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Le texte suivant est à considérer comme un billet d’humeur qui provoquera certainement quelques tensions dans mon entourage lointain et peut-être proche. Je tenais à le dissocier de textes plus impersonnels car c’est un point de vue très personnel que je tenais à exprimer dans une période que j’estime trouble, voire inquiétante. J’éprouve des difficultés à ne voir que les promesse d’un « avenir radieux » (et lequel ?) consécutif à la visibilité médiatique et à la meilleur compréhension des questions trans. Des propos entendus et certaines lectures me font craindre une nouveau backlash. Ignorer les violences serait une erreur, ignorer les critiques tout autant. Je mesure depuis des années les violences sur les trans tout en me disant que nous devons aussi nous repenser de l’intérieur et peut-être revenir à des fondamentaux tout en devant questionner ce qu’est le mouvement trans, écouter les trans racisé.e.s qui nous interpellent à juste titre, analyser le mouvements transféministe vs les adhésions sans condition au système sexe-genre, etc. Il ne faut pas occulter les questions qui font mal et qui ne sont pas à notre avantage. Il n’est pas question de « baisser la culotte » comme on nous l’a tant demandé mais de ne pas devenir invisibles à nous-mêmes en ne questionnant plus les normes nous ayant conduit à le désintégration ou à l’insurrection.


Aux camarades « pour » ou « contre » le fait que : « je » puisse exister

Camarades, militant.e.s, féministes ami.e.s ou « détractrices ». Nous sommes un certain nombre à avoir assumé avis, propos, théorisations et politisations à visage découvert en tant que trans, en tant que féministes, en tant que transféministes. Nous sommes parfois des personnes en transition pour la vie entière car éveillé.e.s au fil de nos expériences et analyses, aux méfaits du patriarcat, à ses injustices, aux tenants des rapports de pouvoir et de domination qui nous traversent toutes et tous, quels que soient nos groupes d’appartenance, de familiarité, de socialité. Autrement dit, nous ne nous sommes jamais caché.e.s derrière un pseudo pour nous engager dans la plus grande transparence et démontrer par les actes que nous pouvons dépasser les luttes pour nos propres et seuls intérêts. Nous sommes plus que vos imaginaires. Nous sommes des personnes, nous sommes engagé.e.s et nous refusons vos nationalisations.

Nous ne voulons pas l’égalité. Nous voulons bien plus que cela. Nous ne souhaitons pas un statut quo, pas plus qu’une paix négociée dont le vrai visage serait celui d’une guerre froide.  Nous voulons que le monde change et pour cela nous sommes en insurrection, seul.e.s ou en groupes, mobilisant les moyens qui sont les nôtres depuis une position située et le plus souvent subalterne. Notre révolution est d’abord une démarche intime se politisant sur un champ de bataille qui est le théâtre d’une guerre infinie envers nous-mêmes pour parvenir à être « exact.e.s » avec nous et les autres.

Je vais poursuivre en ce sens et parler en nom propre pour dire qu’en effet « je » ne suis pas un être humain et que « je » ne désire pas -ou plus- revendiquer ce statut.

J’ai été élevée en féministe par des féministes. Qui sait, peut-être qu’un hurluberlu y verrais l’origine de ma transition, conjuguant absence du père et sur-présence de femmes féministes ? A vrai dire, cela ne me gênerait pas que cela puisse être vrai parce que je m’en contrefous royalement des théories sur moi, sur ce que je serais, devrait être, suis ou ne suis pas.

En m’affranchissant de toutes les règles de définition, je dis être une somme de valeurs transmises par l’expérience de migrante, de la vie dans la cité, en baignant dans la culture ouvrière, en vivant avec déchirements la révolte adolescente avec ses puérilités et utopies, et avant tout aux contacts de féministes que je nommerais « mères ». Les seuls aspects de ma personnalité dont je puisse être fière, c’est à elles que je les dois. Puis viennent les lectures, celles qui empêchent de tourner en rond, qui obligent à revoir son cahier des charges existentiel. Devenir « une somme » de « choses », c’est aussi être en mouvement perpétuel dans un cheminement où les mauvais choix semblent parfois construire les bons.

