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Réflexions situées sur le documentaire « Trans c’est mon genre » (2016)  d’Eric Guéret

Suite à des messages privés et des commentaires sur Twitter, je m’autorise ces quelques lignes d’explications et de remises au point.
 
Le Non :
– Je ne suis pas la réalisatrice.
– Je ne suis pas la responsable du casting.
– Je ne suis pas payée par France 2 pour vendre le documentaire.
– Je n’adhère pas à l’ensemble des discours tenus par les protagonistes.
 
Le Oui :
– Dans mes échanges avec le réalisateur, j’ai parlé des conditions de vies des personnes trans : Prostituées, Sex-workers, Séropositives, Précaires, Migrantes, Sans papiers, Jeunes et moins jeunes, Scolarisées et déscolarisées, Psychiatrisées, Féministes et non-féministes, Politisées et non-politisées, Genre fluide, etc.
– J’ai parlé de l’ensemble associatif français et des inégalités de médiatisations (Ft*/Mt*) ainsi que des agressions liées au « cumul de stigmate » : couleur de peau, classe sociale, passing, expression fluide, etc.
– J’aurais aimé voir plus de personnes politisées prendre la parole.
– Des personnes très politisées que j’aurais souhaité entendre m’ont confié avoir décliné et je respecte leur décision.
– J’aurais aussi souhaité la présence de jeunes femmes trans.
– Je pense toujours et très sincèrement, que malgré ses défauts, ce film peut être un vrai outil de sensibilisation susceptible d’en inspirer d’autres, y compris réalisés par des personnes trans, en espérant vivre assez longtemps pour le voir.
pendu
Le Télérama de la semaine du 29 octobre au 4 novembre 2016. L’article de Marie Cailletet intitulé « Ce n’est pas leur genre » (n° 3485, p. 83-85) est consacré au documentaire d’Eric Guéret, intitulé « Trans c’est mon genre ». J’ai été interviewée avec attention par Marie Cailletet au même titre qu’Eric Guéret. L’article me semble limpide et aborde les points de satisfaction comme de frictions. De par mon travail de chercheure comme de mon identité trans et donc parfois consultée aux deux titres, cette interview confirme un changement d’approche des journalistes et une bonne note est toujours quelque chose de réjouissant.
J’ai rarement pu échanger autant avec un réalisateur qu’avec Eric Guéret, mis à part l’amitié née avec Cynthia Arra et Mélissa Arra durant le tournage de « L’Ordre des mots » (2007) au cours de nos longs et amicaux échanges. Le réalisateur m’a fait confiance et j’ai pu suivre le projet se construire, tout en notant l’évolution du réalisateur face à ses découvertes, ses questionnements et remises en causes. La formule « ne pas faire de mal, être utile », résume mon ressenti au cours de nos échanges. Avec Maud-Yeuse Thomas, nous avons travaillé à l’aiguiller vers le plus de groupes trans possibles, sans faire entrer en ligne de compte nos inimités ou nos dissensions politiques. Par rapport au tissu associatif et militant, il y avait une prise de risque mutuelle. De notre côté, allions-nous à nouveau, vivre une « trahison médiatique » ou autrement dit : quand des professionnels des médias plient « les réalité trans »  à leur point de vue ? Si le CV du réalisateur plaidait en faveur d’une personnalité engagée, un point auquel nous sommes sensibles, nous avons pu aussi lui parler avec une grande franchise. Ce que je donne à voir des coulisses me paraît important d’être souligné d’autant plus que je m’interroge sur la réception et ses effets symboliques.
Nos groupes trans sont très « à cran », et souvent avec raisons, sur le traitement médiatique dont les personnes T sont l’objet. Je suis familiarisée avec le sujet pour avoir étudié cette médiatisation depuis l’après-guerre et pour être tout simplement une personne trans « out », volontairement, comme telle dans mon métier et ma vie publique. Des publications existent sur le sujet mais ne semblent pas très connues car l’écriture académique n’en facilite probablement pas l’accès facile :
L’approche dénonciatrice qui caractérise un groupe quand il est soumis à des maltraitances sociales, théoriques et médiatiques est compréhensible et doit être prise en compte. Cependant, cette approche qui touche à la revendication fait parfois oublier que des choses changent, peu à peu – toujours trop lentement à l’échelle de nos vies, nous sommes bien d’accord. Mais elles changent. Notons l’évolution du lexique, du vocabulaire et des images. Notons le travail de consultation réalisé auprès des associations. Certaines ont joué le jeu avec précaution tandis que d’autres ont refusé net, et c’est leur droit. Les « trahisons médiatiques » sont connues. Mais tous ces groupes trans auront été abordés avec respect, les personnes traitées comme des sujets et non comme des objets. Nous pouvons donc critiquer, et c’est notre droit, mais nous devons aussi nous donner les moyens de voir les bonnes volontés, de nous autoriser à ressentir à nouveau ce qu’est la sincère bienveillance.
Comme l’article de Marie Cailletet le souligne, j’ai exprimé l’idée que certains points ou certains mots émanant de tel ou tel témoignage, soulèveront la critique de tel ou tel groupe, de telle ou telle politique. A n’en rester-là, on en oublierait alors que c’est le premier documentaire sur la transphobie et qu’il a été motivé par de bonnes raisons et réalisé avec humilité. On entendra peut être : « oui mais c’est encore la parole d’un non-trans ». En effet, ce n’est pas « un produit made in transland » mais la parole qui y est donnée, est elle, bien trans dans toute sa diversité. « On aime » ou « on aime pas » les témoignant.e.s et leurs profils, on n’engagera aucune polémique sur ce point. Écoutons plutôt le fond et jugeons l’ensemble. Ne passons pas à côté de l’histoire de transphobies ordinaires à travers des récits sans équivoque car ce documentaire est bien un tout. Il est précieux car il pointe, avec la diversité de ces paroles situées, les maltraitances institutionnelles et culturelles.
Le format d’Eric Guéret est très différent de celui des documentaires cultes français que sont à mes yeux « L’Ordre des mots » (Cynthia Arra & Mélissa Arra, 2007) et « Fille ou garçon : mon sexe n’est pas mon genre » (Valérie Mitteaux, 2011). Mais il a en commun, non seulement une approche bienveillante mais aussi une posture humaniste au sens de : « Je ne veux pas que l’autre reste un.e étranger.ère. J’accepte les effets identitaires qu’il/elle produit sur moi et je remet en cause mes certitudes. Ce faisant je m’enrichis ». Ce n’est pas comme si nous ne partagions pas la même planète, c’est surtout que les plus conservateurs ne la veulent que pour eux.
Du temps de l’association Sans Contrefaçon (2005) nous avions eu un conflit interne quant à l’utilisation du mot transphobie, jugé « trop agressif » et pas assez « pédagogique » (!?) envers « le grand public ». Maud-Yeuse Thomas, Tom Reucher et d’autres, avons défendu ce terme et l’association s’est scindée. Nous ne regrettons rien, car nous voyons bien que nommer c’est faire exister, c’est faire reconnaitre les violences et faire sortir de l’invisible, de l’ombre, les réalités de nos vécus.
Nous sommes un mouvement social qui revendique son existence.
Nous sommes un mouvement féministe qui revendique des droits.
Nous sommes un mouvement transféministe qui dénonce le sexisme, la racisme et bien d’autres « ismes » excluants.
Nous sommes…
Et, nous avons le droit de nommer les processus institutionnalisés qui tendent à nous exclurent de l’humanité.
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MÉDIACULTURES: LA TRANSIDENTITÉ EN TÉLÉVISION

