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Le texte suivant est à considérer comme un billet d’humeur qui provoquera certainement quelques tensions dans mon entourage lointain et peut-être proche. Je tenais à le dissocier de textes plus impersonnels car c’est un point de vue très personnel que je tenais à exprimer dans une période que j’estime trouble, voire inquiétante. J’éprouve des difficultés à ne voir que les promesse d’un « avenir radieux » (et lequel ?) consécutif à la visibilité médiatique et à la meilleur compréhension des questions trans. Des propos entendus et certaines lectures me font craindre une nouveau backlash. Ignorer les violences serait une erreur, ignorer les critiques tout autant. Je mesure depuis des années les violences sur les trans tout en me disant que nous devons aussi nous repenser de l’intérieur et peut-être revenir à des fondamentaux tout en devant questionner ce qu’est le mouvement trans, écouter les trans racisé.e.s qui nous interpellent à juste titre, analyser le mouvements transféministe vs les adhésions sans condition au système sexe-genre, etc. Il ne faut pas occulter les questions qui font mal et qui ne sont pas à notre avantage. Il n’est pas question de « baisser la culotte » comme on nous l’a tant demandé mais de ne pas devenir invisibles à nous-mêmes en ne questionnant plus les normes nous ayant conduit à le désintégration ou à l’insurrection.


Aux camarades « pour » ou « contre » le fait que : « je » puisse exister

Camarades, militant.e.s, féministes ami.e.s ou « détractrices ». Nous sommes un certain nombre à avoir assumé avis, propos, théorisations et politisations à visage découvert en tant que trans, en tant que féministes, en tant que transféministes. Nous sommes parfois des personnes en transition pour la vie entière car éveillé.e.s au fil de nos expériences et analyses, aux méfaits du patriarcat, à ses injustices, aux tenants des rapports de pouvoir et de domination qui nous traversent toutes et tous, quels que soient nos groupes d’appartenance, de familiarité, de socialité. Autrement dit, nous ne nous sommes jamais caché.e.s derrière un pseudo pour nous engager dans la plus grande transparence et démontrer par les actes que nous pouvons dépasser les luttes pour nos propres et seuls intérêts. Nous sommes plus que vos imaginaires. Nous sommes des personnes, nous sommes engagé.e.s et nous refusons vos nationalisations.

Nous ne voulons pas l’égalité. Nous voulons bien plus que cela. Nous ne souhaitons pas un statut quo, pas plus qu’une paix négociée dont le vrai visage serait celui d’une guerre froide.  Nous voulons que le monde change et pour cela nous sommes en insurrection, seul.e.s ou en groupes, mobilisant les moyens qui sont les nôtres depuis une position située et le plus souvent subalterne. Notre révolution est d’abord une démarche intime se politisant sur un champ de bataille qui est le théâtre d’une guerre infinie envers nous-mêmes pour parvenir à être « exact.e.s » avec nous et les autres.

Je vais poursuivre en ce sens et parler en nom propre pour dire qu’en effet « je » ne suis pas un être humain et que « je » ne désire pas -ou plus- revendiquer ce statut.

J’ai été élevée en féministe par des féministes. Qui sait, peut-être qu’un hurluberlu y verrais l’origine de ma transition, conjuguant absence du père et sur-présence de femmes féministes ? A vrai dire, cela ne me gênerait pas que cela puisse être vrai parce que je m’en contrefous royalement des théories sur moi, sur ce que je serais, devrait être, suis ou ne suis pas.

En m’affranchissant de toutes les règles de définition, je dis être une somme de valeurs transmises par l’expérience de migrante, de la vie dans la cité, en baignant dans la culture ouvrière, en vivant avec déchirements la révolte adolescente avec ses puérilités et utopies, et avant tout aux contacts de féministes que je nommerais « mères ». Les seuls aspects de ma personnalité dont je puisse être fière, c’est à elles que je les dois. Puis viennent les lectures, celles qui empêchent de tourner en rond, qui obligent à revoir son cahier des charges existentiel. Devenir « une somme » de « choses », c’est aussi être en mouvement perpétuel dans un cheminement où les mauvais choix semblent parfois construire les bons.