Est-ce que je suis une « vraie » femme ? Question qui n’est pas sans rappeler d’autres questionnements sur l’âme des colonisé.e.s  en des temps passés et qui ont la fâcheuse tendance à se répéter aujourd’hui. Alors, une âme ou pas ? Si le verdict et si la balance penchent vers le négatif, nous ne faisons plus partie de l’humanité. C’est dit et acté. La sentence est aussi rétroactive puisque c’est le pouvoir qui écrit l’histoire.

Soit.

Alors, qu’est ce « je » peux/peut bien être ?

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Je connais l’argument massue d’être née « mâle » ou la condamnation sans appel d’avoir bénéficié du privilège quasi divin d’avoir été en élevée au « masculin ». Nier la réalité des privilèges serait la pire des erreurs, mais accepter que l’on n’interroge pas l’ensemble des réalités « implémentées » serait une autre erreur. Qu’est ce privilège ? Quels en sont les contours et les expressions ? Est-il comme un processus bien réglé, une sorte d‘intelligence artificielle suprême ou une œuvre magique de la nature appliquant équations sur équations, alchimie sur alchimie pour parvenir à des résultats incontestables : la chair dicterait le devenir, la vie émotionnelle, la sociabilité, l’affection, l’amour, la sexualité, etc. L’idée serait celle d’une programmation impiratable. Où sont nos choix et nos devenirs dans ce cas ? Où placer notre libre-arbitre, l’être ou ne pas l’être, dans ce schéma ?

Les enfants dont on voit-constate-présume que le genre est « défaillant » bénéficient-ils-elles des privilèges de l’éducation auquel « leur sexe » peut/doit « prétendre » ? Il me semble que de nombreuses personnes lesbiennes et gays pourraient nous en dire long sur leur éducation « en fille » et « en garçon » destiné.e.s à alimenter et reproduire la société hétérosexuelle. Ils-elles pourraient se confier sur la façon dont elles-ils ont vécu ce privilège ou cette absence de privilège, qu’il faudra un jour parvenir à nommer « une malédiction » dans les deux cas.

Qui peut prétendre qu’un.e enfant ne puissent pas lire et détecter ces privilèges et ce vers quoi ils conduisent et y opposer du refus ? Qu’ils-elles soient programmé.e.s pour se complaire dans des statuts de puissants ou de subalternes ?  Le pouvoir ne peut-il se refuser ? Ne peut-on pas se rebeller contre l’injustice ? On ne pourrait pas se déconstruire pour se reconstruire autrement ? Ne nous resterait-il plus que le suicide selon nos classes de genre puisque tout serait déjà écrit ? Et nous, personnes trans, dans ce champ de bataille, qu’est Le Genre, où sommes-nous dans vos relations ?

Maman, papa, familles et ami.e.s des parents, que nous soyons filles ou garçons trans, croyez-vous sérieusement que vos éducations « en fille » ou «  en garçon » nous aient apporté que du bonheur ? Pensez-vous qu’elles soient impiratables ? Nous avons dû hacker le système, donner le change parfois mais nous n’avons jamais accepté le programme qu’il nous faut parfois des décennies à virer de nos systèmes d’exploitation. Nous les écrivons sans vous, jour après jour, expérience après expérience, bonheur après bonheur, violence après-violence… Nous produisons des bugs, mais pas plus vous. Et les nôtres ne sont pas pires que les vôtres.

Est-ce une nouvelle fois aux personnes trans, auxquelles on demande d’être plus normales que les normaux, d’être plus « femmes » et « hommes » que les « hommes » et les « femmes », auxquelles on demande d’être à la fois et de façon homogène dans le carré de tête des rebellions, de démontrer qu’elles sont bien ce qu’ils-elles disent être tout en étant des révolutionnaires sans reproches à la marge de vos mondes ?

Camarades, durant mon inscription universitaire, j’ai beaucoup travaillé, à ma façon, sur nos savoirs tout en essayant de me placer aux entrecroisements de vos mondes. J’ai eu la chance de développer des travaux, d’engager des traductions tout en rapportant ce que j’ai appris. J’ai dû composer avec quelques injustices épistémiques mais probablement pas plus que de nombreuses autres chercheur.e.s sur des sujets dits marginaux ou arborant des identités « improbables » selon de  nombreux critères dont le premier d’entre eux réside parfois et déjà dans le fait d’être une femme.