Une recherche menée sur un corpus à l’INA (1946-2010)


Préface de Maud-Yeuse Thomas

Logiques sociales – Sociologie du genre

Page de couverture

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45743&razSqlClone=1

Quatrième de couverture :

L’étude de la construction médiatique des personnes trans sur un corpus formé à l’Institut National de l’Audiovisuel montre que la figure trans a donné lieu à des modélisations qui ne sont pas neutres sur les critères du genre. Le corpus constitué sur les bases archives de l’INA couvre la période 1946-2010 et la constitution d’un corpus annexe et documentaire a permis des références à des matériaux étrangers et récents comme les documentaires et les séries états-uniennes. L’ouvrage va donner les tendances de la médiatisation des personnes trans sur quarante années en télévision tout en partageant la démarche méthodologique de la construction et du travail sur un corpus vaste et inédit. L’analyse des relations et rapports entre personnes trans et médias est sociohistorique : sont définis et étudiés, les temps de la médiatisation des premières transitions comme les temps des médiatisations récentes, afin de mettre à jour les processus ayant participé à la construction de figures archétypales spectaculaires ou consensuelles, rassurantes ou inquiétantes, transgressives ou paniquantes, et ce, toujours sur les critères du genre. L’ouvrage aborde ainsi l’articulation des imaginaires sociaux et médiatiques qui dépassent de loin la question trans en concernant tout un chacun.

Ce travail de recherche a été récompensé par le 2e Prix jeune chercheur francophone en SIC – 2014, décerné par la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC).