Est-ce que je suis une « vraie » femme ? Question qui n’est pas sans rappeler d’autres questionnements sur l’âme des colonisé.e.s  en des temps passés et qui ont la fâcheuse tendance à se répéter aujourd’hui. Alors, une âme ou pas ? Si le verdict et si la balance penchent vers le négatif, nous ne faisons plus partie de l’humanité. C’est dit et acté. La sentence est aussi rétroactive puisque c’est le pouvoir qui écrit l’histoire.

Soit.

Alors, qu’est ce « je » peux/peut bien être ?

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Je connais l’argument massue d’être née « mâle » ou la condamnation sans appel d’avoir bénéficié du privilège quasi divin d’avoir été en élevée au « masculin ». Nier la réalité des privilèges serait la pire des erreurs, mais accepter que l’on n’interroge pas l’ensemble des réalités « implémentées » serait une autre erreur. Qu’est ce privilège ? Quels en sont les contours et les expressions ? Est-il comme un processus bien réglé, une sorte d‘intelligence artificielle suprême ou une œuvre magique de la nature appliquant équations sur équations, alchimie sur alchimie pour parvenir à des résultats incontestables : la chair dicterait le devenir, la vie émotionnelle, la sociabilité, l’affection, l’amour, la sexualité, etc. L’idée serait celle d’une programmation impiratable. Où sont nos choix et nos devenirs dans ce cas ? Où placer notre libre-arbitre, l’être ou ne pas l’être, dans ce schéma ?

Les enfants dont on voit-constate-présume que le genre est « défaillant » bénéficient-ils-elles des privilèges de l’éducation auquel « leur sexe » peut/doit « prétendre » ? Il me semble que de nombreuses personnes lesbiennes et gays pourraient nous en dire long sur leur éducation « en fille » et « en garçon » destiné.e.s à alimenter et reproduire la société hétérosexuelle. Ils-elles pourraient se confier sur la façon dont elles-ils ont vécu ce privilège ou cette absence de privilège, qu’il faudra un jour parvenir à nommer « une malédiction » dans les deux cas.

Qui peut prétendre qu’un.e enfant ne puissent pas lire et détecter ces privilèges et ce vers quoi ils conduisent et y opposer du refus ? Qu’ils-elles soient programmé.e.s pour se complaire dans des statuts de puissants ou de subalternes ?  Le pouvoir ne peut-il se refuser ? Ne peut-on pas se rebeller contre l’injustice ? On ne pourrait pas se déconstruire pour se reconstruire autrement ? Ne nous resterait-il plus que le suicide selon nos classes de genre puisque tout serait déjà écrit ? Et nous, personnes trans, dans ce champ de bataille, qu’est Le Genre, où sommes-nous dans vos relations ?

Maman, papa, familles et ami.e.s des parents, que nous soyons filles ou garçons trans, croyez-vous sérieusement que vos éducations « en fille » ou «  en garçon » nous aient apporté que du bonheur ? Pensez-vous qu’elles soient impiratables ? Nous avons dû hacker le système, donner le change parfois mais nous n’avons jamais accepté le programme qu’il nous faut parfois des décennies à virer de nos systèmes d’exploitation. Nous les écrivons sans vous, jour après jour, expérience après expérience, bonheur après bonheur, violence après-violence… Nous produisons des bugs, mais pas plus vous. Et les nôtres ne sont pas pires que les vôtres.

Est-ce une nouvelle fois aux personnes trans, auxquelles on demande d’être plus normales que les normaux, d’être plus « femmes » et « hommes » que les « hommes » et les « femmes », auxquelles on demande d’être à la fois et de façon homogène dans le carré de tête des rebellions, de démontrer qu’elles sont bien ce qu’ils-elles disent être tout en étant des révolutionnaires sans reproches à la marge de vos mondes ?

Camarades, durant mon inscription universitaire, j’ai beaucoup travaillé, à ma façon, sur nos savoirs tout en essayant de me placer aux entrecroisements de vos mondes. J’ai eu la chance de développer des travaux, d’engager des traductions tout en rapportant ce que j’ai appris. J’ai dû composer avec quelques injustices épistémiques mais probablement pas plus que de nombreuses autres chercheur.e.s sur des sujets dits marginaux ou arborant des identités « improbables » selon de  nombreux critères dont le premier d’entre eux réside parfois et déjà dans le fait d’être une femme.

