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Réflexions situées sur le documentaire « Trans c’est mon genre » (2016)  d’Eric Guéret

Suite à des messages privés et des commentaires sur Twitter, je m’autorise ces quelques lignes d’explications et de remises au point.
 
Le Non :
– Je ne suis pas la réalisatrice.
– Je ne suis pas la responsable du casting.
– Je ne suis pas payée par France 2 pour vendre le documentaire.
– Je n’adhère pas à l’ensemble des discours tenus par les protagonistes.
 
Le Oui :
– Dans mes échanges avec le réalisateur, j’ai parlé des conditions de vies des personnes trans : Prostituées, Sex-workers, Séropositives, Précaires, Migrantes, Sans papiers, Jeunes et moins jeunes, Scolarisées et déscolarisées, Psychiatrisées, Féministes et non-féministes, Politisées et non-politisées, Genre fluide, etc.
– J’ai parlé de l’ensemble associatif français et des inégalités de médiatisations (Ft*/Mt*) ainsi que des agressions liées au « cumul de stigmate » : couleur de peau, classe sociale, passing, expression fluide, etc.
– J’aurais aimé voir plus de personnes politisées prendre la parole.
– Des personnes très politisées que j’aurais souhaité entendre m’ont confié avoir décliné et je respecte leur décision.
– J’aurais aussi souhaité la présence de jeunes femmes trans.
– Je pense toujours et très sincèrement, que malgré ses défauts, ce film peut être un vrai outil de sensibilisation susceptible d’en inspirer d’autres, y compris réalisés par des personnes trans, en espérant vivre assez longtemps pour le voir.
pendu
Le Télérama de la semaine du 29 octobre au 4 novembre 2016. L’article de Marie Cailletet intitulé « Ce n’est pas leur genre » (n° 3485, p. 83-85) est consacré au documentaire d’Eric Guéret, intitulé « Trans c’est mon genre ». J’ai été interviewée avec attention par Marie Cailletet au même titre qu’Eric Guéret. L’article me semble limpide et aborde les points de satisfaction comme de frictions. De par mon travail de chercheure comme de mon identité trans et donc parfois consultée aux deux titres, cette interview confirme un changement d’approche des journalistes et une bonne note est toujours quelque chose de réjouissant.
J’ai rarement pu échanger autant avec un réalisateur qu’avec Eric Guéret, mis à part l’amitié née avec Cynthia Arra et Mélissa Arra durant le tournage de « L’Ordre des mots » (2007) au cours de nos longs et amicaux échanges. Le réalisateur m’a fait confiance et j’ai pu suivre le projet se construire, tout en notant l’évolution du réalisateur face à ses découvertes, ses questionnements et remises en causes. La formule « ne pas faire de mal, être utile », résume mon ressenti au cours de nos échanges. Avec Maud-Yeuse Thomas, nous avons travaillé à l’aiguiller vers le plus de groupes trans possibles, sans faire entrer en ligne de compte nos inimités ou nos dissensions politiques. Par rapport au tissu associatif et militant, il y avait une prise de risque mutuelle. De notre côté, allions-nous à nouveau, vivre une « trahison médiatique » ou autrement dit : quand des professionnels des médias plient « les réalité trans »  à leur point de vue ? Si le CV du réalisateur plaidait en faveur d’une personnalité engagée, un point auquel nous sommes sensibles, nous avons pu aussi lui parler avec une grande franchise. Ce que je donne à voir des coulisses me paraît important d’être souligné d’autant plus que je m’interroge sur la réception et ses effets symboliques.
Nos groupes trans sont très « à cran », et souvent avec raisons, sur le traitement médiatique dont les personnes T sont l’objet. Je suis familiarisée avec le sujet pour avoir étudié cette médiatisation depuis l’après-guerre et pour être tout simplement une personne trans « out », volontairement, comme telle dans mon métier et ma vie publique. Des publications existent sur le sujet mais ne semblent pas très connues car l’écriture académique n’en facilite probablement pas l’accès facile :
L’approche dénonciatrice qui caractérise un groupe quand il est soumis à des maltraitances sociales, théoriques et médiatiques est compréhensible et doit être prise en compte. Cependant, cette approche qui touche à la revendication fait parfois oublier que des choses changent, peu à peu – toujours trop lentement à l’échelle de nos vies, nous sommes bien d’accord. Mais elles changent. Notons l’évolution du lexique, du vocabulaire et des images. Notons le travail de consultation réalisé auprès des associations. Certaines ont joué le jeu avec précaution tandis que d’autres ont refusé net, et c’est leur droit. Les « trahisons médiatiques » sont connues. Mais tous ces groupes trans auront été abordés avec respect, les personnes traitées comme des sujets et non comme des objets. Nous pouvons donc critiquer, et c’est notre droit, mais nous devons aussi nous donner les moyens de voir les bonnes volontés, de nous autoriser à ressentir à nouveau ce qu’est la sincère bienveillance.
Comme l’article de Marie Cailletet le souligne, j’ai exprimé l’idée que certains points ou certains mots émanant de tel ou tel témoignage, soulèveront la critique de tel ou tel groupe, de telle ou telle politique. A n’en rester-là, on en oublierait alors que c’est le premier documentaire sur la transphobie et qu’il a été motivé par de bonnes raisons et réalisé avec humilité. On entendra peut être : « oui mais c’est encore la parole d’un non-trans ». En effet, ce n’est pas « un produit made in transland » mais la parole qui y est donnée, est elle, bien trans dans toute sa diversité. « On aime » ou « on aime pas » les témoignant.e.s et leurs profils, on n’engagera aucune polémique sur ce point. Écoutons plutôt le fond et jugeons l’ensemble. Ne passons pas à côté de l’histoire de transphobies ordinaires à travers des récits sans équivoque car ce documentaire est bien un tout. Il est précieux car il pointe, avec la diversité de ces paroles situées, les maltraitances institutionnelles et culturelles.
Le format d’Eric Guéret est très différent de celui des documentaires cultes français que sont à mes yeux « L’Ordre des mots » (Cynthia Arra & Mélissa Arra, 2007) et « Fille ou garçon : mon sexe n’est pas mon genre » (Valérie Mitteaux, 2011). Mais il a en commun, non seulement une approche bienveillante mais aussi une posture humaniste au sens de : « Je ne veux pas que l’autre reste un.e étranger.ère. J’accepte les effets identitaires qu’il/elle produit sur moi et je remet en cause mes certitudes. Ce faisant je m’enrichis ». Ce n’est pas comme si nous ne partagions pas la même planète, c’est surtout que les plus conservateurs ne la veulent que pour eux.
Du temps de l’association Sans Contrefaçon (2005) nous avions eu un conflit interne quant à l’utilisation du mot transphobie, jugé « trop agressif » et pas assez « pédagogique » (!?) envers « le grand public ». Maud-Yeuse Thomas, Tom Reucher et d’autres, avons défendu ce terme et l’association s’est scindée. Nous ne regrettons rien, car nous voyons bien que nommer c’est faire exister, c’est faire reconnaitre les violences et faire sortir de l’invisible, de l’ombre, les réalités de nos vécus.
Nous sommes un mouvement social qui revendique son existence.
Nous sommes un mouvement féministe qui revendique des droits.
Nous sommes un mouvement transféministe qui dénonce le sexisme, la racisme et bien d’autres « ismes » excluants.
Nous sommes…
Et, nous avons le droit de nommer les processus institutionnalisés qui tendent à nous exclurent de l’humanité.
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Revue Hermès, n° 69 – Sexualités.