Revue Hermès, n° 69 – Sexualités.

Sous la direction de Dominique Wolton. Ce numéro est coordonné par Étienne Armand Amato, Fred Pailler et Valérie Schafer, et supervisé par Benoît Le Blanc. Éditions CNRS, 28 août 2014.
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Résumé du numéro

« Deuxième révolution sexuelle », « troisième vague féministe »… La question sexuelle n’est pas close et n’a pas fini d’occuper l’espace public, de s’inviter dans la sphère politique et sociale. En témoignent les affrontements récents en France autour du mariage pour tous, le manifeste des 343 fraudeuses en faveur de la procréation médicalement assistée ou encore les débats parlementaires sur la prostitution et la pénalisation des clients. Enjeu politique, religieux, éthique, économique ou encore culturel, c’est aussi, profondément, une question de communication, privée comme publique, qui, de la sphère la plus intime à l’arène la plus médiatique, engendre échanges, controverses, revendications, normativité et négociations.

C’est la communication dans tous ses états – de la plus ténue et silencieuse à la plus transgressive ou explicite – que les auteurs de ce numéro analysent, pour mieux comprendre non pas la sexualité, mais les sexualités, leur diversité de formes, de manifestations, de pratiques, leur altérité, leur incompréhension ou reconnaissance mutuelles comme leurs ajustements et entrelacements.

Mêlant des approches anthropologiques, sociologiques, historiques, littéraires, dans les domaines des sciences de l’information et de la communication, des études des médias ou de genre, ce numéro est l’occasion de croiser des recherches de terrain, des études de cas et des réflexions plus théoriques autour de ce champ éminemment interdisciplinaire. Au fil des pages se dévoilent la richesse et la diversité des approches communicationnelles des sexualités. Celles-ci permettent de dépasser les binarismes et clivages que l’on peut observer dans l’actualité et de replacer dans la longue durée une question, dont la simplicité de notre titre ne peut pas masquer la complexité des enjeux.

Étienne Armand Amato, Fred Pailler et Valérie Schafer

 

Résumé de mon article :

 
L’inscription des identités « trans » comme fait de société s’est accompagnée de questionnements liés au genre et à la sexualité. Ceux-ci se sont retrouvés saisis par les moyens de communication depuis la descente d’avion de Christine Jorgensen en 1953 à New York jusqu’à la pornographie sur Internet, en passant par les mises en scène des shemales et la médiatisation du bois de Boulogne dans les années 1980-1990, générant sur le terrain confusions, divisions et concurrences. Appuyé sur les résultats d’une étude menée de 2008 à 2012 et des corpus audiovisuels, cet article permet de montrer les processus complexes et croisés en jeu dans la construction médiatique des transidentités.

11 | Printemps 2014 Parias sexuels – Sous la direction de Rostom Mesli et Mathieu Trachman – Informations sur cette image Crédits : FredAlert Photo

 

11 | Printemps 2014 – Parias sexuels

Sous la direction de Rostom Mesli et Mathieu Trachman
La lecture de l’ensemble du dossier est fortement recommandée !
URL : http://gss.revues.org/3043

Maud-Yeuse Thomas et moi-même y avons une contribution. Nous remercions Rostom Mesli et Mathieu Trachman pour ce travail long et exigeant et pour la qualité du dossier.

Les trans comme parias. Le traitement médiatique de la sexualité des personnes trans en France

Abstract
Associant leurs expériences et parcours respectifs, les deux auteures s’appuient sur leur connaissance pratique du terrain de la transidentité pour traiter de la figure trans comme figure paria à travers la question de la sexualité des personnes trans saisie par les programmes de télévision. Sexualités et pratiques semblent former l’une des pierres angulaires de la question trans. Y aurait-il des pratiques et une sexualité de paria correspondant aux hors-la-loi du genre ? Cet article se propose d’étudier le traitement médiatique de la sexualité (ou d’une non-sexualité) des personnes trans. Oscillant entre ordinaire et exotisme, tour à tour sexualisée et désexualisée, la figure médiatique du trans tend à renforcer les rôles de sexe et avec eux un régime hétéronormatif.

