You are currently browsing the tag archive for the ‘The Empire Strykes Back’ tag.

Affiche du film The Empire strykes back

Affiche du film The Empire strykes back

Réflexions autour de The Empire Strikes Back de Sandy Stone

L’Empire contre-attaque : un manifeste posttranssexuel (1991)

Ce texte est la version écrite de la présentation orale réalisée lors de la conférence avec Sandy Stone et autour de ses travaux qui s’est tenue le 2 octobre 2014 aux Archives Nationales, de 15h à 18h. (voir la présentation complète : http://commentsensortir.org/2014/09/10/conference-penser-les-transfeminismes-avec-sandy-stone/),  à l’occasion de la parution prochaine de la traduction de son article « The Empire Strikes Back: A Posttransexual Manifesto » dans le n° 1 de la revue Comment S’en Sortir ?.

J’avais opté pour une présentation décalée tout en illustrant les propos sur la thématique de « L’empire contre attaque »  de la franchise Star Wars sur un powerpoint.

Je tiens à remercier très chaleureusement Ian Zdanowicz et Kira Ribeiro pour leur invitation.

 

Capture d'écran 2014-10-30 09.53.04

En France, au mois de mars 1971, est fondé le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Seulement un mois plus tard, les lesbiennes féministes radicales vont s’affirmer pour exister non seulement au cœur du mouvement féministe mais aussi au cœur du mouvement homosexuel. Le groupe des Gouines Rouges est ainsi créé à l’initiative de Monique Wittig, Christine Delphy et Marie-Jo Bonnet entre autres. Dans le premier numéro de la revue « Gulliver » paru au mois de novembre 1972, elles écrivent : « Nous sommes des créatures de jouissance en dehors de toute norme. Nous sommes lesbiennes, et nous sommes heureuses de l’être ». Ce propos a trouvé un écho 20 ans plus tard. Un écho peut-être inattendu pour de nombreuses lesbiennes et féministes. Les slogans scandés à l’occasion de l’Existrans (la marche annuelle des personnes trans à Paris depuis 1997) ont proposés ainsi de nouvelles lectures et expressions de la fierté d’exister. Des personne trans se sont mises à scander : « ni homme ni femme » et « trans et fiers de l’être ». Le lien me semble affirmé avec la pensée féministe et la fierté lesbienne. Pourtant les accointances entre mouvements trans et féminismes ne semblent pas encore aller de soi en 2014.

Capture d'écran 2014-10-30 09.52.22

On peut être étonné par le déroulé historique des mouvements pour l’égalité des droits. Les révoltes de Stonewall (dont on sait avec l’exemple des événements de la Cafétéria Compton dans le district de Tenderloin en 1966, qu’elle n’est pas la première), ne sont pas si éloignés dans le temps de la révolte qui mènera au FHAR dans le contexte français. Mais on sait aussi que dans les deux cas, la révolte d’un « nous les opprimé-e-s » a produit des injustices, ou du moins a mis en lumière un « nous les opprimé-e-s » aussi concerné par les rapports de pouvoirs qui structurent la société. Les féministes, par exemple, devaient lutter pour exister en tant que voix audibles face à celle des hommes, les lesbiennes féministes face à celle des hommes et de féministes. La situation était-elle différente aux États-Unis ? Les causes féministes, sexuelles, ethniques, sociales et de genre ne semblent pas ici non plus aller de soi et deviennent des sujets de discordes. Partout où les minorités se sont révoltées les mouvements semblent finir par se séparer ou alors une cause se construit aux dépends des autres.

Le mouvement trans états-unien est écarté de l’héritage de Stonewall et depuis les années 1990 des ouvrages tentent d’expliquer ce phénomène les concernant (je pense à Martin Duberman, avec l’ouvrage « Stonewall » en 1994 ; à Joan Nestle & Riki Wichins, « Genderqueer: From Beyond the Binary », 2002 ; je pense aussi à l’ouvrage « Transgender Rights », dirigé par Paisley Currah, Richard Juang et Shannon Minter, en 2006). Malgré cet oubli ou cette invisibilisation des mouvements pour l’égalité des droits, rien ne pourra empêcher les Trans Studies américaines d’émerger dans les années 1980 avec l’incontournable texte de Sandy Stone que je qualifierai de « révolte culturelle ». En effet, nos existences posent la question de notre visibilité dans l’espèce humaine, dans l’humanité si vous préférez, et nos vies posent des questions : Quels effets identitaires produisons-nous sur la culture via et en dépit des normes, des sexualités, des races, des classes, des déterminismes biologiques, des essentialismes et des matérialismes ?