J’ai trouvé de nombreux accueils et abris en tant que chercheure trans et féministe grâce à des chercheuses féministes, mais pas que, il faut le souligner aussi. Ces espaces m’ont donné des forces durant un temps et ont dopé mes programmes dont celui de faire de la recherche. Au Congrès international des recherches féministes dans la francophonie qui vient de s’achever, il a été question de travail gratuit concernant les savoirs trans aussi bien par des intervenantes de contextes québécois, italien, que français. J’ai enfin trouvé le courage de dire ma situation au risque de compliquer davantage ma place dans des contextes universitaires.

Quel est ce travail gratuit ? Depuis onze ans, il comprend : deux articles minimum par an dans des revues universitaires (en France, aux États-Unis, Canada, Québec) ; une douzaine de communications (séminaires, journée d’études, conférences, colloques nationaux et internationaux en Espagne, en Belgique, en Suisse, au Japon, en Argentine, au Québec, à Cuba…) ; des suivis officiels d’étudiant.e.s trans et non-trans (codirections et direction de mémoires, jury) ; des suivis non officiels ou des sollicitations d’étudiant.e.s du master à la thèse de doctorat (relectures, conseils méthodologiques, entretiens, etc.) ; des publications autres pour étoffer le CV comme pour diffuser des savoirs trans et participer aux études trans (à ne pas confondre avec études sur les trans) comme des ouvrages en nom propre et des coordinations d’ouvrages collectifs. Un travail à plein temps à minima. Dans ce contexte, comment ne pas penser au dispositif de L’Institut Émilie Châtelet qui m’a permis durant 18 mois de percevoir un salaire pour ma recherche ? De gagner ma vie autrement dit tout en faisant une activité qui me passionne. Comment ne pas songer aux chercheur.e.s qui ont m’ont reçu amicalement intéressé.e.s par mes recherches et ma voix ? Je vous remercie très sincèrement dans le fil de ce long billet d’humeur.

La situation de travail gratuit cohabite avec une autre situation qu’il convient de poser au débat. Régulièrement on m’interroge sur le fait que des non-trans n’osent plus s’engager sur des sujets trans en tout ou partie. Les réponses sont à peu près toujours les mêmes et tiennent à la déontologie, voire l’éthique, comme à la dimension politique de la production et la diffusion de savoirs.

Dans les études trans(genres), nous passons du statut d’objets de savoirs à celui de sujets de savoirs et cela ne se fait pas sans tension et sans enjeu. Les savoirs ne bénéficient pas de la même reconnaissance et les étudiant.e.s qui me rencontrent savent à quel point je suis tatillonne sur la présence d’auteur.e.s trans (anglophones, francophones, hispanophones) dans leurs bibliographies, sur le fait d’aller voir les associations comme de valoriser les références militantes dans une recherche en terrain militant.

Une autre dimension est assez difficile à illustrer sans passer par des lieux communs ou devoir passer par des pages d’explications. J’illustrerais par une question plus ou moins triviale : que penser si les seules références valorisées dans les études féministes étaient celles d’hommes ? C’est pourtant avec cela que doivent composer les savoirs trans qui sont toujours situés.

Personnellement, je ne connais pas un.e seul.e étudiant.e trans visible dans l’université (francophone notamment) qui ne rencontre pas des difficultés en raison de son sujet et/ou de son identité. Pourtant, certains laboratoires et certaines universités tentent clairement d’améliorer cet état de fait. Où est le problème ou plus précisément quelles sont les difficultés dans les non-dits et les non-vus ?

Puisqu’il est question du CIRFF2018, auquel nous avons eu la chance de participer avec un colloque, un atelier et un débat. C’était une chance d’avoir des alliées et notre présence était importante du point de vue de la pensée (trans)féministe. Pour autant, cela n’efface pas tout. Personnellement, je me suis faite « toiser » par deux féministes en raison de mes tensions avec un « John Doe ».