Sous la direction de Dominique Wolton. Ce numéro est coordonné par Étienne Armand Amato, Fred Pailler et Valérie Schafer, et supervisé par Benoît Le Blanc. Éditions CNRS, 28 août 2014.
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Résumé du numéro

« Deuxième révolution sexuelle », « troisième vague féministe »… La question sexuelle n’est pas close et n’a pas fini d’occuper l’espace public, de s’inviter dans la sphère politique et sociale. En témoignent les affrontements récents en France autour du mariage pour tous, le manifeste des 343 fraudeuses en faveur de la procréation médicalement assistée ou encore les débats parlementaires sur la prostitution et la pénalisation des clients. Enjeu politique, religieux, éthique, économique ou encore culturel, c’est aussi, profondément, une question de communication, privée comme publique, qui, de la sphère la plus intime à l’arène la plus médiatique, engendre échanges, controverses, revendications, normativité et négociations.

C’est la communication dans tous ses états – de la plus ténue et silencieuse à la plus transgressive ou explicite – que les auteurs de ce numéro analysent, pour mieux comprendre non pas la sexualité, mais les sexualités, leur diversité de formes, de manifestations, de pratiques, leur altérité, leur incompréhension ou reconnaissance mutuelles comme leurs ajustements et entrelacements.

Mêlant des approches anthropologiques, sociologiques, historiques, littéraires, dans les domaines des sciences de l’information et de la communication, des études des médias ou de genre, ce numéro est l’occasion de croiser des recherches de terrain, des études de cas et des réflexions plus théoriques autour de ce champ éminemment interdisciplinaire. Au fil des pages se dévoilent la richesse et la diversité des approches communicationnelles des sexualités. Celles-ci permettent de dépasser les binarismes et clivages que l’on peut observer dans l’actualité et de replacer dans la longue durée une question, dont la simplicité de notre titre ne peut pas masquer la complexité des enjeux.

Étienne Armand Amato, Fred Pailler et Valérie Schafer

 

Résumé de mon article :

 
L’inscription des identités « trans » comme fait de société s’est accompagnée de questionnements liés au genre et à la sexualité. Ceux-ci se sont retrouvés saisis par les moyens de communication depuis la descente d’avion de Christine Jorgensen en 1953 à New York jusqu’à la pornographie sur Internet, en passant par les mises en scène des shemales et la médiatisation du bois de Boulogne dans les années 1980-1990, générant sur le terrain confusions, divisions et concurrences. Appuyé sur les résultats d’une étude menée de 2008 à 2012 et des corpus audiovisuels, cet article permet de montrer les processus complexes et croisés en jeu dans la construction médiatique des transidentités.
RFSIC
Émergences

La médiatisation des politiques transgenres : du statut de contre-public à l’inégalité de la représentation

Résumé

La médiatisation des politiques transgenres est récente. Les études qui portent sur cet objet de recherche montrent que les discours des trans peinent à être médiatisés, encore plus lorsqu’ils sont critiques. Toutefois, les discours les plus consensuels sont eux largement valorisés. En effet, il existe deux courants distincts et parfois en conflit au sein des politiques trans. Le premier plaide pour l’intégration tandis que le second refuse ouvertement de s’inscrire dans les rapports sexe/genre. Toutefois, ces deux courants se retrouvent autour de dénonciations d’assimilations au cabaret et à la prostitution. Nous étudierons l’un des objets de ces dénonciations, la médiatisation du bois de Boulogne, à travers un corpus d’émissions télévisées constitué à l’INA. Nous montrerons que la construction de figures archétypales consensuelles pose la question de leur interprétation/construction (une co-écriture) par les médias, le grand public et les personnes concernées. S’attacher à comprendre les mécanismes de pouvoir et de domination à l’œuvre dans la médiatisation des politiques trans (le montrable et l’in-montrable) – et leurs influences sur les contre-publics transidentitaires – nous engage également à penser le sujet politique trans.

Plan

L’article en ligne, Revue Française des Sciences de l’information et de la communication : http://rfsic.revues.org/695
Je remercie chaleureusement Nelly Quemener et Virginie Julliard qui ont coordonné ce très beau dossier dans lequel figurent : Sarah Lécossais, Maxime Cervulle et Fred Pailler, Marie-Sherley Valzema, Marion Dalibert, Anaïs Theviot, Marion Coville, Arthur Vuattoux, Amélie Legrand, Barbara Dupont.

 Je remercie Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud de m’autoriser à publier un extrait de cet article sur mon blog, et l’intégralité sur le site  HAL Sciences de l’Homme et de la Société (http://halshs.archives-ouvertes.fr)

Géographie des Homophobies

Géographie des Homophobies

Transidentités et média(tion)s

 

Le Bois de Boulogne : mythification de la prostitution des trans’

 

Comme un enfant sauvage
J’ai traversé tous les âges
Mais s’il te faut choisir une cage
Avec toi je la partage
Sid’aventure, je vous quittais
Sid’aventure, je partais
Sid’aventure, je vous laissais
Cette blessure, à jamais mon amour
Jean-Louis Aubert, Sid’aventure,
Album : Bleu Blanc Vert, EMI, 1989

Cet article pourrait aussi s’intituler : Le Bois de Boulogne, exemple d’une modélisation médiatique, sociale et culturelle : VIH-Transgenres-Étrangères. Nous travaillons sur les représentations issues des imaginaires sociaux et médiatiques : Comment fabrique-t-on des modèles, des typologies, des stéréotypes ?

Fabrice Virgili et Danièle Voldman[1] montrent dans La garçonne et l’assassin (ouvrage, documenté avec  photos, lettres, journaux intimes, documents judiciaires) que le Bois existe depuis le début du siècle comme lieu de socialité et de rencontres pour les « travestis », comme dit dès cette époque. Quant à nous aujourd’hui, nous associons en savoirs et en imaginaires les termes « bois de Boulogne », « prostitution » et « trans[2] ».

En France, le lieu a été l’objet d’une attention médiatique spectaculaire, sans parler des termes particuliers de médiatisation, au cours des années 1990. La presse populaire (reportages de Paris-Match[3] notamment) montre une place de prostitution de travestis brésiliens. La télévision porte cette spectacularisation à un degré qui laisse sans voix le chercheur comme le profane. Du jour au lendemain, dirait-on, le Bois et le Sida retiennent l’attention des pouvoirs publics et des médias alors que les associations de support et de prévention sont sur le terrain depuis des années.

Les archives INA permettent ici une prise de mesure et de distance sans égale, malgré les contraintes temporelle de sauvegarde[4]. Au sein d’un corpus[5] nous avons isolé les matériaux illustrant ce thème, ou ce mythe, temps majeurs de la médiatisation des trans’ à la télévision. Dans l’index titre et l’index mots-clés, « bois de Boulogne » permet d’abord de retrouver de très nombreuses images (cinéma ou presse filmée) du Bois au début du siècle. Le lieu est alors celui de la promenade du dimanche, avec ses allées propices aux flâneries et pique-niques familiaux, ses berges accueillantes aux nombreux pêcheurs – une ligne documentaire qui se poursuit jusqu’à la fin du siècle (joggeurs des années 1980, tempête de 1999). Une seconde approche tient ensuite aux lacunes du corpus. Le terme « travesti » ne renvoie nullement à un document comme Carnet de route : la route de la prostitution (un morceau de télévision quasi fondateur du discours et de l’imaginaire du Bois[6]), malgré une introduction et des commentaires sans équivoque à propos du Bois, ses travestis, son ballet de voitures. Autre signe de la prudence avec laquelle il convient d’aborder les triangulations de recherche par mots-clés. Ce sera aussi le cas pour certaines fiches des journaux télévisés ne comportant aucun descripteur et aucun résumé. Nous reviendrons en détail, à ce propos, sur une émission proposée par Christine Ockrent en  1990. (…)

L’intégralité de l’article se trouve ici : Naissance_mediatique_du_bois_de_Boulogne.