Mots-clés :
médiasgenresexualitétélévisiontransidentités

Le texte intégral se trouve à l’adresse : http://gss.revues.org/3126

 

 

 

 Je remercie Arnaud Alessandrin et Yves Raibaud de m’autoriser à publier un extrait de cet article sur mon blog, et l’intégralité sur le site  HAL Sciences de l’Homme et de la Société (http://halshs.archives-ouvertes.fr)

Géographie des Homophobies

Géographie des Homophobies

Transidentités et média(tion)s

 

Le Bois de Boulogne : mythification de la prostitution des trans’

 

Comme un enfant sauvage
J’ai traversé tous les âges
Mais s’il te faut choisir une cage
Avec toi je la partage
Sid’aventure, je vous quittais
Sid’aventure, je partais
Sid’aventure, je vous laissais
Cette blessure, à jamais mon amour
Jean-Louis Aubert, Sid’aventure,
Album : Bleu Blanc Vert, EMI, 1989

Cet article pourrait aussi s’intituler : Le Bois de Boulogne, exemple d’une modélisation médiatique, sociale et culturelle : VIH-Transgenres-Étrangères. Nous travaillons sur les représentations issues des imaginaires sociaux et médiatiques : Comment fabrique-t-on des modèles, des typologies, des stéréotypes ?

Fabrice Virgili et Danièle Voldman[1] montrent dans La garçonne et l’assassin (ouvrage, documenté avec  photos, lettres, journaux intimes, documents judiciaires) que le Bois existe depuis le début du siècle comme lieu de socialité et de rencontres pour les « travestis », comme dit dès cette époque. Quant à nous aujourd’hui, nous associons en savoirs et en imaginaires les termes « bois de Boulogne », « prostitution » et « trans[2] ».

En France, le lieu a été l’objet d’une attention médiatique spectaculaire, sans parler des termes particuliers de médiatisation, au cours des années 1990. La presse populaire (reportages de Paris-Match[3] notamment) montre une place de prostitution de travestis brésiliens. La télévision porte cette spectacularisation à un degré qui laisse sans voix le chercheur comme le profane. Du jour au lendemain, dirait-on, le Bois et le Sida retiennent l’attention des pouvoirs publics et des médias alors que les associations de support et de prévention sont sur le terrain depuis des années.

Les archives INA permettent ici une prise de mesure et de distance sans égale, malgré les contraintes temporelle de sauvegarde[4]. Au sein d’un corpus[5] nous avons isolé les matériaux illustrant ce thème, ou ce mythe, temps majeurs de la médiatisation des trans’ à la télévision. Dans l’index titre et l’index mots-clés, « bois de Boulogne » permet d’abord de retrouver de très nombreuses images (cinéma ou presse filmée) du Bois au début du siècle. Le lieu est alors celui de la promenade du dimanche, avec ses allées propices aux flâneries et pique-niques familiaux, ses berges accueillantes aux nombreux pêcheurs – une ligne documentaire qui se poursuit jusqu’à la fin du siècle (joggeurs des années 1980, tempête de 1999). Une seconde approche tient ensuite aux lacunes du corpus. Le terme « travesti » ne renvoie nullement à un document comme Carnet de route : la route de la prostitution (un morceau de télévision quasi fondateur du discours et de l’imaginaire du Bois[6]), malgré une introduction et des commentaires sans équivoque à propos du Bois, ses travestis, son ballet de voitures. Autre signe de la prudence avec laquelle il convient d’aborder les triangulations de recherche par mots-clés. Ce sera aussi le cas pour certaines fiches des journaux télévisés ne comportant aucun descripteur et aucun résumé. Nous reviendrons en détail, à ce propos, sur une émission proposée par Christine Ockrent en  1990. (…)

L’intégralité de l’article se trouve ici : Naissance_mediatique_du_bois_de_Boulogne.


[1] Fabrice Virgili, Danièle Voldamn, La garçonne et l’assassin – Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti dans le Paris des années folles, Payot & Rivages, collection Histoire, Payot, 2011.

[2] En rapport à la culture du terrain transidentitaire, je parle des personnes dans le genre exprimé ou revendiqué à l’opposé de la tradition médicale. J’utiliserais aussi les termes : transgenre, transidentité, ou trans’. J’utiliserais aussi le terme “travesti” qui fait sens dans la culture sud-américaine entre autres, mais aussi par rapport à son utilisation par les médias (journalistes, commentateurs) et les institutionnels (police, médecins).

[3] Parmi d’autres dossiers, notons celui du 24 avril 1973 : Tous les secrets du bois de Boulogne, Paris Match, n° 1250.

[4] Si on ne trouve pas de sujet majeurs traitant du bois avant 1984, cela ne veut pas dire qu‘il n’en existe pas. Entrent en compte les intitulés comme l’avancement de la sauvegarde.

[5] Dans le cadre d’une thèse de doctorat intitulée : La construction médiatique des transidentités : une modélisation sociale et culturelle ; les visionnages ont eu lieu sur une période de trois ans (2009 à 212).

[6] À 22:17:08:49.

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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