Il y a eu aussi d’autres retours comme celles des discussions en coulisses qui ne se bornaient pas seulement au débat pour savoir si les femmes trans sont des vraies femmes, comme on se demanderait si nous sommes des êtres humains. Avec certains retours, avec certains discours, je me disais que j’avais une chance folle d’être trans dans une enveloppe humaine car si j’avais été un chiot ou un chaton, on m’aurait évacuée par la cuvette des toilettes en tirant la chasse d’eau sans se retourner.

Ressentir à la fois les avancées avec les jeunes trans, leur qualité de réflexion et d’engagement tout en ayant le sentiment de revenir 30 ans en arrière avec certains écrits féministes récents et avec les mentalités sur la base de caricatures, me positionne entre optimisme (les jeunes trans) et effroi (certains écrits antitrans). L’action d’un groupe ou d’une personne trans -dont même en tant que trans, je ne validerais ni les propos ni les actions si elles touchent au droits des femmes, des inters, des racisé.e.s, des migrant.e.s, des non-binaires, etc.*- fait généralisation et loi contre l’ensemble des trans.

On critique le genre ou des études de genre, et hop c’est la faute des trans. Comme si les rapports sociaux de sexe avaient attendus les trans pour exister ! Comme si nous n’étions pas concerné.e.s par le sexisme et conscient.e.s de ces réalités ! Comme si n’étions pas concerné.e.s par la division sexuelle du travail, etc. ? Si un groupe de « crétin.e.s » trans s’engage dans des imbécilités, et hop c’est l’ensemble du mouvement trans qui est contre les femmes ou qui ne respecte pas le corps des femmes, la culture et la sexualité lesbienne… Faut-il rappeler qu’il n’est nul besoin d’avoir un genre assigné ou revendiqué pour savoir prendre du recul ? Nous ne voulons pas être des victimes ni des tortionnaires, ni endosser le rôle de bouc-émissaire sur des débats qui vont bien au-delà des personnes trans mais qui concernent ce monde que nous détruisons de plus en vite.

Maud-Yeuse Thomas a eu récemment une formule sur certains glissements ou dérapages : « désormais l’ennemi principal c’est nous », et non pas le patriarcat et ses effets sur tou.te.s. A tel point que des féministes se retrouvent parfois en alliance ou sans le savoir aux côtés de masculinistes plus ou moins masqués. Pour autant, dois-je impliquer l’ensemble des camarades féministes ? La réponse est non bien entendu et d’autant plus que le féminisme radical particulièrement ne doit surtout pas être réduit aux féministes antitrans.

Arrêtez de fantasmer nos corps et sensibilités.

Transféministement,

Karine

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* Après-coup, et échanges sur les réseaux sociaux, je réalise que des personnes peuvent se sentir exclues de cette énumération. Nul.le n’est oublié.e volontairement, c’est que la phrase  deviendrait infinie tant la liste est longue… Ce fait à lui seul dit le problème que nos sociétés posent à une multitude de personnes. Je songe à chaque lettre de LGBTIQ+, aux personnes qui entrecroisent ces lettres dans leur vie au quotidien, aux précaires, aux subalternes de nos sociétés de surconsommation, les esclaves domestiques, aux TDS, aux prostitué.e.s, et j’en oublie beaucoup d’autres…  Je précise que j’utilise TDS et prostitution car je reconnais le travail du sexe pour avoir lu et écouté la parole des concerné.e.s dont certain.e.s sont des proches, comme je reconnais les situations de prostitution et la traite d’êtres humain.

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Yves Chevalier (à gauche), Eric Maigret (de face), Laurence Herault (de dos). (Marie-Joseph Bertini, Françoise Bernard et Marlène Coulomb-Gully étaient aussi membres du jury)
Photo : ©Amandine Suner

Je diffuse ici ce qui a été ma présentation de thèse sous sous forme rédigée. Présentation à l’attention du jury et ouverture de cette soutenance de thèse de doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication qui a duré quatre heures, le lundi 26 novembre dans la salle du Conseil (Université de Nice – Sophia Antipolis).

