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Ce billet, classé dans la catégorie humeur, est ainsi et avant tout, un partage de pensées et d’émotions liées aux actualités du moment. Ces dernières semaines, on a vu passer de nombreux messages et avis sur la création d’équipes de la Sofect à Brest et Lille, sur l’initiative malheureuse de Contact IDF, du colloque en préparation de Montpellier, etc. A ce propos, la suite d’article du weblog Blundr va à l’essentiel et avec une grande efficacité.

Pour ma part, j’ai été invitée à un certain nombre de ces « rendez-vous » et j’ai rarement eu l’occasion d’en parler car je me confronte souvent à un silence dont j’ignore s’il est dû au désintérêt ou à l’impossibilité de partager une réflexion sans passe d’armes comme il est devenu si coutumier dans les milieux militants, sachant que tout le monde se défend de pratiquer « la condamnation » sur le « on dit ». Pour en témoigner j’ai l’amer souvenir d’un post sur Facebook où l’on m’avait désignée comme « putophobe » pour avoir apporté mon soutien à une liste féministe pour les européennes. Surprise d’autant plus violente que je n’avais jamais entendu de positions contre les SW. Des amies ont été averties et on pu prendre leur distance à temps, mais pas moi. Ce sont de nombreux sms qui m’ont avertis de l’épinglage sur FB et du flot de condamnations et d’insultes  qui suivaient.

Les personnes qui me connaissent, ainsi que mes luttes et engagements, ont compris immédiatement la méprise mais peu ont osé prendre ma défense face à la propension d’autres à me lyncher symboliquement, reprenant et ré-interprétant la moindre de mes paroles, le plus souvent sur des « on dit » ou des lectures si sommaires qu’on ne peut appeler cela s’informer. Cela fait trois ans environ et parfois, j’en entend encore parler. L’épinglage FB qui a duré quelques heures intenses a été plus fort que tous mes articles, que tous mes ouvrages, que toute ma recherche, que tout mon activisme depuis plus de 20 ans en France (ASB, CGL, ZOO, CEL, UEEH, ECHO, SC, ODT…) et comme membre de la coordination internationale STP 2012. La personne qui m’a épinglé s’est présentée comme « bad cop » et « c’est tombé sur toi » m’a-t-elle indiqué en privé, oubliant qu’un petit mot public aurait fait du bien à tou.te.s car la seule femme de cette histoire a avoir été malmenée, c’était la trans.

J’ai reçu toute la documentation concernant le colloque de Montpellier. Si vous me dites « trop de médecins » je vais être d’accord bien entendu. Travaillant depuis des années sur l’idée que le sujet trans doit être désobjectivé, qu’il faut le décloisonner des approches strictement médicales et juridiques pour l’inscrire dans des approches culturelles, refaisant du sujet et de son environnement un sujet connaissant, un sujet de savoirs, valorisant les savoirs situés et les expériences de vie situés, je suis forcément déçue que les allié.e.s réifient le cantonnement médico-légal. Le « changement de sexe » redevient central dans ces approches alors que c’est le « changement de genre », toujours antécédent, qui doit être la préoccupation première. Je reviens d Argentine où j’ai pu donner des cours et une conférence sur le sujet et je vois bien les ouvertures que cela produit.

De même, encore une fois, on note la focalisation sur un trajet personnel. Là encore, le trajet individuel mit en vedette est contre-productif car il oblitère les contre-discours et les contre-représentations. Les politiques trans auraient mérité plus de place, d’attention et de respect. En pointant ces aspects, je n’insulte personne que cela soit entendu. Il serait de bon ton et politiquement judicieux (pour se faire applaudir) de jouer la carte de la radicalité et de lancer quelques gifles cinglantes et de clamer quelques « révolutions ! » sans jamais proposer un programme de société alternatif pour les personnes trans, pour ne m’en tenir qu’à ce public.

J’ai plutôt envie d’espérer, peut-être naïvement que la copie soit revue, avec moins de médecins car la population trans ne se réduit pas à des « transsexuel.le.s », à moins de trajets « individuels » car les politiques trans sont riches et encore trop méconnues. Activismes, militantismes, transféminismes, contre-discours et contre-représentations, entre autres termes et notions, ne sont pas des gros-mots ou des injures à la bienséance.

Je voudrais terminer ce billet, par le partage d’un malaise. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de décliner des invitations en raison de mes engagements personnels mais d’en accepter d’autres pour raisons professionnelles. Je peux ainsi faire partie d’une équipe dans laquelle il y a un psychiatre sans que cela fasse pour autant de moi une « traitresse » à la cause ou je ne sais quelle caution de je ne sais quel lobby. N’oublions pas que de son côté, le psychiatre doit composer avec une « trans » universitaire qui est présente, et ce, qu’il soit d’accord ou pas. Lequel est donc le plus loti si on s’engage dans cette logique ?

Les choses se déclinent encore comme suit. On m’a invitée à participer l’ouverture d’un événement étiqueté Sofect. Ma première pensée a été de refuser. J’y ai réfléchit et un peu discuté autour de moi. J’ai entendu des « vas-y ». Au passage, ce serait merveilleux et plus que réconfortant si ces « vas-y » prenaient publiquement ma défense, si je me trouvais épinglée sur FB ou Twitter, parmi d’autres réseaux [a]sociaux. Je songe aussi à tous ces moments ou Maud-Yeuse Thomas et moi-même, sommes allées au feu et seules, sans soutien, et sachant qu’au final il ne reste rien dans les mémoires.

De fait, je dois réfléchir à deux fois avant de m’engager car le bras de fer, qu’il soit conceptuel ou politique, existe aussi en interne. Je ne dois pas seulement tenir compte de ce que je vais devoir affronter comme « violences » dans un colloque avec des psys parfois hostiles ou condescendants quand je parle de savoirs situés mais aussi des suspicions ou diffamations en interne, au sein de mon propre groupe d’appartenance. Le dire, ce n’est pas non trahir cette appartenance.

Avant de poursuivre, je vais raconter une petite histoire qui démontre que parler de violences n’est pas trop fort. Lors d’un colloque international sur les questions liées au corps, j’ai assisté à des communications revendiquant des positions humanistes et compréhensives. A midi, je me suis retrouvée à table avec la plupart de ces intervenant.e.s. Une doctorante pose la question des « trans » à ces éminents universitaires -dont certains bossent sur la question, il faut l’avoir à l’esprit- et à un praticien très connu. Il se trouve que j’ai compris que je n’avais pas été « captée comme trans ». Il y a eu donc un effet « on est entre nous ». La tablée s’est transformée en foire ou ambiance « bar du bouloman ».

Chacun y allait de sa petite anecdote sur ces « pauvres trans ». Les rires avaient bien le ton de la moquerie et les discours l’habit du racisme comme nous en avons parlé avec un copain présent à cette table. J’ai eu envie de recadrer mais finalement j’ai pris le parti d’écouter jusqu’au bout, d’accepter de voir jusqu’où cela irait. C’est allé très loin : moquerie sur la terminologie (transgenre, transidentité, cisgenre), sur le coût des opérations (« le trou de la sécu », si si c’est vrai…), les revendications associatives, etc. J’ai écouté et tout entendu et c’était, croyez-moi bien, très violent pour moi émotionnellement.

J’ai quitté cette table avec un indescriptible malaise, révoltée autant qu peinée que de tels esprits soient tant en contradiction avec ce qu’ils/elles énoncent publiquement. J’ai écourté ma présence au colloque et le soir-même j’ai été dans l’incapacité de partager un nouveau repas avec ces gens là. Je suis restée dans ma chambre avec un grand sentiment de solitude et de dépit car désormais je sais ce qu’il peut se dire « de nous » quand des personnes qui travaillent « sur nous » se racontent des choses « sur nous » quand elles pensent n’être « qu’entre elles ».