Capture d'écran 2014-10-30 09.53.17

En France, les politiques trans, c’est-à-dire la façon dont les groupes trans constitués en associations et en collectifs politisés agissent et existent dans les espaces publics et médiatiques, ne débutent véritablement que dans les années 1990. Mais il me semble difficile de parler de Trans Studies en l’absence de texte fondateur et malgré des balbutiements épars y compris venant de moi.

C’est aujourd’hui que tout commence d’une certaine façon avec la nouvelle génération, sans vouloir effacer de l’histoire l’initiative de telles ou telles personnes. Je vais prendre un premier point de repère avec le transféminisme. Je m’appuie ici sur une citation de l’association OUTrans, tirée d’un texte publié en 2012 : « Le transféminisme est un outil qui nous semble incontournable pour mettre en place une politique des alliances. Notre analyse critique de la société et des systèmes de domination(s) qui la traversent et qui produisent les divers modes d’oppressions (entre autre la transphobie) est héritière de la tradition (qu’on peut appeler le féminisme de la « troisième vague »/ féminisme queer/ féminisme post-identitaire) » (Source : http://outrans.org/infos/articles/transfeminismes). Sommes-nous dans l’utopie à vouloir revenir sur ce qui a été défait dans les années 1970 afin de retrouver un « nous les opprimé-e-s » sans hiérarchies et tout en parvenant à ne pas nier les spécificités de nos luttes respectives ? Ce programme-là me parait révolutionnaire et peut-être du même coup utopique. Mais on a envie d’y croire et de travailler pour.

Le texte de Sandy Stone est assez puissant pour qu’on n’ait pas besoin de lui une faire publicité de convenance. En le lisant, un certain nombre de commentaires me viennent à l’esprit spontanément. Je vais donc partager avec vous quelques pensées critiques que je n’aurais pas le temps de développer en profondeur. Mais j’espère, que vous les considérez comme des pistes de réflexion pour comprendre pourquoi nous sommes si en retard par rapports aux studies anglo-saxonnes.

Capture d'écran 2014-10-30 09.53.31

Sur la méthode scientifique, je n’ai pas manqué le passage sur le premier travail de Leslie Lothstein définissant des critères du diagnostic différentiel. Sandy Stone pointe les faiblesses de l’échantillon et de la méthodologie. L’évaluation psychologique qui en ressort parle d’individus schizoïdes, renfermés, isolés, déprimés, avec des addictions, immatures, narcissiques, égocentriques, manipulateurs, etc.

Sandy Stone, fait le constat que malgré des « résultats qui auraient pu être considérés comme marginaux, marqués du sceau d’une méthode douteuse ou d’échantillonnages excessivement limités. Ils finirent malgré tout, mises en garde comprises, par représenter les transsexuel·le·s dans la littérature médicolégale/psychologique jusqu’à récemment ». Avec cet exemple, nous reconnaissons aussi une situation à la française. Pourquoi les écrits des psychiatres français et françaises sur la question n’ont pas donné lieu à de questions de méthodologie ? Le saura-t-on un jour ? Prenons les ouvrages de Catherine Millot pour Hors-sexe (1983), Patricia Mercader pour L’illusion transsexuelle (1994) et Colette Chiland pour Changer de sexe (première version de 1997 et deuxième version en 2011). Ces ouvrages qui font toujours loi auprès des étudiants dans les disciplines « psy », particulièrement, pourraient donner lieu à des questionnements sur les échantillons et la méthodologie. Mais ce qui frappe le plus, c’est que ces trois livres nous parlent de la peur des personnes trans. Les auteures ne parlent pas de la peur de la société, mais de leur peur en tant que personne, en tant que femme, en tant que praticienne, et au moins pour deux d’entre elles en tant que féministe. Ces auteures considérées conjointement avec des publications comprises entre 1983 et 1997, peuvent être rapprochés à des degrés divers de l’ouvrage L’empire transsexuel de Janice Raymond (1979).