[1] Fabrice Virgili, Danièle Voldamn, La garçonne et l’assassin – Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti dans le Paris des années folles, Payot & Rivages, collection Histoire, Payot, 2011.

[2] En rapport à la culture du terrain transidentitaire, je parle des personnes dans le genre exprimé ou revendiqué à l’opposé de la tradition médicale. J’utiliserais aussi les termes : transgenre, transidentité, ou trans’. J’utiliserais aussi le terme “travesti” qui fait sens dans la culture sud-américaine entre autres, mais aussi par rapport à son utilisation par les médias (journalistes, commentateurs) et les institutionnels (police, médecins).

[3] Parmi d’autres dossiers, notons celui du 24 avril 1973 : Tous les secrets du bois de Boulogne, Paris Match, n° 1250.

[4] Si on ne trouve pas de sujet majeurs traitant du bois avant 1984, cela ne veut pas dire qu‘il n’en existe pas. Entrent en compte les intitulés comme l’avancement de la sauvegarde.

[5] Dans le cadre d’une thèse de doctorat intitulée : La construction médiatique des transidentités : une modélisation sociale et culturelle ; les visionnages ont eu lieu sur une période de trois ans (2009 à 212).

[6] À 22:17:08:49.

L’article suivant est un extrait de la thèse de doctorat : La construction médiatique des transidentités : une modélisation sociale et médiaculturelle, soutenue le  26 novembre  2012. Synthèse et analyse de ce qui doit être appelé une consultation plus qu’une enquête en raison de la faible mobilisation autour de cette enquête malgré des relais nombreux. Il me tenait à coeur de publier ces résultats en dehors du cadre d’une publication papier afin de rendre accessible ces données au plus grand nombre. Je remercie chaleureusement les personnes qui ont accepté d’y participer en donnant de leur temps, les associations et collectifs qui ont relayé : STS, OUTrans, Chrysalide, et les UEEH. J’aurais souhaité publier ces résultats, à considérer comme une photographie d’un moment T, ailleurs que sur mon blog mais je n’ai rencontré que silence face à mes sollicitations sur des blogs qui n’auraient pas eu à rougir d’une telle publication je le crois. Il faudra se pencher sérieusement sur ce désintérêt  pour les Trans Studies en France.

J’encourage la diffusion de cet instantané mais j’encourage aussi le respect de matériaux sous droit d’auteure.

Le cadre : cette synthèse vient près l’analyse de l’enquête de l’INSERM. J’articulais la synthèse sur les résultats à la question 114 du document portant sur l’identité de genre, croisée avec la question de mon questionnaire.

1 – L’enquête de l’INSERM

La première enquête sociodémographique s’intéressant aux transidentités en France a été menée en 2010. Les premiers résultats ont été communiqués dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, 42) du 22 novembre  2011 sous l’intitulé : Caractéristiques sociodémographiques, identification de genre, parcours de transition médicopsychologiques et VIH/sida dans la population trans. Comme nous l’avons déjà précisé, cette enquête menée sous la direction d’Alain Giami avec Emmanuelle Beaubatie et Jonas Le Bail du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations[1].

Le questionnaire, établi pour recueillir ces données qui faisaient défaut, fut diffusé de juillet à octobre 2010 en collaboration avec des associations identitaires, des professionnels de santé hospitaliers et libéraux. Nous mêmes étions partie prenante par l’intermédiaire de Tom Reucher qui assurait un rôle de diffusion important auprès des associations ou de personnes. Le nombre de ces dernières s’établit à 381, comme nous l’avons vu (communication d’Alain Giami dans le cadre de la conférence à la Sorbonne du  17 décembre 2010 et publiée dans L’Information Psychiatrique).

(…)

Un autre point intéressant de l’enquête de l’Inserm est celui qu’Alain Giami résume ainsi : « Ce questionnaire auto-administré n’a comporté qu’une seule question (n° 114) que nous avions laissée volontairement ouverte. Il s’agit d’une question sur l’identité de genre formulée de la façon suivante : « sur le plan de l’identité de genre, comment vous définissez-vous actuellement ? ». L’ouverture de cette question a favorisé les expressions personnelles et subjectives de la formulation de cette identité. Nous avons ainsi obtenu plus de 200 formulations différentes. La quantité de ces réponses constitue déjà un premier indicateur de la complexité de la question de l’identité de genre et de l’absence de consensus parmi les personnes identifiées comme trans dans ce que l’on peut qualifier de « réseau trans » comprenant les deux volets médical et identitaire (associatif). Une analyse de contenu de ces questions a permis d’établir trois grandes catégories construites en fonction des déclarations des personnes, « selon leurs propres termes » »[2]. Nous allons voir que cette question nous concerne.


[1] L’Information Psychiatrique, Vol. 87, n° 4, Paris, 2011. Dossier dans lequel on retrouve aussi les articles de Vincent Guillot, Maud-Yeuse Thomas, Patrice Desmons, Tom Reucher, Colette Chiland, Alain Giami, Eric Macé et Karine Espineira.

[2] Équipe Genre, santé sexuelle et reproductive, U1018, le Kremlin-Bicêtre.


2 – Analyse d’un inattendu : l’identification de genre

La question 114 a donné lieu à ce commentaire : « Les résultats font apparaître que dans les deux cas (hommes et femmes à la naissance), l’appartenance au sexe différent de celui qui a été assigné à la naissance est déclarée et revendiquée dans plus de 50 % des cas. Par ailleurs, et dans des proportions équivalentes, en fonction du sexe attribué à la naissance, les individus se déclarent « homme trans » ou « femme trans » (environ 22 %). C’est-à-dire que tout en adoptant l’identité de l’autre sexe, ils/elles ne rejettent pas l’idée d’une référence à une posture ou un parcours trans »[3]. Sur le terrain associatif et militant ce résultat n’étonnera personne. On sait que l’un des bouleversements  majeurs de l’identification des personnes a été de ne plus rejeter la référence « trans » et la posture du parcours. « Trans et fier » clament les panneaux et banderoles de la Marche ExisTrans depuis plus d’une décennie. Alain Giami a déjà écrit : « Enfin nous avons identifié un troisième groupe qui se revendique comme « trans », c’est-à-dire sans référence à un sexe ou à un autre, et en dehors du dimorphisme de sexe.  On observe ainsi trois profils différents en référence à l’identité de genre selon le sexe attribué à la naissance, qui représentent un certain éventail des parcours de « changement de sexe ». Nous n’avons recueilli quasiment aucune réponse comportant les termes de « transsexuel » ou « transgenre » »[4].

Dans notre propre consultation (voir les exemples de questionnaires remplies en fin d’article), nous avions présenté la question de l’état-civil comme suit : Vous considérez-vous comme ? Réponses possibles : « Une femme Un homme », « Une transidentité », « Vous ne souhaitez pas vous définir ».