Il me semblait important de partager cette expérience de violence car je la revis toujours comme telle.

 

Pourquoi avoir accepté dans un second temps d’intervenir dans un événement étiqueté Sofect ?

 

Voici mes principales réponses :

  • C’est dans mon champ professionnel : En apprendre plus.
  • Je n’y présente pas comme « représentante des trans » ni des associations.
  • Je ne prétends pas parler « au nom de … » , ni de personne d’ailleurs.
  • On m’a proposé un exercice de savoirs situés.
  • Mon propos se résume à expliquer pourquoi les politiques trans ne veulent pas d’eux.
  • Je ne cherche aucune caution de leur part car je n’ai aucun objectif liée à la carrière.
  • Je ne suis pas une caution pour eux car j’interviens comme sociologue et non comme représentante des trans ou d’une association.

 

Mon ressenti ?

  • Je suis effrayée de ne pas être à la hauteur des savoirs que j’aimerais valoriser. Je serais toujours en position de contre-public subalterne. Si je l’oublie l’institution me le rappelle toujours.
  • Je suis terrifiée à l’idée du lynchage et que mes travaux et engagements soient oubliés en un millième de seconde. Car : Maud-Yeuse Thomas, moi-même et bien d’autres, nous avons voulu et souhaité que des savoirs trans existent et viennent concurrencer d’autres savoirs, souvent maltraitants. J’ai donc lutté aussi avec mon doctorat, et peu savent combien j’ai été seule dans l’université à ce moment là. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes trans s’engagent dans ces parcours, j’aimerais qu’ils et elles n’oublient jamais ce que j’ai pris dans la figure pour qu’ils et elles puissent faire de même avec moins de claques à l’arrivée et qu’ils fassent de même pour les suivant.e.s. Enfin, je ne vie pas dans un château dans un quartier huppé de Marseille comme certaines mauvaises langues ont voulu le faire croire. Bhé non, je ne suis pas des élites et des cercles de pouvoir, pas plus que Serano, que Stryker, Feinberg, Stone, ou Califia, entre beaucoup d’autres, me semble-t-il.
  • Je souhaiterais un peu plus de solidarité et un peu de condamnations gratuites et opportunistes.

 

Nous verrons bien si je me dégonfle ou pas, car je me donne aussi ce droit là, celui de reculer et de renoncer. En écrivant ces lignes, je suis d’ailleurs plus proche du renoncement que de quoi que ce soit d’autre, et je trahirais au passage la confiance de deux universitaires féministes, pour lesquelles la question de la légitimité de la parole n’est pas négociable.

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Illustration : Les médias et moi.. et moi ? (Maud-Yeuse Thomas)

Quand la médiatisation fait genre

Médias, transgressions et négociations de genre

Laetitia Biscarrat, Karine Espineira,
Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin

Hors-Série n°1 des CAHIERS DE LA TRANSIDENTITÉ

L’Harmattan, 2014

http://www.observatoire-des-transidentites.com/2014/09/quand-la-mediatisation-fait-genre.html

Médias, transgressions et négociations de genre

 

Partant du postulat que les médias contribuent activement à la fabrique du genre (Coulomb-Gully), ce premier hors série des Cahiers de la transidentité prend pour hypothèse de travail l’existence de représentations médiatiques qui dérogent aux représentations de genre hégémoniques. Véritables « technologies de genre » (De Lauretis), les médias participent de la reproduction et du maintien d’assignations de genre.

Les représentations stéréotypées et archétypales véhiculées sur nos écrans témoignent du travail de construction d’un imaginaire médiatisé normatif. Pourtant, parce que la norme est activée sur un mode itératif, elle peut potentiellement être remise en cause. Il s’agit d’interroger la fabrique du genre au travers de sa négociation, voire du conflit et de l’altérité. Le terrain envisagé est celui du champ audiovisuel pris au sens large, c’est-à-dire de la production écranique. Il comprend les différents genres cinématographiques et télévisuels mais aussi les nouvelles productions numériques (webséries et fanfiction notamment).

Les contributions traitent des représentations audiovisuelles « alternatives ». Articles et notes de visionnage explicitent les représentations médiatiques de l’altérité de genre. Ce dossier porte un regard précis sur « les minorités de genre » en ne faisant pas l’impasse sur la consubstantialité des rapports de pouvoirs entre questions de genre et processus d’ethnicisation.

Avec les contributions de Marie-Joseph Bertini, Laetitia Biscarrat, Mélanie Bourdaa, Cyrielle Campo-NDiaye, Collectif Oui Oui Oui & Arnaud Alessandrin, Marion Coville, Karine Espineira, Laetitia César Franquet, Aurore Gallarino, Jean-Marie Grégoire, Vincent Lambert, Emilie Marolleau, Anastasia Meidani, Vanina Mozziconacci, Marcelo Carmo Rodrigues, Maud-Yeuse Thomas, Marielle Toulze, Teresa Vera Balanza, Jean Zaganiaris.

 

SOMMAIRE

 

INTRODUCTION

Quand la médiatisation fait genre

Laetitia Biscarrat, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin

 

QUAND LA MÉDIATISATION FAIT GENRE

La geste de Femen, un dispositif socio-technique de communication à haute tension
Marie-Joseph Bertini

Les actrices des révolutions arabes. Une analyse médiatique
Cyrielle Campo-Ndiaye

Les discours, l’émotion et les effervescences dans le Miss Brésil Gay
Marcelo Carmo Rodrigues

La place des lesbiennes dans les débats autour du mariage pour tous. Rencontre avec le collectif « Oui Oui Oui »
Collectif Oui Oui Oui & Arnaud Alessandrin

Note de visite et analyse de l’exposition Au bazar du genre 
Vincent Lambert

Saudade da Bahia – sur Carmen Miranda et « That Night in Rio »
Jean-Marie Grégoire

Äkta Människor ou le désir ékorché
Marielle Toulze

Sea, no sex and Sun? Les représentations de la sexualité dans le cinéma marocain
Jean Zaganiaris

Lessive et masculinité : la subversion mise en scène .
Laetitia César Franquet

« Calzona » : anatomie du couple lesbien dans Grey’s Anatomy
Mélanie Bourdaa

Visibilité lesbienne et désidentification : le cas de la web-série américaine Girltrash !
Émilie Marolleau

Altérité de genre et dispositif sériel. Le personnage de Fleur dans Pigalle la nuit
Laetitia Biscarrat

L’inscription médiatique de l’intersexuation et de la transidentité dans la thématique des tests de féminité en télévision
Karine Espineira

Corps, genre et magazines de presse. Dimorphisme physiologique et dimorphisme moral : un corps pour chacun ?
Anastasia Meidani

Facing mirrors  : exister ou fuir dans les hors-champ sociaux .
Maud-Yeuse Thomas

La fabrication d´identités de genre dans l´univers de Pedro Almodóvar. À propos de La piel que habito
Teresa Vera Balanza

Videogame Zinesters : une alternative de représentation, de pratique et de création
Marion Coville

Couper, coller, mixer, sexualiser, partager : les fanfictions audiovisuelles et la négociation des sens

Aurore Gallarino

Jouer les différences : représentations et gameplay des identités minoritaires
Vanina Mozziconacci & Marion Coville

TSQ - 1-2

TSQ – 1-2

 

« Depathologization », avec Amets Suess et Pau Crego Walters, TSQ : Transgender Studies Quarterly, Duke University Press, Paisley Currah & Susan Stryker Editors, 2014, p. 73-77.