Capture d'écran 2014-10-30 09.53.46

Ces ouvrages vont jusqu’à nous décrire physiquement et évaluer notre humanité et nos possibilités en terme de sexualité dans une sorte d’évaluation aux très forts accents de morale et de religion. Ce dernier point n’est pas assez soulevé d’ailleurs mais les dimensions moralistes et religieuses se retrouvent à des degrés divers dans ces écrits. Une personne trans serait donc : une personne avec un faible espérance de vie, qui voudrait le sexe des anges ou du moins une sexualité sans sexe ; elle serait aussi hérétique, narcissique, inquiétante, effrayante, indigne de confiance, manipulatrice, caricaturale, pathétique, grosse, laide ; elle serait un travelo sans talent, incapable de pénétrer un femme, ou d’attirer le désir de « quelqu’un de normal », un repoussoir à la relation ; et enfin, elle devrait aussi considérer « son droit au suicide ». Une grande partie de ce discours ne fait-il pas penser aux discours racistes pour construire un autre inférieur ou des races inférieures ? Bien entendu, ces auteures trouvent inconvenant que l’on vienne leur demander des comptes sur ces « vieux écrits » ou des « maladresses du passé ». D’ailleurs, en 2011, Colette Chiland ne manquera d’être à nouveau maladroite avec ce nouvel écrit : « La solution militante est que les mesures prises par les minorités deviennent la loi générale. […] songeons aux nazis qui ont réussi à faire adhérer presque tout un peuple à l’idéologie raciste ». De son côté, il me semble qu’il y a chez Patricia Mercader une idée directrice et essentielle qui n’est jamais exprimée clairement : c’est que les transsexuels peuvent changer de sexe mais pas changer de genre. Serait-ce là leur illusion ? [Le propos qui va suivre, n’a pas été dit lors de la présentation, je le donne ici à titre de précision : Il me semble que cette idée préside encore aux analyses de nombreux psychanalystes et psychiatres. Pour la formuler autrement : les trans croient à tort qu’ils/elles ont changé de genre. Ils peuvent à la rigueur changer de sexe mais surement pas de genre. Les hommes restent des hommes, même en femmes. Et les femmes restent des femmes, même en hommes. Je crois que c’est le point commun à tous les ouvrages maltraitants mais ce n’est jamais formulé de façon franche.]

On pourrait estimer que ces théories sur les personnes trans ont conduit d’une part à la politisation des associations et des collectifs qui ont mis beaucoup de temps à émerger dans le contexte français, et à freiner d’autre part l’arrivée des Trans Studies anglo-saxonnes tout en compliquant l’émergence de Studies made in France. L’agenda politique des groupes trans politisés des années 1990 et 2000 a conduit une majorité de ses dirigeants et dirigeantes à dire : « la théorie ça ne sert à rien ». La militance y compris d’inspiration marxiste tablait sur le concret et se montrait des plus pragmatiques disqualifiant l’acte de théoriser mais tout en se référant à la théorie !

Capture d'écran 2014-10-30 09.54.11

Pour comprendre la période actuelle, il est crucial de s’attarder sur la période de la mise en place d’une catégorie diagnostique en 1980 avec une catégorisation qui, « après des années de recherche, ne mettait pas beaucoup plus en jeu que la sensation classique « d’être dans le mauvais corps » – et l’acceptation qui en découle par la police des corps, c’est-à-dire l’institution médicale, des histoires cliniquement « bonnes » de transsexuel·le·s existent désormais dans des zones aussi dispersées que l’Australie, la Suède, la Tchécoslovaquie, le Vietnam, Singapour, la Chine, la Malaisie, l’Inde, l’Ouganda, le Soudan, Tahiti, le Chili, Bornéo, Madagascar et les îles Aléoutiennes » (Sandy Stone, 1991).

Ne doit-on pas voir aussi dans cette catégorisation du « fait transsexuel » la conséquence des effets des nomenclatures internationales comme le Manuel statistique des maladies mentales de l’Association des psychiatres américains et la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, qui ont conduit à une occidentalisation et une standardisation des identités trans en identités transsexuelles. Parmi les forces en jeu, peut-être celle de la colonisation des esprits. Ainsi nous nous sommes placé-e-s en situation de coauteur-e-s d’un récit bien particulier : exporter le « phénomène trans » dans toutes les aires culturelles alors même que ledit protocole est écrit et table sur un double dysfonctionnement interne à l’aire occidentale. On répond par « la chirurgie » (« la réponse folle » dit Chiland) à « une folie » (« la demande folle » dit Chiland) dans le champ psychiatrique et l’on généralise cette folie à la planète entière à l’aide de critères de la seule aire culturelle blanche, occidentale, hétérosexuelle et hétérogenre (au sens de deux genres opposés dans la symbolique hétérosexuelle). Le récit transsexuel fini par avoir le même fonctionnement que le symbole : il ne décrit qu’une seule chose par exclusion de tout le reste.

Capture d'écran 2014-10-30 09.54.16

Dans cette dernière partie, je souhaite revenir à titre personnel sur L’Empire transsexuel de Janice Raymond, avec le passage souligné par Sandy Stone dans lequel elle se voit mise en cause : « Comme l’a écrit une femme […] : « C’est comme si j’étais violée quand je vois qu’Olivia fait passer Sandy […] pour une vraie femme. Après tous ses privilèges masculins, va-t-il aussi tirer profit de la culture lesbienne féministe ? » (Sandy Stone [1991] citant Janice Raymond, 1979, p. 134-135).