J’ai trouvé de nombreux accueils et abris en tant que chercheure trans et féministe grâce à des chercheuses féministes, mais pas que, il faut le souligner aussi. Ces espaces m’ont donné des forces durant un temps et ont dopé mes programmes dont celui de faire de la recherche. Au Congrès international des recherches féministes dans la francophonie qui vient de s’achever, il a été question de travail gratuit concernant les savoirs trans aussi bien par des intervenantes de contextes québécois, italien, que français. J’ai enfin trouvé le courage de dire ma situation au risque de compliquer davantage ma place dans des contextes universitaires.

Quel est ce travail gratuit ? Depuis onze ans, il comprend : deux articles minimum par an dans des revues universitaires (en France, aux États-Unis, Canada, Québec) ; une douzaine de communications (séminaires, journée d’études, conférences, colloques nationaux et internationaux en Espagne, en Belgique, en Suisse, au Japon, en Argentine, au Québec, à Cuba…) ; des suivis officiels d’étudiant.e.s trans et non-trans (codirections et direction de mémoires, jury) ; des suivis non officiels ou des sollicitations d’étudiant.e.s du master à la thèse de doctorat (relectures, conseils méthodologiques, entretiens, etc.) ; des publications autres pour étoffer le CV comme pour diffuser des savoirs trans et participer aux études trans (à ne pas confondre avec études sur les trans) comme des ouvrages en nom propre et des coordinations d’ouvrages collectifs. Un travail à plein temps à minima. Dans ce contexte, comment ne pas penser au dispositif de L’Institut Émilie Châtelet qui m’a permis durant 18 mois de percevoir un salaire pour ma recherche ? De gagner ma vie autrement dit tout en faisant une activité qui me passionne. Comment ne pas songer aux chercheur.e.s qui ont m’ont reçu amicalement intéressé.e.s par mes recherches et ma voix ? Je vous remercie très sincèrement dans le fil de ce long billet d’humeur.

La situation de travail gratuit cohabite avec une autre situation qu’il convient de poser au débat. Régulièrement on m’interroge sur le fait que des non-trans n’osent plus s’engager sur des sujets trans en tout ou partie. Les réponses sont à peu près toujours les mêmes et tiennent à la déontologie, voire l’éthique, comme à la dimension politique de la production et la diffusion de savoirs.

Dans les études trans(genres), nous passons du statut d’objets de savoirs à celui de sujets de savoirs et cela ne se fait pas sans tension et sans enjeu. Les savoirs ne bénéficient pas de la même reconnaissance et les étudiant.e.s qui me rencontrent savent à quel point je suis tatillonne sur la présence d’auteur.e.s trans (anglophones, francophones, hispanophones) dans leurs bibliographies, sur le fait d’aller voir les associations comme de valoriser les références militantes dans une recherche en terrain militant.

Une autre dimension est assez difficile à illustrer sans passer par des lieux communs ou devoir passer par des pages d’explications. J’illustrerais par une question plus ou moins triviale : que penser si les seules références valorisées dans les études féministes étaient celles d’hommes ? C’est pourtant avec cela que doivent composer les savoirs trans qui sont toujours situés.

Personnellement, je ne connais pas un.e seul.e étudiant.e trans visible dans l’université (francophone notamment) qui ne rencontre pas des difficultés en raison de son sujet et/ou de son identité. Pourtant, certains laboratoires et certaines universités tentent clairement d’améliorer cet état de fait. Où est le problème ou plus précisément quelles sont les difficultés dans les non-dits et les non-vus ?

Puisqu’il est question du CIRFF2018, auquel nous avons eu la chance de participer avec un colloque, un atelier et un débat. C’était une chance d’avoir des alliées et notre présence était importante du point de vue de la pensée (trans)féministe. Pour autant, cela n’efface pas tout. Personnellement, je me suis faite « toiser » par deux féministes en raison de mes tensions avec un « John Doe ».