L’option « Vous ne souhaitez pas vous définir » était un choix dicté par notre connaissance du terrain. Nous laissions la possibilité de ne pas se définir dans l’une des catégories proposées. Rappelons que nous avons réalisé cette enquête un an avant celle de l’Inserm. Or, dès les premiers retours, il était impossible d’ignorer la créativité des participants et la liberté qu’ils prenaient avec le questionnaire (Exemples 1 et 2 ci-dessous : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif).

Exemples 1 et 2 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Exemples 1 et 2 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Nous avons alors modifié le questionnaire en ajoutant : « Autre, précisez : ». Cette modification permettait aux personnes de se définir avec leurs propres termes. Les notes personnelles n’en furent pas moins présentes (Exemples 3 et 4).

Exemples 3 et 4 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

Exemples 3 et 4 : L’identification de genre, exemples de débordements d’un dispositif

De tels exemples font référence au parcours trans. Plus que pointer l’identification de genre « transidentité », la notation indique l’identité Femme ou Homme « à l’arrivée », et Trans « à l ‘origine ». Nulle part n’est désigné un état-civil de départ. Nous qualifions ce positionnement de « posture du parcours » ou encore de « référence trans », en reprenant la qualification de l’Inserm. Le tableau de l’identification de genre (Tableau 1 : ci-dessous) donne un aperçu du résultat que nous avons obtenu au sein du réseau transidentitaire sur les réseaux sociaux et par le relais associatif.

tableau : L’identification de genre

tableau : L’identification de genre

Nous faisons abstraction de l’état-civil de naissance, notre objectif n’étant pas de réaliser une enquête sociodémographique de la population trans. Précisons que la version papier compte plus d’homme trans, et la version numérique plus de femmes trans. Ces résultats mettent en lumière la pluralité des définitions de Genre, comme le fait que les personnes s’identifient peu à Homme et Femme : trois personnes seulement, auxquelles ajouter cinq personnes qui par ailleurs se définissent en tant que transidentité ou « Autre ». Majoritairement, le terme transidentité a été préféré pour sa neutralité et sa fonction inclusive des différentes expressions des identités trans. On note enfin que la version papier a donné lieu a plus de débordements (graphes, commentaires, etc.) que la version numérique.

Ces modestes résultats coïncident sur cette partie avec ceux obtenus par l’Inserm. L’autre partie du terrain mobilisée par ce dernier complète l’aperçu mais relativise aussi nos résultats sur la question de l’identification de genre, laissant deviner l’intérêt de développer l’étude en comparant les modélisations sociales et culturelles des transidentités engagées dans un protocole et hors protocole.

3 – Résultats et synthèse de la consultation[5]

Rappelons que le document est centré sur la question « Votre opinion sur le traitement de la transidentité à la télévision ». Dans le cadre des UEEH d’abord, l’élaboration vise un entretien physique et comporte trois phases :

  1. Une série de questions portant sur le rapport entre la personne et la télévision (entretien directif).
  2. Une série de questions sur l’estimation personnelle du traitement de la transidentité par la télévision (entretien directif).
  3. Une question ouverte sur tout ce que la personne souhaite ajouter suite à cet entretien, en lui laissant entendre que cet espace d’expression est libre, qu’il donne la possibilité de compléments ou d’ajouts à l’entretien.

Rappelons que le terrain est constitué de personnes s’identifiant comme transidentités. Étant donné la complexité d’un tel terrain (chirurgie, hormonothérapie ou état-civil) nous n’excluons rien. Toute personne se prétendant, se définissant ou s’identifiant comme trans’ entre dans le panel. Dans l’incapacité où nous sommes de savoir qui est opéré ou pas, nous évitons la mise à part (longtemps prévalente) des personnes suivies par des équipes hospitalières, ou dans un devenir dit transsexuel. Le terrain transidentitaire est en effet constitué aussi de personnes non opérées et/ou non hormonées, ou encore opérées à l’étranger, donc en dehors du cadre du protocole français.

La première partie (partie A : « Vous et le média ») avait pour objectif de donner un aperçu sur le positionnement identitaire de la personne et d’apporter des lumières sur les questions suivantes : L’identification de genre ? Quelle est la nature de la première confrontation à la transidentité : par la télévision ou un autre média ? Le positionnement intime ? La stratégie informationnelle adoptée (recevoir ou rechercher de l’information) ?

La deuxième partie (partie B : « Votre regard sur la médiatisation ») engage des avis qualitatifs  sur le traitement du thème en télévision. On vise ici l’articulation du privé et du public, du familial et du socioprofessionnel, et ce que l’interlocuteur peut supputer de la réception médiatique. Cette phase de collecte est ouverte par la formule « dites-moi en quelques mots ».

Le troisième phase (« Votre avis », question B.14) vise autant que possible la libération de la parole sollicitée, tant la deuxième phase, somme toute directive ou seulement semi-ouverte, peut susciter quelques frustrations. La personne est amenée à se prononcer, poser un avis ou jugement sur un thème l’impliquant fortement, porter son regard sur l’image de sa communauté d’appartenance (si tel est le cas) dans le média étudié : Est-ce que « je » me reconnais dans les personnes qui me représentent ? Sont-elles des médiateurs, des médiations acceptables et légitimes ? Quelles sont les médiations positives ? La télévision est-elle un outil pédagogique ? Des diverses formes qu’elle peut proposer (Débats, documentaires, fiction, œuvres cinématographiques), quelles sont les plus adaptées ?

Comme nous l’avons précisé, l’enquête n’a pas eu l’ampleur escomptée et nous apprécions avec prudence les résultats.

  • Question A.2 : La première fois que vous avez visionné une émission, une fiction, ou un film sur le thème de la transsexualité ou mettant en scène un ou une protagoniste transsexuel-le à la télévision était-ce ? Deux réponses possibles : « avant trajet » ou « après trajet » – avec l’implicite que la phase de transition concerne le deuxième choix ; il aurait été probablement plus approprié d’ajouter la valeur intermédiaire « en cours de transition ». Par « trajet » ou « transition » nous entendons décrire une démarche de changement de genre social avec ou sans hormonothérapie, avec ou sans chirurgie, et post/pré hormonothérapie, post/pré chirurgie. Comme on pouvait s’y attendre, la majorité a vu un document sur les trans avant d’entamer une transition (76 % contre 24 %).
  • Question A.3 : Regardez cette émission, cette fiction ou ce film était un acte ? Réponses possibles : Volontaire ou Involontaire. La démarche volontaire a été plutôt majoritaire (60 % contre 40 %).
  • Question A.4 : La première fois que vous avez entendu parler de la transsexualité était-ce à la télévision ? Réponses possibles Oui ou Non. En cas de réponse négative le questionnaire invitait la personne à préciser le média. La télévision a été le média par lequel les personnes disent avoir été informées sur le sujet pour la première fois (56 %), suivent la presse 20 %, l’internet 16%, la radio 4 % et l’échange verbal 4%. Quoique nous n’ayons pas choisi de faire entrer en ligne de compte l’âge, le niveau socioculturel, la situation socioprofessionnelle, l’explication générationnelle concernant le livre et l’internet n’est pas exclue. Pour schématiser, les jeunes apprennent plutôt par le net, les personnes plus âgées ont appris par le livre.
  • Question A.5 : Avez-vous ressenti de la gêne, de la honte, un soulagement ? Cette question avait pour vocation de donner une idée de la réception. Nous avons opté pour trois qualificatifs. La gêne qualifierait un malaise auquel on ne saurait donner une valeur précise, le malaise peut être positif comme négatif. La honte quant à elle parait sans ambiguïté. Le soulagement ne vise pas une révélation mais plutôt la découverte (cela existe, je ne suis pas seul-e, il y a une solution, etc.). Les réponses ont ici débordé le dispositif, comme pour la première question. Si 28 % des personnes disent avoir ressenti de la gêne,  48 % ont éprouvé du soulagement contre 8% qui ont ressenti de la honte (une personne a ajouté « de l’effroi »). Pour le reste, il s’agit d’ajouts divers tels que : « Attirance » (4 %), « Aucun intérêt » ou « rien » 12 %.
  • Question A.6 : Pensez-vous avoir été informé(e) ? On l’a vu, presque la moitié des enquêtés se disent avoir été soulagés par cette première « confrontation », ayant eu lieu principalement à la télévision. Mais seulement  32 % des personnes estiment avoir été informées contre 60 % avis contraires. Les 8 % restant sont le fait de non réponse ou d’ajouts (exemple : « imparfaitement »).
  • Question A.7 : Cela vous a-t-il encouragé à chercher de l’information sur le sujet ? En complément à la question précédente, on note que 60 % des enquêtés disent avoir été encouragés à chercher des information sur le sujet contre 40 %.