La table des matières du Volume 1, Number 1-2
May 2014 : http://tsq.dukejournals.org/content/current

Présentation de la revue (texte original)

This section includes eighty-six short original essays commissioned for the inaugural issue of TSQ: Transgender Studies Quarterly. Written by emerging academics, community-based writers, and senior scholars, each essay in this special issue, “Postposttranssexual: Key Concepts for a Twenty-First-Century Transgender Studies,” revolves around a particular keyword or concept. Some contributions focus on a concept central to transgender studies; others describe a term of art from another discipline or interdisciplinary area and show how it might relate to transgender studies. While far from providing a complete picture of the field, these keywords begin to elucidate a conceptual vocabulary for transgender studies. Some of the submissions offer a deep and resilient resistance to the entire project of mapping the field terminologically; some reveal yet-unrealized critical potentials for the field; some take existing terms from canonical thinkers and develop the significance for transgender studies; some offer overviews of well-known methodologies and demonstrate their applicability within transgender studies; some suggest how transgender issues play out in various fields; and some map the productive tensions between trans studies and other interdisciplines.

Copyright © 2014 by Duke University Press
RFSIC
Émergences

La médiatisation des politiques transgenres : du statut de contre-public à l’inégalité de la représentation

Résumé

La médiatisation des politiques transgenres est récente. Les études qui portent sur cet objet de recherche montrent que les discours des trans peinent à être médiatisés, encore plus lorsqu’ils sont critiques. Toutefois, les discours les plus consensuels sont eux largement valorisés. En effet, il existe deux courants distincts et parfois en conflit au sein des politiques trans. Le premier plaide pour l’intégration tandis que le second refuse ouvertement de s’inscrire dans les rapports sexe/genre. Toutefois, ces deux courants se retrouvent autour de dénonciations d’assimilations au cabaret et à la prostitution. Nous étudierons l’un des objets de ces dénonciations, la médiatisation du bois de Boulogne, à travers un corpus d’émissions télévisées constitué à l’INA. Nous montrerons que la construction de figures archétypales consensuelles pose la question de leur interprétation/construction (une co-écriture) par les médias, le grand public et les personnes concernées. S’attacher à comprendre les mécanismes de pouvoir et de domination à l’œuvre dans la médiatisation des politiques trans (le montrable et l’in-montrable) – et leurs influences sur les contre-publics transidentitaires – nous engage également à penser le sujet politique trans.

Plan

L’article en ligne, Revue Française des Sciences de l’information et de la communication : http://rfsic.revues.org/695
Je remercie chaleureusement Nelly Quemener et Virginie Julliard qui ont coordonné ce très beau dossier dans lequel figurent : Sarah Lécossais, Maxime Cervulle et Fred Pailler, Marie-Sherley Valzema, Marion Dalibert, Anaïs Theviot, Marion Coville, Arthur Vuattoux, Amélie Legrand, Barbara Dupont.

L’article suivant est un extrait de la thèse de doctorat : La construction médiatique des transidentités : une modélisation sociale et médiaculturelle, soutenue le  26 novembre  2012. Synthèse et analyse de ce qui doit être appelé une consultation plus qu’une enquête en raison de la faible mobilisation autour de cette enquête malgré des relais nombreux. Il me tenait à coeur de publier ces résultats en dehors du cadre d’une publication papier afin de rendre accessible ces données au plus grand nombre. Je remercie chaleureusement les personnes qui ont accepté d’y participer en donnant de leur temps, les associations et collectifs qui ont relayé : STS, OUTrans, Chrysalide, et les UEEH. J’aurais souhaité publier ces résultats, à considérer comme une photographie d’un moment T, ailleurs que sur mon blog mais je n’ai rencontré que silence face à mes sollicitations sur des blogs qui n’auraient pas eu à rougir d’une telle publication je le crois. Il faudra se pencher sérieusement sur ce désintérêt  pour les Trans Studies en France.

J’encourage la diffusion de cet instantané mais j’encourage aussi le respect de matériaux sous droit d’auteure.

Le cadre : cette synthèse vient près l’analyse de l’enquête de l’INSERM. J’articulais la synthèse sur les résultats à la question 114 du document portant sur l’identité de genre, croisée avec la question de mon questionnaire.

1 – L’enquête de l’INSERM

La première enquête sociodémographique s’intéressant aux transidentités en France a été menée en 2010. Les premiers résultats ont été communiqués dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, 42) du 22 novembre  2011 sous l’intitulé : Caractéristiques sociodémographiques, identification de genre, parcours de transition médicopsychologiques et VIH/sida dans la population trans. Comme nous l’avons déjà précisé, cette enquête menée sous la direction d’Alain Giami avec Emmanuelle Beaubatie et Jonas Le Bail du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations[1].

Le questionnaire, établi pour recueillir ces données qui faisaient défaut, fut diffusé de juillet à octobre 2010 en collaboration avec des associations identitaires, des professionnels de santé hospitaliers et libéraux. Nous mêmes étions partie prenante par l’intermédiaire de Tom Reucher qui assurait un rôle de diffusion important auprès des associations ou de personnes. Le nombre de ces dernières s’établit à 381, comme nous l’avons vu (communication d’Alain Giami dans le cadre de la conférence à la Sorbonne du  17 décembre 2010 et publiée dans L’Information Psychiatrique).

(…)

Un autre point intéressant de l’enquête de l’Inserm est celui qu’Alain Giami résume ainsi : « Ce questionnaire auto-administré n’a comporté qu’une seule question (n° 114) que nous avions laissée volontairement ouverte. Il s’agit d’une question sur l’identité de genre formulée de la façon suivante : « sur le plan de l’identité de genre, comment vous définissez-vous actuellement ? ». L’ouverture de cette question a favorisé les expressions personnelles et subjectives de la formulation de cette identité. Nous avons ainsi obtenu plus de 200 formulations différentes. La quantité de ces réponses constitue déjà un premier indicateur de la complexité de la question de l’identité de genre et de l’absence de consensus parmi les personnes identifiées comme trans dans ce que l’on peut qualifier de « réseau trans » comprenant les deux volets médical et identitaire (associatif). Une analyse de contenu de ces questions a permis d’établir trois grandes catégories construites en fonction des déclarations des personnes, « selon leurs propres termes » »[2]. Nous allons voir que cette question nous concerne.


[1] L’Information Psychiatrique, Vol. 87, n° 4, Paris, 2011. Dossier dans lequel on retrouve aussi les articles de Vincent Guillot, Maud-Yeuse Thomas, Patrice Desmons, Tom Reucher, Colette Chiland, Alain Giami, Eric Macé et Karine Espineira.

[2] Équipe Genre, santé sexuelle et reproductive, U1018, le Kremlin-Bicêtre.


2 – Analyse d’un inattendu : l’identification de genre

La question 114 a donné lieu à ce commentaire : « Les résultats font apparaître que dans les deux cas (hommes et femmes à la naissance), l’appartenance au sexe différent de celui qui a été assigné à la naissance est déclarée et revendiquée dans plus de 50 % des cas. Par ailleurs, et dans des proportions équivalentes, en fonction du sexe attribué à la naissance, les individus se déclarent « homme trans » ou « femme trans » (environ 22 %). C’est-à-dire que tout en adoptant l’identité de l’autre sexe, ils/elles ne rejettent pas l’idée d’une référence à une posture ou un parcours trans »[3]. Sur le terrain associatif et militant ce résultat n’étonnera personne. On sait que l’un des bouleversements  majeurs de l’identification des personnes a été de ne plus rejeter la référence « trans » et la posture du parcours. « Trans et fier » clament les panneaux et banderoles de la Marche ExisTrans depuis plus d’une décennie. Alain Giami a déjà écrit : « Enfin nous avons identifié un troisième groupe qui se revendique comme « trans », c’est-à-dire sans référence à un sexe ou à un autre, et en dehors du dimorphisme de sexe.  On observe ainsi trois profils différents en référence à l’identité de genre selon le sexe attribué à la naissance, qui représentent un certain éventail des parcours de « changement de sexe ». Nous n’avons recueilli quasiment aucune réponse comportant les termes de « transsexuel » ou « transgenre » »[4].