Il y a eu aussi d’autres retours comme celles des discussions en coulisses qui ne se bornaient pas seulement au débat pour savoir si les femmes trans sont des vraies femmes, comme on se demanderait si nous sommes des êtres humains. Avec certains retours, avec certains discours, je me disais que j’avais une chance folle d’être trans dans une enveloppe humaine car si j’avais été un chiot ou un chaton, on m’aurait évacuée par la cuvette des toilettes en tirant la chasse d’eau sans se retourner.

Ressentir à la fois les avancées avec les jeunes trans, leur qualité de réflexion et d’engagement tout en ayant le sentiment de revenir 30 ans en arrière avec certains écrits féministes récents et avec les mentalités sur la base de caricatures, me positionne entre optimisme (les jeunes trans) et effroi (certains écrits antitrans). L’action d’un groupe ou d’une personne trans -dont même en tant que trans, je ne validerais ni les propos ni les actions si elles touchent au droits des femmes, des inters, des racisé.e.s, des migrant.e.s, des non-binaires, etc.*- fait généralisation et loi contre l’ensemble des trans.

On critique le genre ou des études de genre, et hop c’est la faute des trans. Comme si les rapports sociaux de sexe avaient attendus les trans pour exister ! Comme si nous n’étions pas concerné.e.s par le sexisme et conscient.e.s de ces réalités ! Comme si n’étions pas concerné.e.s par la division sexuelle du travail, etc. ? Si un groupe de « crétin.e.s » trans s’engage dans des imbécilités, et hop c’est l’ensemble du mouvement trans qui est contre les femmes ou qui ne respecte pas le corps des femmes, la culture et la sexualité lesbienne… Faut-il rappeler qu’il n’est nul besoin d’avoir un genre assigné ou revendiqué pour savoir prendre du recul ? Nous ne voulons pas être des victimes ni des tortionnaires, ni endosser le rôle de bouc-émissaire sur des débats qui vont bien au-delà des personnes trans mais qui concernent ce monde que nous détruisons de plus en vite.

Maud-Yeuse Thomas a eu récemment une formule sur certains glissements ou dérapages : « désormais l’ennemi principal c’est nous », et non pas le patriarcat et ses effets sur tou.te.s. A tel point que des féministes se retrouvent parfois en alliance ou sans le savoir aux côtés de masculinistes plus ou moins masqués. Pour autant, dois-je impliquer l’ensemble des camarades féministes ? La réponse est non bien entendu et d’autant plus que le féminisme radical particulièrement ne doit surtout pas être réduit aux féministes antitrans.

Arrêtez de fantasmer nos corps et sensibilités.

Transféministement,

Karine

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* Après-coup, et échanges sur les réseaux sociaux, je réalise que des personnes peuvent se sentir exclues de cette énumération. Nul.le n’est oublié.e volontairement, c’est que la phrase  deviendrait infinie tant la liste est longue… Ce fait à lui seul dit le problème que nos sociétés posent à une multitude de personnes. Je songe à chaque lettre de LGBTIQ+, aux personnes qui entrecroisent ces lettres dans leur vie au quotidien, aux précaires, aux subalternes de nos sociétés de surconsommation, les esclaves domestiques, aux TDS, aux prostitué.e.s, et j’en oublie beaucoup d’autres…  Je précise que j’utilise TDS et prostitution car je reconnais le travail du sexe pour avoir lu et écouté la parole des concerné.e.s dont certain.e.s sont des proches, comme je reconnais les situations de prostitution et la traite d’êtres humain.

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Un billet d’humeur, publiée par la revue Diacritik, que je remercie pour cette tribune.

Extrait :

Quand des militants d’extrême droite disent avoir « raccompagné » des migrants à la frontière franco-italienne et que le parquet de Gap doit classer l’enquête sans suite faute « d’infraction constatée », et ce en une petite semaine, on se frotte les yeux d’incrédulité. Pourtant, l’information est bien là, ce n’est pas même une « mauvaise blague ».