Dans un tout autre genre, je vais partager ici une anecdote qui peut se conjuguer au pluriel car elle n’est pas isolée. Depuis deux ans, j’enchaine les conférences en université et assez régulièrement on vient me voir à la fin pour me parler. Parfois j’entends de drôle de choses, y compris de la part de chercheures. J’entends : « t’as l’air à l’aise en public car avant t’étais un homme », ou bien on me pointe « le privilège de l’éducation masculine ». L’expression : « car t’étais un homme avant » devient : « car tu as été élevé en homme ». On m’assène ce genre de discours sans rien connaître de mon parcours et de la façon dont j’ai travaillé pour parvenir à parler en public ces dernières années ou encore sans savoir si j’ai fait mien le privilège de l’éducation masculine dont je ne nie pas l’existence (et en cela je ne me complaît pas dans le privilège). Je pourrais dire que je l’ai détecté très tôt comme tel et que j’ai souhaité m’en défaire jusqu’à l’assujettissement total de mon droit à parler, non en tant que personne genrée mais en tant que personne pensante. Mais l’argument du privilège vaut pour argument massue et on ne peut pas s’en défendre sans s’enfoncer alors je dois l’accepter dans la grande majorité des cas. [Ajout lors de la publication sur le blog : Je précise que je ne peux pas en vouloir aux personnes, aux femmes, qui me disent cela car le privilège existe bel et bien mais pour autant l’argument peut être très blessant quand il est lancé comme une condamnation sans appel possible.]

Capture d'écran 2014-10-30 10.28.46

Pour m’engager dans la conclusion de cette communication, je souhaiterais souligner l’avant-gardisme du texte de Sandy Stone. Je dois encore m’en référer à ma propre histoire pour illustrer cette idée tout en souhaitant que d’autres personne s’y reconnaissent aussi. C’est seulement près de 7 ans après le texte de Sandy Stone et quatre ans après l’ouvrage The Gender Outlaw de Kate Bornstein, que j’ai compris que les personnes trans, en théorisant leur condition et tout en étudiant les sociétés dans lesquelles ils et elles se révélaient, nous donnaient de puissants outils de compréhension et d’émancipation qui venaient s’ajouter aux outils de la pensée féministe. Bien entendu, le refus de s’inscrire dans l’ordre des genres n’a pas toujours été compris comme le refus de cautionner une société sexiste et inégalitaire mais de mettre la pagaille dans une communauté déjà en lutte et en demande de reconnaissance. Nous avons bien été un certain nombre, aussi modeste le chiffre fut-il, à refuser très tôt l’adhésion sans condition au système sexe-genre. Je pense que c’est aussi le cas des membres du Groupe Activiste Trans qui auront éprouvé le même sentiment, tout comme les nouvelles générations à l’œuvre aujourd’hui dans le tissu associatif et militant.

Dans les divisions et concurrences entre personnes trans ou groupes trans, il y aussi une défiance qui doit être dite. Elle concerne le statut et la position d’universitaire pensée uniquement en termes de classe. Là où il y a des tentatives pour parvenir à produire des savoirs situés et des contre-discours depuis une position de subalterne, d’autres ne voient que « trahison » au sens de trahir sa couleur de peau, sa classe sociale, son groupe d’appartenance morale, etc. Mais ce faisant, ces voix dénonciatrices contribuent peut-être, à leur insu, à pérenniser les rapports de pouvoir et de domination en faisant passer un message que j’estime malheureux : on ne peut pas y arriver sans trahir et sans se trahir soi-même.

Si on se plie à cette règle, il n’y aurait bientôt plus de femmes dans les universités, plus d’étrangers, plus de gays, de lesbiennes, de féministes et de trans, auto-identifié-e-s, etc. Ceux qui n’ont jamais besoin de dire d’où ils parlent, ou qu’on ne somme jamais de le faire, auraient encore moins de raisons de se situer qu’auparavant.

Je me réjouis donc de la présence de Sandy Stone aujourd’hui et de la tenue de cette conférence, pour ceux et celles qui souhaitent depuis fort longtemps voir émerger et s’affirmer des Trans Studies dont nous soyons moteur au sens d’acteurs et actrices. L’infantilisation des personnes trans va si loin, que nous dépassons parfois les limites de l’acceptable : c’est-à-dire qu’on ne nous pense pas apte à mener nos propres Studies et donc il faudrait nous assujettir à un ordre qui « sait », à défaut d’être nouveau.