Dans notre propre consultation (voir les exemples de questionnaires remplies en fin d’article), nous avions présenté la question de l’état-civil comme suit : Vous considérez-vous comme ? Réponses possibles : « Une femme Un homme », « Une transidentité », « Vous ne souhaitez pas vous définir ».

L’option « Vous ne souhaitez pas vous définir » était un choix dicté par notre connaissance du terrain. Nous laissions la possibilité de ne pas se définir dans l’une des catégories proposées. Rappelons que nous avons réalisé cette enquête un an avant celle de l’Inserm. Or, dès les premiers retours, il était impossible d’ignorer la créativité des participants et la liberté qu’ils prenaient avec le questionnaire (Exemples 1 et 2 ci-dessous : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif).

Exemples 1 et 2 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Exemples 1 et 2 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Nous avons alors modifié le questionnaire en ajoutant : « Autre, précisez : ». Cette modification permettait aux personnes de se définir avec leurs propres termes. Les notes personnelles n’en furent pas moins présentes (Exemples 3 et 4).

Exemples 3 et 4 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Exemples 3 et 4 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

De tels exemples font référence au parcours trans. Plus que pointer l’identification de genre « transidentité », la notation indique l’identité Femme ou Homme « à l’arrivée », et Trans « à l ‘origine ». Nulle part n’est désigné un état-civil de départ. Nous qualifions ce positionnement de « posture du parcours » ou encore de « référence trans », en reprenant la qualification de l’Inserm. Le tableau de l’identification de genre (Tableau 1 : ci-dessous) donne un aperçu du résultat que nous avons obtenu au sein du réseau transidentitaire sur les réseaux sociaux et par le relais associatif.

tableau : L’identification de genre

tableau : L’identification de genre

Nous faisons abstraction de l’état-civil de naissance, notre objectif n’étant pas de réaliser une enquête sociodémographique de la population trans. Précisons que la version papier compte plus d’homme trans, et la version numérique plus de femmes trans. Ces résultats mettent en lumière la pluralité des définitions de Genre, comme le fait que les personnes s’identifient peu à Homme et Femme : trois personnes seulement, auxquelles ajouter cinq personnes qui par ailleurs se définissent en tant que transidentité ou « Autre ». Majoritairement, le terme transidentité a été préféré pour sa neutralité et sa fonction inclusive des différentes expressions des identités trans. On note enfin que la version papier a donné lieu a plus de débordements (graphes, commentaires, etc.) que la version numérique.

Ces modestes résultats coïncident sur cette partie avec ceux obtenus par l’Inserm. L’autre partie du terrain mobilisée par ce dernier complète l’aperçu mais relativise aussi nos résultats sur la question de l’identification de genre, laissant deviner l’intérêt de développer l’étude en comparant les modélisations sociales et culturelles des transidentités engagées dans un protocole et hors protocole.

3 – Résultats et synthèse de la consultation[5]

Rappelons que le document est centré sur la question « Votre opinion sur le traitement de la transidentité à la télévision ». Dans le cadre des UEEH d’abord, l’élaboration vise un entretien physique et comporte trois phases :

  1. Une série de questions portant sur le rapport entre la personne et la télévision (entretien directif).
  2. Une série de questions sur l’estimation personnelle du traitement de la transidentité par la télévision (entretien directif).
  3. Une question ouverte sur tout ce que la personne souhaite ajouter suite à cet entretien, en lui laissant entendre que cet espace d’expression est libre, qu’il donne la possibilité de compléments ou d’ajouts à l’entretien.

Rappelons que le terrain est constitué de personnes s’identifiant comme transidentités. Étant donné la complexité d’un tel terrain (chirurgie, hormonothérapie ou état-civil) nous n’excluons rien. Toute personne se prétendant, se définissant ou s’identifiant comme trans’ entre dans le panel. Dans l’incapacité où nous sommes de savoir qui est opéré ou pas, nous évitons la mise à part (longtemps prévalente) des personnes suivies par des équipes hospitalières, ou dans un devenir dit transsexuel. Le terrain transidentitaire est en effet constitué aussi de personnes non opérées et/ou non hormonées, ou encore opérées à l’étranger, donc en dehors du cadre du protocole français.

La première partie (partie A : « Vous et le média ») avait pour objectif de donner un aperçu sur le positionnement identitaire de la personne et d’apporter des lumières sur les questions suivantes : L’identification de genre ? Quelle est la nature de la première confrontation à la transidentité : par la télévision ou un autre média ? Le positionnement intime ? La stratégie informationnelle adoptée (recevoir ou rechercher de l’information) ?

La deuxième partie (partie B : « Votre regard sur la médiatisation ») engage des avis qualitatifs  sur le traitement du thème en télévision. On vise ici l’articulation du privé et du public, du familial et du socioprofessionnel, et ce que l’interlocuteur peut supputer de la réception médiatique. Cette phase de collecte est ouverte par la formule « dites-moi en quelques mots ».

Le troisième phase (« Votre avis », question B.14) vise autant que possible la libération de la parole sollicitée, tant la deuxième phase, somme toute directive ou seulement semi-ouverte, peut susciter quelques frustrations. La personne est amenée à se prononcer, poser un avis ou jugement sur un thème l’impliquant fortement, porter son regard sur l’image de sa communauté d’appartenance (si tel est le cas) dans le média étudié : Est-ce que « je » me reconnais dans les personnes qui me représentent ? Sont-elles des médiateurs, des médiations acceptables et légitimes ? Quelles sont les médiations positives ? La télévision est-elle un outil pédagogique ? Des diverses formes qu’elle peut proposer (Débats, documentaires, fiction, œuvres cinématographiques), quelles sont les plus adaptées ?

Comme nous l’avons précisé, l’enquête n’a pas eu l’ampleur escomptée et nous apprécions avec prudence les résultats.