Les traitements des blocages dans les universités, les discours anti-grévistes, anti-zadistes, anti-migrant.e.s, les rhétoriques criminalisantes à l’encontre des bénéficiaires des minima sociaux ou encore des chômeurs et chômeuses, seraient justifiés par des « infractions constatées ». Non pas par la Justice mais par le renouveau d’un certain ordre moral quand on voit l’État faire du baisemain au Clergé sur le dos d’une partie du Tiers État.

Lire la suite sur Diacritik : https://diacritik.com/2018/04/28/le-xxie-siecle-sera-t-il-celui-des-nationalismes-des-rebellions-ou-des-petits-riens-du-tout-par-karine-solene-espineira/

 

TRANSIDENTITÉS: ORDRE & PANIQUE DE GENRE

Le réel et ses interprétations

Préface de Marie-Joseph Bertini

Logiques sociales – Sociologie du genre

Page de couverture

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45742

Quatrième de couverture :

Longtemps cantonnée au changement de sexe, la question trans est aujourd’hui abordée comme changement de genre au sein des disciplines ouvertes aux études de genre dans un renouvellement et un enrichissement du champ épistémique. Cette recherche inscrite dans l’interdiscipline que forment les Sciences de l’information et de la communication se veut aussi un travail précurseur des Transgender studies francophones suivant la pensée de Sandy Stone et dans la lignée des studies anglo-saxonnes. Cette recherche porte ainsi son attention sur la construction sociale et médiatique des transidentités (personnes transgenres, transsexuelles, identités alternatives). La problématique semble innovante car elle conjugue exigence et créativité de la recherche avec le statut de la chercheuse insider et outsider à son terrain. Ce premier volume s’attache à croiser l’état des lieux du terrain associatif et militant transidentitaire français avec l’histoire des définitions de la médecine légale depuis les années 1970 aux révisions les plus récentes. Cette nouvelle histoire des trans en France est éclairée par la description des processus de politisation des groupes, de la diversité des identifications de genre, de leurs subcultures, des apports de l’internet et des épistémologies féministes, de leurs rapports aux médias et en retour aux effets de la médiatisation.

Ce travail de recherche a été récompensé par le 2e Prix jeune chercheur francophone en SIC – 2014, décerné par la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC).

Préambule

Il est fréquent d’entendre parler des associations qui ont formé le « berceau parisien », en des termes parfois peu élogieux. A tort ou à raison, l’ASB comme le Caritig sont vues comme des structures hégémoniques qui voulaient avoir la main mise sur tout. J’ai connu ces associations peu après leur  fondation et à des degrés divers. J’étais impliquée à l’ASB du temps de Tom Reucher et je côtoyais le Caritig en de rares occasion de réunions avec Armand Hotimsky. Ma militance comme mon entrée dans le domaine de la recherche m’ont conduite vers le constat des déficits concernant le terrain transidentitaire : d’histoire et de mémoire. Nous retrouvons une partie de l’héritage de la culture cabaret transgenre avec Bambi et Marie France, comme avec la nécessaire réhabilitation de Coccinelle dont le rôle dans l’édification des réseaux d’entre-aide n’a pas été des moindres. Pour l’histoire, chacun la voit encore débuter avec son action propre oublieux parfois de l’héritage ou de la simple reconnaissance d’une aide, d’une information ou d’un accompagnement qui aura été précieux à une personne mais qu’elle jugera plus tard peut être dans la désuétude de l’oubli. Voici sous forme de témoignage, un façon comme une autre de contribuer à marquer ma reconnaissance envers ceux et celles qui m’ont précédés et qui m’ont transmis leurs savoirs et leurs énergies.

Affiches de l’Existrans : 2001 à 2003

Chroniques martiennes : l’Association du Syndrome de Benjamin au jour le jour

Qu’était l’activité à l’ASB de 1996 à 1999, pour prendre celle que j’ai connue ? Nous allons le relater sous forme d’une modeste chronique qui va démontrer que nous sommes loin d’un modèle associatif hégémonique.