 

La construction médiatique des transidentités : un modélisation sociale et médiaculturelle

Je n’étais pas seule durant la recherche dont je vais vous présenter les tendances et résultats sous forme d’un méta récit de la construction de ce travail. Récit parfois chronologique, parfois personnel quand nécessaire. Je voudrais remercier chacun des membres du jury pour des soutiens directs comme avec Laurence Hérault, Françoise Bernard, et Marie-Joseph Bertini qui m’ont respectivement dirigée en séminaire, en master et en thèse de doctorat. Marlène Coulomb, Yves Chevalier et Éric Maigret pour leurs travaux respectifs qui m’ont grandement inspirée on va le voir. Acteurs et actrices du développement des études de Genre, des études culturelles, et de leur implémentation dans les Sciences de l’Information et de la Communication et de nombreuses autres disciplines, vous avez permis, encouragé et soutenu l’émergence de travaux tels que celui que je vous propose aujourd’hui. Un tel travail était encore impensable il y a dix ans, il ne faut pas craindre de le dire pour prendre la mesure des chemins parcourus.

Je remercie aussi le laboratoire I3M de m’accueillir tout comme je remercie l’Inathèque de Marseille. Je n’oublierais pas le terrain transidentitaire : collectifs, associations et personnes que je ne peux toutes citer. Enfin, comment ne pas avoir des pensées bienveillantes et amicales pour ce public ici présent. Amies doctorants et doctorantes, amiEs  de la vie, amiEs de destin, amiEs tout court merci de m’avoir entourée.

 [Objet, inscription dans le champ de recherche, plan]

Cette recherche, inscrite au sein des Sciences de l’Information et de la Communication, porte son attention sur les formes de la construction médiatique des transidentités à la lumière des études de Genre et des études culturelles. Nous avons travaillé sur les représentations et cherché des modélisations à la fois sociales et culturelles dans un premier temps, sociales et médiaculturelles ai-je reformulé en cours de route. Je m’en expliquerais.

Pour Marie-Joseph Bertini, le Genre est le premier principe d’organisation sociale et communicationnelle, il devait rejoindre les nombreux programmes de recherches en SIC qui ont pensé le corps et la technique, les sons et les images, les signes et les symboles. C’est dans cette perspective et cette optique que j’ai souhaité inscrire ma recherche en SIC.

Un état des lieux du terrain a considéré et croisé des données scientifiques datant parfois du siècle dernier, tout comme la politisation récente et contemporaine d’un terrain complexe traversé de courants parfois antinomiques. Un terrain communiquant et culturel depuis peu abordé par la sociologie et l’Anthropologie sous l’angle de l’analyse de la construction de groupes sociaux, de l’entourage familial ou encore sous l’angle de la parenté.

Autre temps de la recherche, définir terrain, corpus et méthodologie. Pourquoi les archives de l’INA ? Comment constituer un corpus « hors norme » qui ne puisse être qualifié de « cousu main », donc pliable et corvéable ? Énoncé et description d’un corpus devenu monstrueux, indépassable par sa taille et les nombreuses difficultés d’approches auquel il a donné lieu. Il a fallu innover, motiver et œuvrer. Confrontation et premiers croisements avec nos hypothèses issues d’une problématique, genèse de cette recherche que je vais développer.

Le troisième temps est celui de l’analyse des données recueillies grâce au corpus au regard de l’évolution du terrain. La transidentité est une médiaculture. Pour reprendre l’idée d’Edgar Morin développée par les études culturelles, j’énonce : la transidentité, loin d’être la culture de tous est désormais connue de tous. Mais quelle est cette connaissance ? Quels sont les grands temps de la médiatisation des trans, les grandes figures culturelles et médiatiques ? Le travail de recherche a débuté et a relevé les premières tendances.

[Genèse]

Les prémisses de cette thèse ou sa genèse prennent place dans l’espace transidentitaire des premières associations trans à Paris. Outre des permanences en semaine, chaque association avait sa réunion mensuelle. Ce qui est intéressant ici c’est les efforts déployés pour se rencontrer. Pas d’internet tout public rappelons-nous. Si l’on peut dire des personnes cassaient leur tirelire pour monter à Paris, rencontrer l’espace de quelques heures des personnes qui leur ressemble, d’autres personnes comme elles-mêmes. Il se créait une véritable « cour des miracles » au sens poétique de l’expression si je puis me permettre et les personnes parlaient beaucoup de leur image dans les médias.