Avec les questions de la deuxième partie, nous tentions d’engager les enquêtés dans une appréciation qualitative du média télévisuel : Votre regard sur la médiatisation à la télévision de la transidentité.

  • Question B.1 : Cette médiatisation vous paraît être ? Réponses possibles : positive, négative ou vous ne savez pas. La médiatisation est qualifiée de négative  à 48 % contre 28 % qui l’estiment positive et 24 % qui ne parviennent pas à la qualifier.
  • Question B.2 : Pensez-vous que l’on parle du sujet ? Nous avons proposé quatre options afin de compléter l’avis qualitatif par une donnée quantitative : Trop, Souvent, Le nécessaire, Pas assez. Il n’y a pas vraiment à épiloguer sur le 0 % du choix « Trop ». En revanche, avec 72 % en faveur du « Pas assez », on peut formuler l’hypothèse du souhait d’une plus grande mais aussi meilleure médiatisation. 20 % estiment le thème médiatisé convenablement ; 4 % l’estiment souvent traité.
  • Question B.3 : Estimez-vous que la télévision est un outil pédagogique sur le thème ? Au-delà du choix Oui Non, nous engagions un avis sur l’avenir avec la sous question : Si non, pensez-vous que cela puisse être le cas dans l’avenir ? Une grande majorité des avis estiment que la télévision n’est pas un outil pédagogique sur le thème de la transidentité (88 % de Non, contre 12 % de Oui). Cependant, la majorité des Non (90,91 %) est optimiste estimant qu’elle pourrait l’être dans l’avenir contre 9,01 %.
  • Question B.4 : La télévision est-elle à votre avis un média d’information de masse susceptible de toucher le grand public ? « Toucher le grand public » est au centre des préoccupations de la majorité des associations et collectifs comme on l’a montré l’étude des structures associatives du terrain transidentitaire. Le chiffre ne souffre aucune contestation, 96 % des enquêtés conférant ce rôle au média audiovisuel. On devine la considération d’un média puissant, au grand potentiel, touchant le grand public (monsieur et madame tout-le-monde), peut-être pédagogique sur le thème concerné, mais très peu ou pas du tout aujourd’hui.
  • Question : B.5 : Les parole des personnes trans’ lors d’émissions de débats et/ou de documentaires vous paraît-elle globalement pertinente pour toucher le grand public ? Cette question implique la représentation des trans à la télévision. Leur responsabilité dans la narration audiovisuelle vient avec la question qui suit. Seuls 16 % des enquêtés estiment la parole des trans en télévision adaptée ou pertinente pour toucher (éduquer et informer) le grand public contre 28 % d’avis négatifs.  Cependant plus de la moitié des questionnaires (56 %) émettent un avis mitigé (« Parfois »).
  • Question B.6 : Avez-vous un exemple de retombées positives auprès de votre entourage familial et socioprofessionnel ? Nous abordons une série de questions ouvertes dont il ne sera pas possible de donner l’intégralité des réponses mais seulement la synthèse. La sous-question suivante : Si oui, lequel(ls) et pourquoi ?, constitue une invite à exemples voire à argumentations. Il s’agit d’avoir un aperçu des conséquences positives et négatives (avec la question B.7) des représentations télévisuelles sur l’entourage familial et socioprofessionnel des personnes tout en recueillant des exemples précis. 60 % des réponses sont négatives et par conséquent ne donnent pas lieu à commentaire. Les 40 % des personnes proposant un exemple de conséquences positives d’un document audiovisuel sur le thème donnent des illustrations diverses. Par exemple : l’entourage est amené à se poser des questions citant l’impact du film Ma vie en rose ; les rétablissements d’une communication rompue entre des mères et leur enfant trans sont aussi évoqués : l’une a envoyé le film Transamerica à sa mère, l’autre fait référence à un reportage sur Dana International ; un personnage FtM en transition (apparaissant dans l’un des épisodes de la série télévisée Sous le soleil) a joué un rôle positif, selon la personne citant cet exemple. Si dans notre étude de  2008 nous donnions l’exemple de l’échec d’un coming out suite à une diffusion, ici nous avons l’exemple d’un coming out réussi d’un jeune FtM grâce à la télé-réalité (une saison de Secret Story dans laquelle Erwan, un FtM, était candidat) quoique le point de vue essentialiste ou pathologisant ne soit pas partagé ; d’autres illustrations parlent de révélation ou d’intérêt familial sur la question, ou de discussions avec les collègues de travail ; des documentaires (La vie comme un roman, Nous n’irons plus au bois et L’Ordre des mots) sont cités comme approches originales s’éloignant à des degrés divers des clichés repris par l’entourage. Un dernier commentaire interpelle, qui dépasse la victimisation pour une simple justice à rendre : contre le soupçon de perversité par exemple, sont mises en causes stigmatisations, discriminations, incompréhensions.
  • Question B.7 : Avez-un exemple de retombées négatives auprès de votre entourage familial et socioprofessionnel ? Cette question liée à la précédente sera traitée de la même façon.  Si 40 % des personnes ne donnent aucun exemple de retombées négatives, c’est au contraire le cas de 60 %. Quoique les pourcentages soient équivalents, ces 60 % ne sont pas exactement constitués des mêmes personnes que ceux de la question précédente. Nous recensons ces exemples pour illustrer les retombées dites négatives : l’émission Le droit de savoir est considérée comme assimilant trans et prostitution ; une personne cite un commentaire de ses collègues de travail au lendemain d’une diffusion (« d’hommes qui se font couper les couilles ») tandis qu’une autre dit « mon père après avoir vu Simone m’a appelé Simone avec dédain » ; suite au grand débat des Dossiers de l’écran tout l’entourage aurait déclaré n’avoir vu que des gens anormaux ; l’exemple de Thomas Beatie est donné à plusieurs reprises par un professeur qui a constaté l’incompréhension chez ses élèves ou encore le traitement (estimé maladroit) du thème par le Journal de la santé, s’indignant des rires et autres dénégations des collègues de travail ; Erwan de Secret Story est accusé de vision pathologisante ; les émission de Delarue sont très fréquemment citées ; le thème de l’assimilation trans/prostitution , trans/asociaux, est récurrente ; le média « filtre » et offre des cas non représentatifs, des informations erronées mais pas sans conséquence (déstabilisation) ; enfin, on relève le terme « travelo » pour désigner les trans vus à la télévision.