Jeudi : support téléphonique au centre Gay et Lesbien de Paris de 14 heures à 18 heures. Notons que les gays et lesbiennes ne savaient pas toujours ce qu’étaient les trans, un peu comme pour les Bi d’ailleurs. Nous recevions des personnes en questionnement, parfois dans un grand désœuvrement matériel et psychologique. Ces personnes que certain-e-s trans aimeraient voir psychiatriser car ils feraient du tort aux autres trans intégrés et seraient « quand même bien déglingués ». C’est oublier que nous avons reçu certaines d’entres-elles dans le même état ! Mais accomplies depuis, elles ont oubliées… Ces « déglinguées » étaient des personnes coupées de leurs familles et attaches, sans emplois et sans perspectives immédiates. Nous recevions aussi des copines prostituées, mais c’était plus rare. L’ASB n’avait pas la réputation d’être accueillante aux transgenres et aux prostituées. Ici l’arbre cache bien la forêt. Quelques avis stigmatisants sont parvenus à cacher les amitiés qui se sont nouées dans le respect des un-e-s et des autres. Comme tu étais belle et bienveillante Elsa. On ne peut t’oublier.

Ne parlons pas du débat théorique qui s’était engagé dans un silence total pour défaire le transsexualisme comme concept médical. Nous dénoncions déjà la hiérarchie pyramidale entre trans. Venu-e-s de tous horizons, ou appelant de l’autre bout de la France des copines et copains inquiets et parfois effrayés de ce qui leur arrivait, d’autres sont atteints du VIH, d’autres envisagent la prostitution pour se payer les soins et les opérations. Parfois débarquaient des étudiants ou d’apprentis réalisateurs en mal de sujets. Sans compter les journalistes et les « hommes » de télévision. Quelques trans lover en chasse ou en cavale firent de bref passages. Au bar du CLG, une copine faisait parfois des siennes, fustigeant gays et lesbiennes dans leur propres locaux… On rattrapait le coup et à force ils finissaient par ne plus s’offusquer.

Samedi : Journée collage de timbres chez Tom Reucher. Nous passions des après-midi à ouvrir les courriers, nous répartir les courriers et tentions d’y répondre au mieux avec ce que nous avions comme connaissances. Je commençais tout juste mon trajet et me retrouvais à réconforter et envisager des réponses à quelqu’un comme moi, comme nous tous dans cette pièce. Ambiances lourdes et légères se succédaient au fil des exposés des projets, de l’agenda associatif. Je me souviens très bien de vos visages Thibault, Vincent, Maud, Christelle, Tom et les autres dont j’ai parfois oublié le prénom. Pardonnez-moi.

Dimanche : réunion mensuelle avenue Daumesnil. Réunions parfois thématiques comme la journée des parents, ou le grand repas annuel. J’avais été stupéfaite de voir que des personnes traversaient toute la France juste pour rencontrer d’autres personnes comme elles, d’autres trans en somme. Internet naissant ne permettait pas encore les outils multimédia et loin était le web 2.0 qui ferait oublier qu’il fallait beaucoup d’huile de coude et de volonté pour s’organiser, se voir, se rencontrer l’espace de quelques heures seulement. Elles débarquaient à Paris pour vivre avec d’autres le temps de quelques heures.

Le tout tenait sur des bouts de ficelles et plus d’un serait surpris des budgets ridicules avec lesquels la machine tournait.

Chroniques martiennes : à bout de souffle

Affiches de l’Existrans : 2004 à 2006

Réunions et lobbying : à la recherche d’alliances. En premier lieu, au centre gay et lesbien lui-même dont le président de l’époque Alexis Meunier était d’une rare bienveillance. La formation des bénévoles du Centre incluait déjà les trans. Nous participions parfois à la rédaction au 3Keller, la revue du CGL. Entretiens avec le député socialiste Patrick Bloch, rendez-vous au syndicat de la magistrature, déplacements à l’étranger pour rencontrer les chirurgiens belges, comprendre leurs techniques et  évaluer les financements. Autres rencontres dans l’hexagone avec des médecins pour former cette base de données que Tom Reucher ne garda jamais pour lui et dont nombre de trans ont bénéficié. Rendez-vous avec des avocats et édification des premières filières pour contourner les tribunaux défavorables et aiguiller vers des tribunaux favorables tel celui de Chartres à l’époque où je fus la quatrième à obtenir son changement d’état-civil sans expertise et en moins de  quatre mois. Oui nous nous comptions, tant c’était rare et difficile. Un ou une de plus de passé était une grande victoire. Nul record, nul vantardise, juste le murmure du soulagement.