La représentation médiatique était comme une croix supplémentaire à porter. Il y avait les difficultés du « vivre trans » dans l’espace public mais les personnes à travers leurs constats posaient la question de l’espace médiatique, avec d’autres termes, soulevaient l’idée d’une l’oppression de la représentation. Celle-ci « n’arrangeait pas les choses ».

Il faut bien avoir  à l’esprit que 1995-1996 c’est hier, mais qu’il existait peu d’espaces d’expression d’une socialité dite trans qui a commencé à exister dans les relations permises par l’émergence du tissu associatif. Les questions ont été nombreuses alors : une représentation erronée, déficit de reconnaissance, conséquence sur le réel ? Il m’a fallu travailler. A cet époque, avec l’association le Zoo de Marie-Hélène Bourcier, je me familiarise avec les épistémologies féministes et les Transgender Studies anglo-saxonnes, des noms émergent : Wittig, Butler, Califia, Feinberg, Bornstein entre autres.

C’est dix ans plus tard, lors de ma reprise d’étude en 2006 que « les choses ont prit sens » comme l’exprime si bien cette simple expression courante.  Dans mon travail de mémoire de Master 2 sous la direction de Françoise Bernard, je rencontre symboliquement Castoriadis, Garfinkel et Latour, la pluralité méthodologique et l’interdisciplinarité. En 2008, j’ai publie l’essai « La transidentité de l’espace public à l’espace médiatique » encouragée par Bruno Pequignot le directeur de collection. Son approche me changeait des expressions : « sujet original mais on ne sait pas en quoi faire » ou « écrivez donc une autobiographie ». La publication de cet essai m’a cependant asséchée.

2008 c’est aussi ma première année de doctorat qui a été comme une page blanche, comme si rien ne pouvait plus être écrit sur le sujet choisi.  La définition du terrain ne posait aucune difficulté comme la problématique d’ailleurs. Impossible d’en dire autant pour la partie espace médiatique et la méthodologie. Je voulais « quelque chose » d’ambitieux d’inédit, et pour tout dire je cherchais l’excellence. C’est le « cours de la vie » qui va en partie faire avancer le travail de recherche. Lectures et rencontres. J’avance dans les lectures avec les auteurs inscrits dans les Cultural Studies, les études de Genre et leur implémentation en SIC, aux côtés des écrits de Bertini, figurent les noms de Coulomb-Gully Dorlin, Haraway, Delphy, Steinberg, Nenghe Mensah, Maigret, Chevalier, Glevarec, Lochard, Hall, Macé et bien d’autres. Le sentiment global est d’avoir affaire à de nombreux courants qui convergent et j’attend de travailler sur les nombreux points d’intersection qui se dessinent dans mon esprit.

2009 va être un tournant, alors que je peine à former un corpus j’apprends qu’il existe une Inathèque à moins d’un kilomètre de mon domicile. J’ai les mots clés, l’outil de recherche et l’outil de visionnage. Exit les soucis de voyages et d’hébergements à Paris : je peux me lancer véritablement.

Dans le même temps, à l’occasion des rencontres cinématographiques de l’association Tapages à Bergerac sur la thématique du Genre, je rencontre « en vrai » l’un des auteurs de l’anthologie  des Cultural Studies. Il s’agit d’Éric Macé dont je reprends à mon compte l’Imaginaire médiatique et dont je travaille l’articulation avec l’imaginaire social.

 Je m’éloigne de l’école de Francfort très présente dans mon essai de  2008. Je ne renie pas totalement Bourdieu, mais il ne fait plus aucun doute que telle une antithèse salutaire, l’approche postcritique, compréhensive va ouvrir de nouvelles grilles d’interprétations et de compréhension.

Sans les concepts de Médiaculture, d’Imaginaire social et d’Imaginaire médiatique, cette thèse n’aurait pas trouvé ses développements. Plus avant dans ce que l’on pourrait appeler des frappes chirurgicales « pacifiques », les travaux d’Yves Chevalier vont libérer l’importante question de l’expertise, épineuse jusqu’à lors. L’approche anthropologique de Laurence Hérault va me permettre ainsi de porter mon regard à l’entourage et ne pas exclusivement me centrer sur la personne trans, j’ai aussi à l’esprit tel un leitmotiv l’écologie des milieux chère à Daniel Bougnoux et l’approche médiologique telle qu’il la définit.