  • Question B.9 : La parole des personnes trans’ lors d’émissions de débats et/ou de documentaires vous paraît-elle être centrée sur le trajet personnel de la personne témoignant plutôt que sur la situation des personnes trans’ en général ? De notre côté nous faisions l’hypothèse d’une transidentité rejouée d’émission en émission, comme une éternelle première fois. Depuis les annexes des associations des années 1990 jusqu’aux courriels et posts des forums des années 2000, en passant par les commentaires des blogs ou Facebook en cette décennie 2010-2020, on regrette sans cesse  que les émissions ne s’intéressent qu’à des parcours individuels et non à la situation globale, la condition des trans en France. Voilà qui correspond parfaitement à 96 % des questionnés estimant que la télévision fait la part belle au témoignage individuel. Ce panel serait-il trop militant, en miroir de nous-même ? Rappelons cependant que les réseaux mobilisés engageaient des courants parfois très éloignés du terrain transidentitaire. Les sensibilités sont très différentes au sein de ce panel, tandis que la convergence des résultats est évidemment frappante. Les identités trans regrettent un manque d’expertise, qu’il soit de leur fait ou non. Le témoignage centré sur la narration de soi ne peut certes faire loi, à la mesure du risque de généralisation, des effets techniques et symboliques de l’interview. Portraits et autoportraits ne sauraient valoir pour l’ensemble.
  • Question B.9 : Pourriez-vous citer de mémoire des émissions et/ou des documentaires ayant donné une image juste et positive, et concourant à une meilleure compréhension de la transidentité ? En cas de réponse positive, nous invitions l’enquêté à donner des exemples. Nous obtenons 4 % sans réponse, 16 % ne peuvent citer de mémoire une émission ayant donné une image estimée juste des trans à la télévision, contre 76 % qui le peuvent. Parmi les commentaires et exemples cités on note l’absence de L’Ordre des mots pourtant cité en off. Ceci est dû principalement au fait que ce documentaire n’a jamais été diffusé sur une chaîne de télévision française. Est citée l’émission d’Olivier Delacroix (Nouveaux Regards, France 4, 11 octobre 2009) au moment où le questionnaire était annoncé et diffusé sur les réseaux sociaux. Sont également cités les documentaires Nous n’irons plus au bois, I don’t wanna be a boy et Nés dans le corps d’un autre, Southern Comfort, Sexe ?, les émissions et  reportages : Dana International, Bas les masques (Mireille Dumas), Le journal de la santé (avec Julie Schultz), C’est la vie en plus (RTBF), XXY Enquête sur le troisième sexe (un Thema sur Arte), Ce qui fait débat (Michel Field), l’histoire de Marie-Ange Grenier, Le débat sur Pink Tv, reportage sur STS sur France 3 région, l’intervention de Diane à Toute une histoire (Jean-Luc Delarue). Quelques références des années 1980 sont évoquées, mais la plupart des émissions, reportages et documentaires cités datent des années  2000 ; la diversité des supports et dispositifs a marqué les esprits. Il y a presque autant de réponses que d’enquêtés. Un panel plus vaste aurait été d’autant plus pertinent.
  • Question B.10 : Pourriez-vous citer de mémoire des émissions et/ou des documentaires ayant donné une image fausse et négative, et concourant à une mauvaise compréhension de la transidentité ? Comme précédemment 4% de sans réponse, mais 26 % des enquêtés font référence aux émissions ayant donné une image fausse des trans contre 72 % qui le peuvent. Dans les exemples cités, une tendance se dessine cette fois, en l’occurrence 50 % des enquêtés font références aux émissions de Jean-Luc Delarue et à Ça se discute particulièrement. Les autres références se distinguent par leur pluralité : Pub Opel, Les dossiers de l’écran (1987), C’est quoi l’amour (TF1), Endemol, Le droit de savoir. Certaines références sont jugées positives ou non selon les enquêtés : les documentaires (I don’t wanna be a boy et L’étrange destin du colonel Jin Xing), les émissions de parole et de débat (Ce qui fait débat, Bas les masques, Le débat sur Pink Tv, J’y vais, j’y vais pas), le reportage (élection de Miss Trans). Parfois ce sont des personnalités qui sont citées comme Jean-Pierre Foucault (pour En quête de vérité, on présume), Jean-Luc Delarue on l’a vu, ou encore Vincent McDoom (pour Myriam et les garçons – ou sa façon d’être ?). Telles sont les références que l’on trouve ici, avec les prime time (première partie de soirée), les talk-shows de la tranche horaire 14h-15h ou de fin de soirée (23h-00h).
  • Question B.11 : Les personnages trans’ des fictions, des téléfilms et des œuvres cinématographiques vous paraissent-ils refléter la réalité ? Il s’agit non seulement de recueillir une estimation à travers un avis tranché (oui ou non) mais aussi de le justifier (le pourquoi). Avec cette question nous espérons approcher les mythes ou les modélisations sociales et culturelles des trans vus depuis leur terrain, au travers de la fiction et de la création. Par rapport aux tendances précédentes, rien de surprenant à ce que seulement 28 % des enquêtés voient un reflet de la réalité là où 72 % sont d’avis contraire. On retient les explications suivantes :
    1. Les personnages trans ne sont pas joués par des trans : les FtMs sont joués par des femmes ; les MtFs sont jouées par des hommes ; le comédien est dans son rôle, il invite le spectateur à pénétrer dans le monde du fantasme (rêve) ;
    2. Les narrations sont centrées sur : la souffrance, la victimisation, l’erreur de la nature et l’opération miraculeuse ;
    3. On ne voit que des trans en début de parcours : souvent ils ne passent pas encore très bien visuellement dans le sexe ou le genre de destination ; des MtFs exubérantes correspondant davantage  à des Drag Queens ou à des personnes travesties ;
    4. Qualités et limites du personnage : Toujours assez cliché avec un personnage secondaire ; lorsque l’histoire est centrée sur un personnage trans, la réalité montrée (sociale, familiale, personnelle) est assez juste mais souvent sur un seul aspect ; toujours une MtF, prostituée qui meurt à la fin ; personnages trop caricaturaux ; souvent outrancier, peu crédible, le fantasme ;Entre réalité et fiction : Ces œuvres additionnent éléments de réalité et de fiction ; la transidentité est montrée trop souvent avec les clichés habituels ; lorsque l’enfance est évoquée, le parcours semble « idéal » dans le sens où l’enfant se vit dans l’autre genre depuis toujours. Parfois les besoins du scénario donnent lieu à des situations invraisemblables ; le cinéma et autres œuvres de fiction reflètent très rarement la réalité, quel que soit le sujet ; trop d’artifices comme dans le cinéma  d’Almodovar ;
    5. Méconnaissance de la réalité trans : Mélange identité et sexualité ; la distinction entre transsexes et transgenre rarement faite ; on ne montre pas assez la pluralité des transidentités à l’exception des documentaires comme dans L’Ordre des mots, Boy i’am, Gendernauts ;
    6. Quelques réussites (Transamerica, Priscilla, folle du désert – le personnage de Bernadette, Ma vie en Rose) reflètent bien une certaine réalité ; ainsi que des personnages dans les œuvres et fictions LGBT.
  • Question B.12 : Pourriez-vous me citer quelques exemples ? Question engageante et quelque peu redondante avec la précédente afin d’obtenir de nouveaux exemples ou illustrations. 32 % des enquêtés disent ne pas pouvoir donner d’exemples, mais quelques uns d’entre eux émettront tout de même un avis. 68% affirment pouvoir donner des exemples.