  • Question A.2 : La première fois que vous avez visionné une émission, une fiction, ou un film sur le thème de la transsexualité ou mettant en scène un ou une protagoniste transsexuel-le à la télévision était-ce ? Deux réponses possibles : « avant trajet » ou « après trajet » – avec l’implicite que la phase de transition concerne le deuxième choix ; il aurait été probablement plus approprié d’ajouter la valeur intermédiaire « en cours de transition ». Par « trajet » ou « transition » nous entendons décrire une démarche de changement de genre social avec ou sans hormonothérapie, avec ou sans chirurgie, et post/pré hormonothérapie, post/pré chirurgie. Comme on pouvait s’y attendre, la majorité a vu un document sur les trans avant d’entamer une transition (76 % contre 24 %).
  • Question A.3 : Regardez cette émission, cette fiction ou ce film était un acte ? Réponses possibles : Volontaire ou Involontaire. La démarche volontaire a été plutôt majoritaire (60 % contre 40 %).
  • Question A.4 : La première fois que vous avez entendu parler de la transsexualité était-ce à la télévision ? Réponses possibles Oui ou Non. En cas de réponse négative le questionnaire invitait la personne à préciser le média. La télévision a été le média par lequel les personnes disent avoir été informées sur le sujet pour la première fois (56 %), suivent la presse 20 %, l’internet 16%, la radio 4 % et l’échange verbal 4%. Quoique nous n’ayons pas choisi de faire entrer en ligne de compte l’âge, le niveau socioculturel, la situation socioprofessionnelle, l’explication générationnelle concernant le livre et l’internet n’est pas exclue. Pour schématiser, les jeunes apprennent plutôt par le net, les personnes plus âgées ont appris par le livre.
  • Question A.5 : Avez-vous ressenti de la gêne, de la honte, un soulagement ? Cette question avait pour vocation de donner une idée de la réception. Nous avons opté pour trois qualificatifs. La gêne qualifierait un malaise auquel on ne saurait donner une valeur précise, le malaise peut être positif comme négatif. La honte quant à elle parait sans ambiguïté. Le soulagement ne vise pas une révélation mais plutôt la découverte (cela existe, je ne suis pas seul-e, il y a une solution, etc.). Les réponses ont ici débordé le dispositif, comme pour la première question. Si 28 % des personnes disent avoir ressenti de la gêne,  48 % ont éprouvé du soulagement contre 8% qui ont ressenti de la honte (une personne a ajouté « de l’effroi »). Pour le reste, il s’agit d’ajouts divers tels que : « Attirance » (4 %), « Aucun intérêt » ou « rien » 12 %.
  • Question A.6 : Pensez-vous avoir été informé(e) ? On l’a vu, presque la moitié des enquêtés se disent avoir été soulagés par cette première « confrontation », ayant eu lieu principalement à la télévision. Mais seulement  32 % des personnes estiment avoir été informées contre 60 % avis contraires. Les 8 % restant sont le fait de non réponse ou d’ajouts (exemple : « imparfaitement »).
  • Question A.7 : Cela vous a-t-il encouragé à chercher de l’information sur le sujet ? En complément à la question précédente, on note que 60 % des enquêtés disent avoir été encouragés à chercher des information sur le sujet contre 40 %.

Avec les questions de la deuxième partie, nous tentions d’engager les enquêtés dans une appréciation qualitative du média télévisuel : Votre regard sur la médiatisation à la télévision de la transidentité.

