encargada del tema transexo, apartando los demás temas/itinerarios trans, con el fin de poner a raya cualquier intervención de lo político, de las ciencias humanas y sociales en lo que ha llegado a ser un paradigma teórico : el cambio de sexo es ante todo un cambio cultural de género. Por fin, la instancia médico-legal se empe˜na en desconocer la propia politización y militancia. Dividido entre la voluntad de resistir y participar, frente a/con un protocolo inadaptado, ineficaz y culturalmente obsoleto, el colectivo del área ha conocido sus propios movimientos con sus interrogaciones, sus interpelaciones sobre el espíritu del método. La cuestión trans’ cuenta desde ya con tantas políticas como grupos. La teorización de la realidad trans’ encuentra su legitimidad no para volver a discutir solo la desigualdad hombre/mujer sino para luchar en el mismo empe˜no con cualquier forma de desigualdad y estigmatización. El campo transidentitario se ha transformado hondamente, las herramientas para aprehenderlo tanto como el mismo paradigma teórico, algo se deben a sí mismos, evolucionar.

En ligne, HAL – Archives Ouvertes

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