Nous retenons les avis suivants :

    1. Une même figure, une image récurrente  : il y a toujours au moins un épisode dans une série télévisée qui traitera le sujet mais d’une façon satirique ou maladroite tout au moins ;  il y a cependant la série télévisée Nip & Tuck qui traite le sujet en arborant un panel de diverses trans très différentes les unes des autres mais l’image véhiculée reste péjorative à chaque fois quasiment, allant de la dangereuse psychotique érotomane jusqu’à l’image de la trans  excentrique ou encore de celle au physique très masculin ; les téléfilms policiers introduisent un personnage trans assassiné ou assassin qui véhicule les stéréotypes les plus négatifs ; « Tout sur ma mère » le film semblait favoriser la confusion entre trans et prostituée, et entre trans et séropositif/ve ; le personnage de la trans prostituée paraissait caricatural ;
    2. Des portraits de plus en plus justes : comme dans la série Cold case ou des films comme « Different for girls », « Ma vie en rose », « Priscilla folle du désert », « XXY, Better than Chocolate », « Tout sur ma mère » : exemple de l’enfance trans « idéale » ;
    3. Des titres et des noms reviennent comme illustrations de sentiments contrastés : Boys don’t cry ; Ma vie en rose, Transamerica, Mauvais genre, Ceux qui m’aiment prendront le train, Tirésias, le cinéma d’Almodovar et de Fassbinder.
  • Question B.13 : Connaissez-vous des cas de personnes trans’ ayant joué le rôle de personnages trans’ ? Cette question avait pour ambition de clôturer la deuxième partie du questionnaire par ce qu’on pourrait appeler « culture trans ». 56% seulement ont répondu positivement citant très largement Pascale Ourbih (actrice de Thelma) et Stéphanie Michelini (actrice de Wild Side).  44 % des enquêtés ont donc répondu négativement. Cela nous a quelque peu surpris car la première des actrices nommées est une figure connue sur le terrain, et la seconde a été l’objet d’une médiatisation notable lors de la sortie du film.
  • Question B.14. Souhaitez-vous donner un avis sur un point que nous n’aurions pas abordé ou compléter une réponse ? Deux possibilités Oui et Non, et nous offrions une page entière pour l’expression d’un avis complémentaire si celui-ci était souhaité. 64 % l’ont fait. Dans ce cas, nous considérons les réponses à part (une troisième partie). En voici le reportage :
    1. La médiatisation, même négative, est préférable au silence – avis pour : Même les mauvaises émissions permettent la reconnaissance de soi ou offrent du moins une certaine identification ; certaines émissions sont appliquées ; même négative la médiatisation a permis des avancées sur les parcours personnels ;
    2. Limites de la médiatisation : Malgré quelques connaissances affichées et la diffusion d’informations qu’elles permettent, les émissions populaires (exemple : Delarue) sont dénoncés pour cause de mauvaise image ; les émissions effleurent la problématique réelle ; la positivité vécue du trajet est absente des émissions et des reportages ; des phénomènes de foire ; c’est internet qui a un rôle majeur sur le parcours trans ; les images données par la télévision au jeune public sont catastrophiques ; personne ne cherche d’informations complémentaires ; les jeunes se contentent de ce qui leur donné et ces idées viennent s’ajouter à celles déjà installées par leur milieu socioculturel ; les discours trans véhiculés par les médias peuvent poser problème à ceux qui ne s’y retrouvent pas ; la télévision n’apporte aucune aide, plutôt une gêne ou une confirmation : fuir  le monde trans pour se fuir ; la télévision cherche souvent à faire du sensationnel plutôt que de l’information et donc continue à véhiculer les stéréotypes négatifs ; le problème est que films ou reportages sont réalisés par des personnes-bio donc avec dès le départ un regard faussé même s’il est sans jugement : ils s’intéressent toujours à l’aspect médical, chirurgical et sont incapables d’aller plus loin, car ils ne peuvent pas savoir qu’il y a autre chose ; tant que la parole ne sera pas donnée (ou prise) par une personne trans, les médias en général ne sauront pas diffuser un message informatif et positif sur la transidentité ; dans l’ensemble la transidentité vue à la télévision est sous le feu du sensationnalisme dans la majorité des cas ; on n’y dit pas la galère pour trouver des médecins tellement les équipes « auto proclamées officielles » ont la mainmise sur le parcours médical, on n’y dit pas l’enfer et surtout le « jeu de poker » concernant le changement d’état-civil ; on n’y parle jamais de la perte quasi assurée de l’emploi et de toutes les « joyeusetés » du parcours ;
    3. Les conséquences sociales (positives et négatives) de la médiatisation : les représentations négatives sont difficiles à combattre ; l’hétéropatriarcat est presque toujours passé sous silence ; le système social n’est pas remis en cause ; celui-ci repose sur la nature ; les discours souvent basés sur le sexisme font que certaines personnes féministes peuvent avoir du mal à comprendre que l’on peut être trans et constructiviste, trans et féministe ; depuis un an, en discutant avec des ami(e)s non trans : pour certains la télévision leur avait apporté des repères sur la transidentité, souvent faussés ; c’est le regard de la personne concernée qui peut être le plus faussé ;
    4. Trans et fictions : Les personnages trans dans les fictions sont positifs car ils inscrivent la typologie trans dans l’esprit du public et permettent une meilleure image de soi aux trans ;
    5. Tendances constatées ou souhaitées (du média à l’espace social) : à l’amélioration ; temps de montrer la diversité des identités trans ; tenir compte du rôle social des personnes trans ; il faut oublier le strass et les paillettes ; la communication télévisuelle est importante, mais elle n’est pas la méthode à mettre en priorité ; une forme d’éducation dans les écoles à la tolérance et à l’acceptation de son identité de genre et de sexe ou même de son orientation sexuelle (afin de savoir distinguer les deux) ainsi que celle des autres, alors le plus gros du problème serait réglé ; il devrait y avoir une matière spéciale dans laquelle pourrait être intégrée l’éducation sexuelle des adolescents, au lieu d’une intervenante de la santé publique qui n’apparaît dans chaque classe qu’une seule fois et qui est tellement gênée par le sujet qu’elle en oublie les informations pratiques pour rassurer les élèves ; l’ignorance de la diversité de l’identité de genre provient d’une volonté politique ; Il y a une visibilité plus large et plus réelle de la transidentité à développer ;
    6. Individuation et invisibilisation : L’anonyme devient la représentation du groupe entier ; la tête d’affiche efface la diversité et le collectif ; le discours dominant est « ma route est la bonne et la seule vraie » ; soupçons de manipulation des discours par les animateurs ; méfiance réciproque ; oubli qu’il existe un tissu associatif et que l’on reformule les identités ; des parcours individuels, sortis de leur contexte, nous sont présentés ; le problème vient de l’individu, d’où le concept de « femme dans un corps d’homme » ou « homme dans un corps de femme » ; quand un reportage présente des personnes trans dans leur vie courante, ils n’arrivent pas à expliquer la transidentité en général et s’appuient sur des témoignages trop personnels ;
    7. Typologie trans : l’individu trans vient conforter et consolider la norme en exposant son sentiment d’être « né dans le mauvais corps » ; le problème se réduit donc à une question de corps et non de Genre ; ses goûts innés l’ont toujours porté vers les jeux, activités et comportements typiques au « sexe opposé » ; insiste sur le dégoût qu’il éprouve envers son corps et en particulier envers son sexe ; aspire à une vie de couple sur le mode hétérosexuel ; celui/celle qui change de genre social sans souhaiter de modification génitale, qui n’a pas présenté d’identification précoce au genre revendiqué, ou qui ne tient pas un discours essentialiste, est suspecté d’être un imposteur, un(e) faux(sse) trans ; mise en avant des parties « sensationnelles » des transitions ; on y dit qu’il faut prendre des hormones mais rien de plus, on y dit qu’il « faut » se faire opérer ;
    8. Réactions au questionnaire : (Question A – 5) Je pense qu’il  faut prendre en compte le fait que l’on ne s’identifie pas forcément trans au moment du premier visionnage; donc je n’ai pas pu choisir une réponse parmi celles proposées car la question est biaisée. J’étais enfant quand il y a dû avoir un fait divers à la télévision relatif « aux transsexuels », et à l’époque le sujet ne m’a pas spécialement parlé, donc je n’ai rien ressenti de particulier (j’ai dû poser juste une question à mes parents pour mieux comprendre ce dont il s’agissait, et ils ont été assez neutres, c’est-à-dire dans la description/explication et non dans le jugement. À la suite de cet événement je n’y ai plus pensé et je n’ai pas ré-abordé ce genre de sujet jusqu’à la fin de mon adolescence.). Comparativement, la découverte du mot « hermaphrodite » de la même manière avait provoqué plus de réactions chez moi à l’époque ;