  • Question B.1 : Cette médiatisation vous paraît être ? Réponses possibles : positive, négative ou vous ne savez pas. La médiatisation est qualifiée de négative  à 48 % contre 28 % qui l’estiment positive et 24 % qui ne parviennent pas à la qualifier.
  • Question B.2 : Pensez-vous que l’on parle du sujet ? Nous avons proposé quatre options afin de compléter l’avis qualitatif par une donnée quantitative : Trop, Souvent, Le nécessaire, Pas assez. Il n’y a pas vraiment à épiloguer sur le 0 % du choix « Trop ». En revanche, avec 72 % en faveur du « Pas assez », on peut formuler l’hypothèse du souhait d’une plus grande mais aussi meilleure médiatisation. 20 % estiment le thème médiatisé convenablement ; 4 % l’estiment souvent traité.
  • Question B.3 : Estimez-vous que la télévision est un outil pédagogique sur le thème ? Au-delà du choix Oui Non, nous engagions un avis sur l’avenir avec la sous question : Si non, pensez-vous que cela puisse être le cas dans l’avenir ? Une grande majorité des avis estiment que la télévision n’est pas un outil pédagogique sur le thème de la transidentité (88 % de Non, contre 12 % de Oui). Cependant, la majorité des Non (90,91 %) est optimiste estimant qu’elle pourrait l’être dans l’avenir contre 9,01 %.
  • Question B.4 : La télévision est-elle à votre avis un média d’information de masse susceptible de toucher le grand public ? « Toucher le grand public » est au centre des préoccupations de la majorité des associations et collectifs comme on l’a montré l’étude des structures associatives du terrain transidentitaire. Le chiffre ne souffre aucune contestation, 96 % des enquêtés conférant ce rôle au média audiovisuel. On devine la considération d’un média puissant, au grand potentiel, touchant le grand public (monsieur et madame tout-le-monde), peut-être pédagogique sur le thème concerné, mais très peu ou pas du tout aujourd’hui.
  • Question : B.5 : Les parole des personnes trans’ lors d’émissions de débats et/ou de documentaires vous paraît-elle globalement pertinente pour toucher le grand public ? Cette question implique la représentation des trans à la télévision. Leur responsabilité dans la narration audiovisuelle vient avec la question qui suit. Seuls 16 % des enquêtés estiment la parole des trans en télévision adaptée ou pertinente pour toucher (éduquer et informer) le grand public contre 28 % d’avis négatifs.  Cependant plus de la moitié des questionnaires (56 %) émettent un avis mitigé (« Parfois »).
  • Question B.6 : Avez-vous un exemple de retombées positives auprès de votre entourage familial et socioprofessionnel ? Nous abordons une série de questions ouvertes dont il ne sera pas possible de donner l’intégralité des réponses mais seulement la synthèse. La sous-question suivante : Si oui, lequel(ls) et pourquoi ?, constitue une invite à exemples voire à argumentations. Il s’agit d’avoir un aperçu des conséquences positives et négatives (avec la question B.7) des représentations télévisuelles sur l’entourage familial et socioprofessionnel des personnes tout en recueillant des exemples précis. 60 % des réponses sont négatives et par conséquent ne donnent pas lieu à commentaire. Les 40 % des personnes proposant un exemple de conséquences positives d’un document audiovisuel sur le thème donnent des illustrations diverses. Par exemple : l’entourage est amené à se poser des questions citant l’impact du film Ma vie en rose ; les rétablissements d’une communication rompue entre des mères et leur enfant trans sont aussi évoqués : l’une a envoyé le film Transamerica à sa mère, l’autre fait référence à un reportage sur Dana International ; un personnage FtM en transition (apparaissant dans l’un des épisodes de la série télévisée Sous le soleil) a joué un rôle positif, selon la personne citant cet exemple. Si dans notre étude de  2008 nous donnions l’exemple de l’échec d’un coming out suite à une diffusion, ici nous avons l’exemple d’un coming out réussi d’un jeune FtM grâce à la télé-réalité (une saison de Secret Story dans laquelle Erwan, un FtM, était candidat) quoique le point de vue essentialiste ou pathologisant ne soit pas partagé ; d’autres illustrations parlent de révélation ou d’intérêt familial sur la question, ou de discussions avec les collègues de travail ; des documentaires (La vie comme un roman, Nous n’irons plus au bois et L’Ordre des mots) sont cités comme approches originales s’éloignant à des degrés divers des clichés repris par l’entourage. Un dernier commentaire interpelle, qui dépasse la victimisation pour une simple justice à rendre : contre le soupçon de perversité par exemple, sont mises en causes stigmatisations, discriminations, incompréhensions.
  • Question B.7 : Avez-un exemple de retombées négatives auprès de votre entourage familial et socioprofessionnel ? Cette question liée à la précédente sera traitée de la même façon.  Si 40 % des personnes ne donnent aucun exemple de retombées négatives, c’est au contraire le cas de 60 %. Quoique les pourcentages soient équivalents, ces 60 % ne sont pas exactement constitués des mêmes personnes que ceux de la question précédente. Nous recensons ces exemples pour illustrer les retombées dites négatives : l’émission Le droit de savoir est considérée comme assimilant trans et prostitution ; une personne cite un commentaire de ses collègues de travail au lendemain d’une diffusion (« d’hommes qui se font couper les couilles ») tandis qu’une autre dit « mon père après avoir vu Simone m’a appelé Simone avec dédain » ; suite au grand débat des Dossiers de l’écran tout l’entourage aurait déclaré n’avoir vu que des gens anormaux ; l’exemple de Thomas Beatie est donné à plusieurs reprises par un professeur qui a constaté l’incompréhension chez ses élèves ou encore le traitement (estimé maladroit) du thème par le Journal de la santé, s’indignant des rires et autres dénégations des collègues de travail ; Erwan de Secret Story est accusé de vision pathologisante ; les émission de Delarue sont très fréquemment citées ; le thème de l’assimilation trans/prostitution , trans/asociaux, est récurrente ; le média « filtre » et offre des cas non représentatifs, des informations erronées mais pas sans conséquence (déstabilisation) ; enfin, on relève le terme « travelo » pour désigner les trans vus à la télévision.
  • Question B.9 : La parole des personnes trans’ lors d’émissions de débats et/ou de documentaires vous paraît-elle être centrée sur le trajet personnel de la personne témoignant plutôt que sur la situation des personnes trans’ en général ? De notre côté nous faisions l’hypothèse d’une transidentité rejouée d’émission en émission, comme une éternelle première fois. Depuis les annexes des associations des années 1990 jusqu’aux courriels et posts des forums des années 2000, en passant par les commentaires des blogs ou Facebook en cette décennie 2010-2020, on regrette sans cesse  que les émissions ne s’intéressent qu’à des parcours individuels et non à la situation globale, la condition des trans en France. Voilà qui correspond parfaitement à 96 % des questionnés estimant que la télévision fait la part belle au témoignage individuel. Ce panel serait-il trop militant, en miroir de nous-même ? Rappelons cependant que les réseaux mobilisés engageaient des courants parfois très éloignés du terrain transidentitaire. Les sensibilités sont très différentes au sein de ce panel, tandis que la convergence des résultats est évidemment frappante. Les identités trans regrettent un manque d’expertise, qu’il soit de leur fait ou non. Le témoignage centré sur la narration de soi ne peut certes faire loi, à la mesure du risque de généralisation, des effets techniques et symboliques de l’interview. Portraits et autoportraits ne sauraient valoir pour l’ensemble.
  • Question B.9 : Pourriez-vous citer de mémoire des émissions et/ou des documentaires ayant donné une image juste et positive, et concourant à une meilleure compréhension de la transidentité ? En cas de réponse positive, nous invitions l’enquêté à donner des exemples. Nous obtenons 4 % sans réponse, 16 % ne peuvent citer de mémoire une émission ayant donné une image estimée juste des trans à la télévision, contre 76 % qui le peuvent. Parmi les commentaires et exemples cités on note l’absence de L’Ordre des mots pourtant cité en off. Ceci est dû principalement au fait que ce documentaire n’a jamais été diffusé sur une chaîne de télévision française. Est citée l’émission d’Olivier Delacroix (Nouveaux Regards, France 4, 11 octobre 2009) au moment où le questionnaire était annoncé et diffusé sur les réseaux sociaux. Sont également cités les documentaires Nous n’irons plus au bois, I don’t wanna be a boy et Nés dans le corps d’un autre, Southern Comfort, Sexe ?, les émissions et  reportages : Dana International, Bas les masques (Mireille Dumas), Le journal de la santé (avec Julie Schultz), C’est la vie en plus (RTBF), XXY Enquête sur le troisième sexe (un Thema sur Arte), Ce qui fait débat (Michel Field), l’histoire de Marie-Ange Grenier, Le débat sur Pink Tv, reportage sur STS sur France 3 région, l’intervention de Diane à Toute une histoire (Jean-Luc Delarue). Quelques références des années 1980 sont évoquées, mais la plupart des émissions, reportages et documentaires cités datent des années  2000 ; la diversité des supports et dispositifs a marqué les esprits. Il y a presque autant de réponses que d’enquêtés. Un panel plus vaste aurait été d’autant plus pertinent.
  • Question B.10 : Pourriez-vous citer de mémoire des émissions et/ou des documentaires ayant donné une image fausse et négative, et concourant à une mauvaise compréhension de la transidentité ? Comme précédemment 4% de sans réponse, mais 26 % des enquêtés font référence aux émissions ayant donné une image fausse des trans contre 72 % qui le peuvent. Dans les exemples cités, une tendance se dessine cette fois, en l’occurrence 50 % des enquêtés font références aux émissions de Jean-Luc Delarue et à Ça se discute particulièrement. Les autres références se distinguent par leur pluralité : Pub Opel, Les dossiers de l’écran (1987), C’est quoi l’amour (TF1), Endemol, Le droit de savoir. Certaines références sont jugées positives ou non selon les enquêtés : les documentaires (I don’t wanna be a boy et L’étrange destin du colonel Jin Xing), les émissions de parole et de débat (Ce qui fait débat, Bas les masques, Le débat sur Pink Tv, J’y vais, j’y vais pas), le reportage (élection de Miss Trans). Parfois ce sont des personnalités qui sont citées comme Jean-Pierre Foucault (pour En quête de vérité, on présume), Jean-Luc Delarue on l’a vu, ou encore Vincent McDoom (pour Myriam et les garçons – ou sa façon d’être ?). Telles sont les références que l’on trouve ici, avec les prime time (première partie de soirée), les talk-shows de la tranche horaire 14h-15h ou de fin de soirée (23h-00h).
  • Question B.11 : Les personnages trans’ des fictions, des téléfilms et des œuvres cinématographiques vous paraissent-ils refléter la réalité ? Il s’agit non seulement de recueillir une estimation à travers un avis tranché (oui ou non) mais aussi de le justifier (le pourquoi). Avec cette question nous espérons approcher les mythes ou les modélisations sociales et culturelles des trans vus depuis leur terrain, au travers de la fiction et de la création. Par rapport aux tendances précédentes, rien de surprenant à ce que seulement 28 % des enquêtés voient un reflet de la réalité là où 72 % sont d’avis contraire. On retient les explications suivantes :
    1. Les personnages trans ne sont pas joués par des trans : les FtMs sont joués par des femmes ; les MtFs sont jouées par des hommes ; le comédien est dans son rôle, il invite le spectateur à pénétrer dans le monde du fantasme (rêve) ;
    2. Les narrations sont centrées sur : la souffrance, la victimisation, l’erreur de la nature et l’opération miraculeuse ;
    3. On ne voit que des trans en début de parcours : souvent ils ne passent pas encore très bien visuellement dans le sexe ou le genre de destination ; des MtFs exubérantes correspondant davantage  à des Drag Queens ou à des personnes travesties ;
    4. Qualités et limites du personnage : Toujours assez cliché avec un personnage secondaire ; lorsque l’histoire est centrée sur un personnage trans, la réalité montrée (sociale, familiale, personnelle) est assez juste mais souvent sur un seul aspect ; toujours une MtF, prostituée qui meurt à la fin ; personnages trop caricaturaux ; souvent outrancier, peu crédible, le fantasme ;Entre réalité et fiction : Ces œuvres additionnent éléments de réalité et de fiction ; la transidentité est montrée trop souvent avec les clichés habituels ; lorsque l’enfance est évoquée, le parcours semble « idéal » dans le sens où l’enfant se vit dans l’autre genre depuis toujours. Parfois les besoins du scénario donnent lieu à des situations invraisemblables ; le cinéma et autres œuvres de fiction reflètent très rarement la réalité, quel que soit le sujet ; trop d’artifices comme dans le cinéma  d’Almodovar ;
    5. Méconnaissance de la réalité trans : Mélange identité et sexualité ; la distinction entre transsexes et transgenre rarement faite ; on ne montre pas assez la pluralité des transidentités à l’exception des documentaires comme dans L’Ordre des mots, Boy i’am, Gendernauts ;
    6. Quelques réussites (Transamerica, Priscilla, folle du désert – le personnage de Bernadette, Ma vie en Rose) reflètent bien une certaine réalité ; ainsi que des personnages dans les œuvres et fictions LGBT.
  • Question B.12 : Pourriez-vous me citer quelques exemples ? Question engageante et quelque peu redondante avec la précédente afin d’obtenir de nouveaux exemples ou illustrations. 32 % des enquêtés disent ne pas pouvoir donner d’exemples, mais quelques uns d’entre eux émettront tout de même un avis. 68% affirment pouvoir donner des exemples.