Informations et communications : de l’Identitaire à l’Existrans. Créer plus qu’un bulletin associatif tel était l’objectif de l’Identitaire dont je ne sais encore comment le nom m’est venue. Peut-être la fréquentation de Maud-Yeuse qui théorisait du matin au soir, allez savoir… Réunions multiples chez Maud avec Tom, Vincent, Thibault, Ionna, Myriam, Ripley, et les autres. Mac Plus ou SE30, sur Xpress ou Pagemaker, illustrations ou full rédactionnel ? L’Identitaire est né pour créer un outil de communication et d’expression, aborder la culture sous différents angles qui incluraient nos propres visions du monde qui finalement était déjà « trans ».

Participant aux réunions d’organisation de la Gay Pride de 1998  sur le thème de la citoyenneté (déjà) nous avions été aux anges avec le projet de petit train pour les enfants des parents gays et lesbiens, mais dépitées par la polémique : « une folle » en tête de cortège va-t-elle nuire aux mots d’ordre ? Nous nous sommes dit que chaque groupe avait ses travestis, ses boucs-émissaires. Cela nous avait d’autant plus interpelées que nous travaillons déjà avec le Zoo de Marie-Hélène Bourcier. De son côté le constat de nos difficultés à exister au sein des organisations gays et lesbiennes à l’époque conduisait Tom à l’idée d’une marche qui serait nôtre. J’ai travaillé sur l’aspect communication de cette première Existrans, sans y participer pour des raisons de santé. Mais j’étais sceptique et je ne suis pas parvenue à suivre Tom plus loin, le trouvant trop optimiste et pas assez stratège. Pour ma part, j’étais dans l’optique d’un renforcement de nos alliances avant d’envisager cette nouvelle forme de visibilité pour les trans. Sur ce point, j’avais tort et Tom a bien fait de persévérer et alea jacta est.

Affiches de l’Existrans 2007 à 2009

Mes souvenirs ne sont pas si romantiques. Je dois vous détromper. Il y a beaucoup d’obscurité dans ces images, du glauque parfois, de crises de larmes et de fatigues consécutives à des réunions presque chaque soir de la semaine. Réexpliquer sans cesse notre condition, devoir lutter aussi à l’intérieur contre nos propres démons. Ces chroniques constituent le souvenir d’un travail difficile qui fait défaut dans la mémoire trans qui n’a toujours pas d’histoire commune. Chaque groupe semble avoir tout inventé comme chaque trans rejoue le changement de genre comme une première et unique fois. L’ASB, le Caritig et le PASTT ont été animés par des pionniers qui eux-mêmes ont hérité a des degrés divers de la socialité issue du cabaret transgenre (ici on doit beaucoup à Coccinelle), de l’entre-aide des prostituées, des acquis des associations précédentes de Marie André à Coccinelle en passant par Marie-Ange Grenier. Les trans ne viennent plus seuls au monde depuis longtemps. Ils ne naissent donc pas dans les artichauts dans les hautes terres arides ou gelées. La reconnaissance de ces acquis a participé à me construire comme trans bien avant d’autres trans et bien après beaucoup d’autres. Une dernière pensée pour les filles de l’ABC, mouvement transvesti puis transgenre peu importe. Elles ne se déclaraient pas association de « transsexuelles », elles m’ont pourtant acceptée et recueillie pour ainsi dire le temps que je sois assez forte pour aller vers ces associations naissantes, là-bas à Paris. Merci Gaby, Chantal et toutes les autres de m’avoir protégée.

Je me dis que quelqu’un en ce monde a les mêmes pour son action au Caritig et je partage sa joie comme sa nostalgie. On ne savait pas dans nos bien puérils crêpages de chignon à quel point il était déjà important tout simplement d’Exister et de mettre un pas devant l’autre.

Karine Espineira

Affiches de l’Existrans : 2010 à 2012

Anglais (traduction automatique)

Espagnol (traduction automatique)

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