Pour conclure avec ce questionnaire, voici quelques données statistiques ayant trait à l’âge, la profession, l’âge et la situation familiale des enquêtés :

Situation professionnelle : personnel enseignant : 16 % ; étudiant(e)s : 20 % ; personnes sans emploi : 12 % ; fonctionnaires (8 %), artistes : 8% (photographe, chanteuse) ; personnel administratif : 8 % (agent, secrétaire) ; employés : 4 % mécanique 4 % ; activité non précisée : 4 % ; activité non renseignée : 8 %. Le secteur tertiaire est largement représenté et le taux de chômage est bien moins important que les a priori communs sur la situation professionnelle des trans.

Tranches d’âge : entre 15 et 25  ans : 28 % ; 25-35 : 8 % ; 25 et 45 ans : 28 % ; 45 et 55 ans : 20 % ; 55 et 65  ans : 12 % ; âge non renseigné : 4%. Toutes les tranches d’âge sont à peu près représentées sans constater d’écart statistique spectaculaire. Pourtant, la classe des 15-25 ans (28 %) est notable. Au sein de cette classe d’âge, on retrouve une écrasante majorité de FtM, et toutes les personnes sont étudiantes (du lycée au doctorat en passant par les masters). Ce résultat illustre l’une des évolutions du terrain constatées par les acteurs associatifs.

Situation familiale : célibataires : 32 % ; en couple : 44 % ; famille monoparentale : 4 % ; divorcé : 4 % ; situation non renseignée : 16 %. La proportion des personnes en couple pourrait surprendre si l’on s’en tenait à ce qui est probablement devenu un mythe : la personne trans isolée, célibataire et sans emploi. Certaines des personnes enquêtés sont depuis en couple et parfois engagées dans des projets parentaux. On note sur ce dernier point l’absence d’enfants dans les couples ayant répondu. Par ailleurs, la plupart des enquêtés dérogent à la règle des « facteurs prédictifs négatifs » définit par les protocoles français. Laurence Hérault, les décrit ainsi : « ceux qui sont susceptibles d’entraîner des regrets, des troubles dépressifs ou encore des comportements suicidaires chez le patient réassigné »[6]. Précisons qu’entrent ainsi en compte comme critères sélectifs : l’âge, le fait d’avoir été marié, ou encore l’orientation sexuelle (« l’hétérosexualité pré-opératoire »). Par exemple, une personne âgée de plus de 45 ans, mariée avec enfants, ayant eu une vie sexuelle qualifiée d’hétérosexuelle cumulerait ainsi plus de critères qu’il n’en faut pour justifier un refus de prise en charge par le protocole.  L’ironie veut que près des 70% des enquêtés en couple ou célibataires, insérés ou en parcours d’insertion cumulent plusieurs des critères dits négatifs.

Quel que soit l’âge, l’identification de genre ou le niveau socioculturel, les tendances que dessine cette enquête de  2009 sont les suivantes :

    1. La transidentité est découverte dans les médias, le plus souvent à la télévision, avant la transition ; ce n’était pas un acte volontaire ;
    2. La médiatisation à la télévision est jugée insuffisante ; on estime qu’elle manque de pédagogie pour l’instant ; une grande majorité perçoit cependant la télévision comme un média de masse susceptible d’informer le public avec pédagogie dans l’avenir ;
    3. La parole des trans dans le média audiovisuel donne lieu à l’expression d’avis mitigés ; la représentation serait par ailleurs centrée sur le témoignage personnel au détriment du collectif ;
    4. Les enquêtés expriment et illustrent dans des proportions presque égales des exemples de conséquences négatives et positives de l’exposition télévisuelle auprès de leurs entourages amicaux, familiaux et socioprofessionnels ;
    5. Les représentations rendues par le média sont perçues comme non conformes à la réalité, la télévision donnerait une idée fausse de la réalité transidentitaire, les fictions (téléfilms et œuvres cinématographiques) n’échapperaient pas à la règle ;

La majorité des enquêtés ont tenu à ajouter des avis complémentaires confirmant et illustrant les tendances se dessinant à travers le questionnaire. La télé-réalité y est dénoncée. Le cinéma, bien que donnant lieu à des avis mitigés dans le questionnaire, se voit plébiscité avec des œuvres telles que Transamerica ou Ma vie en rose. En off, les commentaires oraux ou courriels montrent la très grande variété des sources d’information mais aussi des représentations. Une tendance à confirmer indique un recul de l’outil télévisuel au profit d’internet, des blogs et des réseaux sociaux. Les modèles offerts par les mangas ou encore les mouvements artistiques et contestataires (altermondialistes, « indignés », écologistes, libertaires) semblent revendiqués. Nous voyons là, quant à nous, un processus engageant les trans dans la production des hommes et des femmes en identités alternatives, jusqu’à une déconstruction même (pour un certain nombre d’entre eux) des modélisations sociales et culturelles que nous avons étudiées.


[3] L’Information Psychiatrique, op. cit.

[4] Ibidem.

[5] Étant donné le nombre d’enquêtés et de questionnaires considérés, nous parlerons plus d’une consultation que véritablement d’une enquête bien que le mot soit souvent utilisé.

[6] Laurence Hérault, « Usages de la sexualité dans la clinique du transsexualisme », L’Autre, Cliniques, Cultures et Sociétés, Vol. 11, n° 3, 2010, p. 283. Voir aussi à ce sujet dans le dossier « Le corps consommé », l’article de Mireille Bonierbale, Aude Michel et Christophe Lançon : « Devenir des transsexuels opérés », L’Information Psychiatrique, Vol. 81, 2005, p. 517-528.

Annexes

Exemple de pages de questionnaires :

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Page 4

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Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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