Nous retenons les avis suivants :

    1. Une même figure, une image récurrente  : il y a toujours au moins un épisode dans une série télévisée qui traitera le sujet mais d’une façon satirique ou maladroite tout au moins ;  il y a cependant la série télévisée Nip & Tuck qui traite le sujet en arborant un panel de diverses trans très différentes les unes des autres mais l’image véhiculée reste péjorative à chaque fois quasiment, allant de la dangereuse psychotique érotomane jusqu’à l’image de la trans  excentrique ou encore de celle au physique très masculin ; les téléfilms policiers introduisent un personnage trans assassiné ou assassin qui véhicule les stéréotypes les plus négatifs ; « Tout sur ma mère » le film semblait favoriser la confusion entre trans et prostituée, et entre trans et séropositif/ve ; le personnage de la trans prostituée paraissait caricatural ;
    2. Des portraits de plus en plus justes : comme dans la série Cold case ou des films comme « Different for girls », « Ma vie en rose », « Priscilla folle du désert », « XXY, Better than Chocolate », « Tout sur ma mère » : exemple de l’enfance trans « idéale » ;
    3. Des titres et des noms reviennent comme illustrations de sentiments contrastés : Boys don’t cry ; Ma vie en rose, Transamerica, Mauvais genre, Ceux qui m’aiment prendront le train, Tirésias, le cinéma d’Almodovar et de Fassbinder.
  • Question B.13 : Connaissez-vous des cas de personnes trans’ ayant joué le rôle de personnages trans’ ? Cette question avait pour ambition de clôturer la deuxième partie du questionnaire par ce qu’on pourrait appeler « culture trans ». 56% seulement ont répondu positivement citant très largement Pascale Ourbih (actrice de Thelma) et Stéphanie Michelini (actrice de Wild Side).  44 % des enquêtés ont donc répondu négativement. Cela nous a quelque peu surpris car la première des actrices nommées est une figure connue sur le terrain, et la seconde a été l’objet d’une médiatisation notable lors de la sortie du film.
  • Question B.14. Souhaitez-vous donner un avis sur un point que nous n’aurions pas abordé ou compléter une réponse ? Deux possibilités Oui et Non, et nous offrions une page entière pour l’expression d’un avis complémentaire si celui-ci était souhaité. 64 % l’ont fait. Dans ce cas, nous considérons les réponses à part (une troisième partie). En voici le reportage :
    1. La médiatisation, même négative, est préférable au silence – avis pour : Même les mauvaises émissions permettent la reconnaissance de soi ou offrent du moins une certaine identification ; certaines émissions sont appliquées ; même négative la médiatisation a permis des avancées sur les parcours personnels ;
    2. Limites de la médiatisation : Malgré quelques connaissances affichées et la diffusion d’informations qu’elles permettent, les émissions populaires (exemple : Delarue) sont dénoncés pour cause de mauvaise image ; les émissions effleurent la problématique réelle ; la positivité vécue du trajet est absente des émissions et des reportages ; des phénomènes de foire ; c’est internet qui a un rôle majeur sur le parcours trans ; les images données par la télévision au jeune public sont catastrophiques ; personne ne cherche d’informations complémentaires ; les jeunes se contentent de ce qui leur donné et ces idées viennent s’ajouter à celles déjà installées par leur milieu socioculturel ; les discours trans véhiculés par les médias peuvent poser problème à ceux qui ne s’y retrouvent pas ; la télévision n’apporte aucune aide, plutôt une gêne ou une confirmation : fuir  le monde trans pour se fuir ; la télévision cherche souvent à faire du sensationnel plutôt que de l’information et donc continue à véhiculer les stéréotypes négatifs ; le problème est que films ou reportages sont réalisés par des personnes-bio donc avec dès le départ un regard faussé même s’il est sans jugement : ils s’intéressent toujours à l’aspect médical, chirurgical et sont incapables d’aller plus loin, car ils ne peuvent pas savoir qu’il y a autre chose ; tant que la parole ne sera pas donnée (ou prise) par une personne trans, les médias en général ne sauront pas diffuser un message informatif et positif sur la transidentité ; dans l’ensemble la transidentité vue à la télévision est sous le feu du sensationnalisme dans la majorité des cas ; on n’y dit pas la galère pour trouver des médecins tellement les équipes « auto proclamées officielles » ont la mainmise sur le parcours médical, on n’y dit pas l’enfer et surtout le « jeu de poker » concernant le changement d’état-civil ; on n’y parle jamais de la perte quasi assurée de l’emploi et de toutes les « joyeusetés » du parcours ;
    3. Les conséquences sociales (positives et négatives) de la médiatisation : les représentations négatives sont difficiles à combattre ; l’hétéropatriarcat est presque toujours passé sous silence ; le système social n’est pas remis en cause ; celui-ci repose sur la nature ; les discours souvent basés sur le sexisme font que certaines personnes féministes peuvent avoir du mal à comprendre que l’on peut être trans et constructiviste, trans et féministe ; depuis un an, en discutant avec des ami(e)s non trans : pour certains la télévision leur avait apporté des repères sur la transidentité, souvent faussés ; c’est le regard de la personne concernée qui peut être le plus faussé ;
    4. Trans et fictions : Les personnages trans dans les fictions sont positifs car ils inscrivent la typologie trans dans l’esprit du public et permettent une meilleure image de soi aux trans ;
    5. Tendances constatées ou souhaitées (du média à l’espace social) : à l’amélioration ; temps de montrer la diversité des identités trans ; tenir compte du rôle social des personnes trans ; il faut oublier le strass et les paillettes ; la communication télévisuelle est importante, mais elle n’est pas la méthode à mettre en priorité ; une forme d’éducation dans les écoles à la tolérance et à l’acceptation de son identité de genre et de sexe ou même de son orientation sexuelle (afin de savoir distinguer les deux) ainsi que celle des autres, alors le plus gros du problème serait réglé ; il devrait y avoir une matière spéciale dans laquelle pourrait être intégrée l’éducation sexuelle des adolescents, au lieu d’une intervenante de la santé publique qui n’apparaît dans chaque classe qu’une seule fois et qui est tellement gênée par le sujet qu’elle en oublie les informations pratiques pour rassurer les élèves ; l’ignorance de la diversité de l’identité de genre provient d’une volonté politique ; Il y a une visibilité plus large et plus réelle de la transidentité à développer ;
    6. Individuation et invisibilisation : L’anonyme devient la représentation du groupe entier ; la tête d’affiche efface la diversité et le collectif ; le discours dominant est « ma route est la bonne et la seule vraie » ; soupçons de manipulation des discours par les animateurs ; méfiance réciproque ; oubli qu’il existe un tissu associatif et que l’on reformule les identités ; des parcours individuels, sortis de leur contexte, nous sont présentés ; le problème vient de l’individu, d’où le concept de « femme dans un corps d’homme » ou « homme dans un corps de femme » ; quand un reportage présente des personnes trans dans leur vie courante, ils n’arrivent pas à expliquer la transidentité en général et s’appuient sur des témoignages trop personnels ;
    7. Typologie trans : l’individu trans vient conforter et consolider la norme en exposant son sentiment d’être « né dans le mauvais corps » ; le problème se réduit donc à une question de corps et non de Genre ; ses goûts innés l’ont toujours porté vers les jeux, activités et comportements typiques au « sexe opposé » ; insiste sur le dégoût qu’il éprouve envers son corps et en particulier envers son sexe ; aspire à une vie de couple sur le mode hétérosexuel ; celui/celle qui change de genre social sans souhaiter de modification génitale, qui n’a pas présenté d’identification précoce au genre revendiqué, ou qui ne tient pas un discours essentialiste, est suspecté d’être un imposteur, un(e) faux(sse) trans ; mise en avant des parties « sensationnelles » des transitions ; on y dit qu’il faut prendre des hormones mais rien de plus, on y dit qu’il « faut » se faire opérer ;
    8. Réactions au questionnaire : (Question A – 5) Je pense qu’il  faut prendre en compte le fait que l’on ne s’identifie pas forcément trans au moment du premier visionnage; donc je n’ai pas pu choisir une réponse parmi celles proposées car la question est biaisée. J’étais enfant quand il y a dû avoir un fait divers à la télévision relatif « aux transsexuels », et à l’époque le sujet ne m’a pas spécialement parlé, donc je n’ai rien ressenti de particulier (j’ai dû poser juste une question à mes parents pour mieux comprendre ce dont il s’agissait, et ils ont été assez neutres, c’est-à-dire dans la description/explication et non dans le jugement. À la suite de cet événement je n’y ai plus pensé et je n’ai pas ré-abordé ce genre de sujet jusqu’à la fin de mon adolescence.). Comparativement, la découverte du mot « hermaphrodite » de la même manière avait provoqué plus de réactions chez moi à l’époque ;