Image2

Note :

Durant le débat qui a suivi les présentations, la question de la représentation a été posée en termes de couleur de peau.

En effet, il n’y avait que des « blancs »‘ à la table. Cette question est pertinente bien entendu, c’est indéniable. Nos réponses n’ont probablement pas été à la hauteur. Je me suis moi-même perdue dans un sentiment de culpabilité et je me suis retrouvée, comme une idiote je l’avoue, à parler de mes origines avec un « papa tout foncé » et une « maman toute blanche ». Quand l’argument de nos passeport européens a été avancé, j’ai failli dire que j’avais aussi un passeport chilien et que dans celui-ci j’étais toujours un homme aux yeux de la loi chilienne, mais qu’heureusement le passeport français me reconnaissait bien comme femme.  Tout est vrai mais émotions et culpabilités nous font parfois sortir de belle âneries face à une vraie question. Cependant, la question de la couleur de peau a éludé un fait tout aussi important : c’était peut-être la première fois qu’une tablée universitaire comptait presque  100 % de personnes trans. Généralement, ce sont des tablées à 90 % ou le plus souvent à 100 % cisgenres. Nous commençons à peine à exister.

L’argument de l’élitisme a été ensuite mit en avant. Il est tout aussi audible et intelligible.

Toutefois, ce serait une erreur de ne voir que de l’élitisme concernant la place des trans dans les universités quand on connaît les situation de précarité et d’infériorisation des personnes. Pour un certain nombre d’entre-nous, c’est la guérilla permanente pour exister. Il faut bien comprendre que de jeunes personnes trans abandonnent leurs études car la règle des cumuls des stigmates joue sur eux comme sur d’autres personnes n’étant en rien intéressées par l’université. Un jour, les femmes sont entrées dans l’université et je crois que cette histoire ne s’est pas écrite à l’eau de rose. De même pour les personnes non-blanches, gays et lesbiennes identifiées ou auto-identifiées, etc. Le critère de classe doit-il effacer les autres critères ? On peut être universitaire sans nier bénéficier de certains privilèges et de jouir de positions de pouvoir sans même les avoir demandé. Cette prise de conscience engage dans l’intersectionnalité. Les privilèges peuvent être refusés au prix de sacrifices intimes. Les vrais positions de pouvoir sont celles qui ne veulent pas ou qui refusent de se reconnaitre comme telles. Je me refuse pour ma part à appliquer cette cette règle à toutes les personnes minoritaires sans rien connaître de leur vécus et de leurs positionnements personnels.

Ce qui aurait été fantastique, c’est d’avoir eu une tablée 100 % trans avec une diversité visible selon le critère de couleur de peau. Nous sommes bien d’accord.

Je dis bien « visible » car au vu des origines ethniques, comme en témoignent quand même des noms de familles étrangers (portugais, espagnols, catalans, polonais, chilien…), des métissages (certes invisibles), des différentes origines socio-culturelles, le critère appliqué de blanchité pose la question de la suspicion de pouvoir, du visible et du lisible.

Nul négationnisme et nul déni des privilèges comme des discriminations de genre, de classe et de race dans ces lignes. Le débat est complexe et risqué. Je l’ai appris plusieurs fois à mes dépends.

Les questions sont donc aussi à poser en termes de mobilités et de reproductions sociales. Les inégalités sociales génèrent aussi des inégalités dans les groupes minoritaires. Faut-il alors envisager de commencer une communication par l’exposé de sa situation ethnique, sociale, sexuelle, religieuse ou encore de genre ? Sans ironie aucune, je constate que ce processus se voit entre nous de façon croissante, entre femmes, féministes, LGBTIQ, étrangers, précaires, etc. Comment se fait-il que toutes les personnes qui forme un « nous » les opprimée-s en arrivent à se suspecter les unes les autres sur la base d’un seul critère d’exclusion (un stigmate) soumis à hiérarchisation ? N’y a t-il donc aucun moyen de travailler entre femmes, féministes, trans, gays, lesbiennes, précaires, putes, intersexes, étrangers, noirs, jaunes, rouges ou blancs, etc. sans nier nos spécificités  ? Aurions nous oubliés qui est ou ce qui constitue et nourri  « l’ennemi principal » ? J’ai une furieuse envie de croire dans une politique des alliances comme de Trans Studies menées en premier lieu par des personnes trans. Sur ce dernier point, je crois que la génération qui arrive atteindra cet objectif. J’espère juste être là pour le voir.

Publicités

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications de nouveaux articles par mail.

Rejoignez 942 autres abonnés

TwittOrNotTwitt?!

Avatar

%d blogueurs aiment cette page :