Pour conclure avec ce questionnaire, voici quelques données statistiques ayant trait à l’âge, la profession, l’âge et la situation familiale des enquêtés :

Situation professionnelle : personnel enseignant : 16 % ; étudiant(e)s : 20 % ; personnes sans emploi : 12 % ; fonctionnaires (8 %), artistes : 8% (photographe, chanteuse) ; personnel administratif : 8 % (agent, secrétaire) ; employés : 4 % mécanique 4 % ; activité non précisée : 4 % ; activité non renseignée : 8 %. Le secteur tertiaire est largement représenté et le taux de chômage est bien moins important que les a priori communs sur la situation professionnelle des trans.

Tranches d’âge : entre 15 et 25  ans : 28 % ; 25-35 : 8 % ; 25 et 45 ans : 28 % ; 45 et 55 ans : 20 % ; 55 et 65  ans : 12 % ; âge non renseigné : 4%. Toutes les tranches d’âge sont à peu près représentées sans constater d’écart statistique spectaculaire. Pourtant, la classe des 15-25 ans (28 %) est notable. Au sein de cette classe d’âge, on retrouve une écrasante majorité de FtM, et toutes les personnes sont étudiantes (du lycée au doctorat en passant par les masters). Ce résultat illustre l’une des évolutions du terrain constatées par les acteurs associatifs.

Situation familiale : célibataires : 32 % ; en couple : 44 % ; famille monoparentale : 4 % ; divorcé : 4 % ; situation non renseignée : 16 %. La proportion des personnes en couple pourrait surprendre si l’on s’en tenait à ce qui est probablement devenu un mythe : la personne trans isolée, célibataire et sans emploi. Certaines des personnes enquêtés sont depuis en couple et parfois engagées dans des projets parentaux. On note sur ce dernier point l’absence d’enfants dans les couples ayant répondu. Par ailleurs, la plupart des enquêtés dérogent à la règle des « facteurs prédictifs négatifs » définit par les protocoles français. Laurence Hérault, les décrit ainsi : « ceux qui sont susceptibles d’entraîner des regrets, des troubles dépressifs ou encore des comportements suicidaires chez le patient réassigné »[6]. Précisons qu’entrent ainsi en compte comme critères sélectifs : l’âge, le fait d’avoir été marié, ou encore l’orientation sexuelle (« l’hétérosexualité pré-opératoire »). Par exemple, une personne âgée de plus de 45 ans, mariée avec enfants, ayant eu une vie sexuelle qualifiée d’hétérosexuelle cumulerait ainsi plus de critères qu’il n’en faut pour justifier un refus de prise en charge par le protocole.  L’ironie veut que près des 70% des enquêtés en couple ou célibataires, insérés ou en parcours d’insertion cumulent plusieurs des critères dits négatifs.

Quel que soit l’âge, l’identification de genre ou le niveau socioculturel, les tendances que dessine cette enquête de  2009 sont les suivantes :

    1. La transidentité est découverte dans les médias, le plus souvent à la télévision, avant la transition ; ce n’était pas un acte volontaire ;
    2. La médiatisation à la télévision est jugée insuffisante ; on estime qu’elle manque de pédagogie pour l’instant ; une grande majorité perçoit cependant la télévision comme un média de masse susceptible d’informer le public avec pédagogie dans l’avenir ;
    3. La parole des trans dans le média audiovisuel donne lieu à l’expression d’avis mitigés ; la représentation serait par ailleurs centrée sur le témoignage personnel au détriment du collectif ;
    4. Les enquêtés expriment et illustrent dans des proportions presque égales des exemples de conséquences négatives et positives de l’exposition télévisuelle auprès de leurs entourages amicaux, familiaux et socioprofessionnels ;
    5. Les représentations rendues par le média sont perçues comme non conformes à la réalité, la télévision donnerait une idée fausse de la réalité transidentitaire, les fictions (téléfilms et œuvres cinématographiques) n’échapperaient pas à la règle ;

La majorité des enquêtés ont tenu à ajouter des avis complémentaires confirmant et illustrant les tendances se dessinant à travers le questionnaire. La télé-réalité y est dénoncée. Le cinéma, bien que donnant lieu à des avis mitigés dans le questionnaire, se voit plébiscité avec des œuvres telles que Transamerica ou Ma vie en rose. En off, les commentaires oraux ou courriels montrent la très grande variété des sources d’information mais aussi des représentations. Une tendance à confirmer indique un recul de l’outil télévisuel au profit d’internet, des blogs et des réseaux sociaux. Les modèles offerts par les mangas ou encore les mouvements artistiques et contestataires (altermondialistes, « indignés », écologistes, libertaires) semblent revendiqués. Nous voyons là, quant à nous, un processus engageant les trans dans la production des hommes et des femmes en identités alternatives, jusqu’à une déconstruction même (pour un certain nombre d’entre eux) des modélisations sociales et culturelles que nous avons étudiées.


[3] L’Information Psychiatrique, op. cit.

[4] Ibidem.

[5] Étant donné le nombre d’enquêtés et de questionnaires considérés, nous parlerons plus d’une consultation que véritablement d’une enquête bien que le mot soit souvent utilisé.

[6] Laurence Hérault, « Usages de la sexualité dans la clinique du transsexualisme », L’Autre, Cliniques, Cultures et Sociétés, Vol. 11, n° 3, 2010, p. 283. Voir aussi à ce sujet dans le dossier « Le corps consommé », l’article de Mireille Bonierbale, Aude Michel et Christophe Lançon : « Devenir des transsexuels opérés », L’Information Psychiatrique, Vol. 81, 2005, p. 517-528.

Annexes

Exemple de pages de questionnaires :

Page 1

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Page 2

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Page 3

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Page 4

Page 4

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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