Je vous cite car il n’y a pas de hasard à ce que j’appelle des rencontres avec des savoirs. Ceux-ci ne sont pas que le fruit de nos recherches, les idées viennent aussi à notre rencontre et la force conceptuelle de certains de ces savoirs ne peut être ignorée. Les idées nous « plient » autant que nous les plions, à défaut de lutter au risque de la rupture, il faut alors songer à articuler. La rencontre avec des écrits, des développements et des approches innovantes font donc fondation.

Tels des intuitions, telles des déductions, je suis affectée par les travaux cités ou imprégnée symboliquement pour l’énoncer autrement. J’ai choisi de suivre ces voies au sens de parcours, et ces voix au sens de pensées. Autre exemple bien personnel du cheminement de la pensée : Avoir vécu le fait transidentitaire c’est avoir appris l’institution de la différence des sexes. C’est une « intuition » que l’on peut éprouver dès le début d’une transition, mais que l’on peut mettre près de  20 ans à inscrire comme connaissance.

Dans l’état des lieux, j’ai opté pour un croisement des données que j’estime inédit : une histoire intime du terrain en quelque sorte et un regard compréhensif comme critique envers la psychiatrie et ses définitions. Ici j’ai choisi de travailler aussi bien la pensée de Castel, de Chiland ou de Mercader contrairement à tout ce que j’avais pu réaliser comme études auparavant où je me centrais uniquement sur la dénonciation produite par le terrain. La question de la dépsychiatrisation par exemple, j’ai choisi de l’illustrer et de l’expliquer par les échanges « médiatiques » et non pas par leurs développements dans des colloques ou des articles par exemple. La dimension publique de ce qui s’apparente à sorte de guérilla médiatique ou d’échanges  par médias interposées me semblait très éclairantes sur la technicité du terrain plus que ses espoirs. Il s’agit aussi du récit d’un bras de fer apparenté à la coexistence pacifique décrivant rien de moins qu’un climat de guerre froide.

J’ai choisi de travailler sur le terrain français bien que je sois aussi familiarisée avec d’autres contextes estimant le cas français comme exemplaire dans la formation de ce que j’ai appelé le bouclier thérapeutique. Le corpus ou le croisement des données de l’état des lieux ont toutefois permis des incursions hors des frontières hexagonales.

[Choix de la télévision parmi tous les autres médias possibles.)

La télévision surtout parce qu’elle réunit des Genres hétérogènes et innombrables : fiction, divertissement, cinéma, documentaire ou encore actualité dans ces rapports que l’on sait complexes entre sons et images mais aussi entre imaginaire et réel.

La télévision et pas la radio, la télévision et non pas l’internet ou la presse. La télévision parce qu’elle m’a fasciné depuis le jour où j’assistais au bombardement en direct du palais de la Moneda au Chili le 11 septembre  1973, images doublée du sifflement des avions dans le ciel et des explosions au loin, la bande son du réel et non celle du poste. Laquelle des deux réalités devait faire foi ? Omniprésence réelle ou imaginée ? Je ne parle même pas des réécritures et rationalisations a posteriori.

Je pourrais réécrire cette histoire et donner autant de versions que de tentatives de compréhensions. Une question cependant : la télévision a-t-elle permis de relier deux réalité, a-t-elle embrouillé ou au contraire rendu des faits intelligibles ?

Je peux illustrer le propos autrement. Avec un champ de bataille décrit par Stendhal dans la Chartreuse de Parme rompant avec la tradition descriptive de la littérature. Là où il y avait de la « télévision » littéraire avec des plans larges sur les espaces montrant les mouvements des armées adverses, Fabrice del Dongo est plongée au cœur de la tourmente, comme si on le suivait la caméra à l’épaule. Nous nous prenons les pieds dans des trous, les balles sifflent à nos oreilles, nous cherchons du regard à traverser la brume et la fumée pour deviner si les ombres sont amies ou ennemies.

Au cinéma on pourrait l’illustrer avec  « Il faut sauver le soldat Ryan » de Spielberg ou  « La ligne rouge » de Terrence Malik. Pour compliquer ou extrapoler un peu plus cette idée d’un réel contenu comme imaginé, je songe encore au Mythe de la caverne de Platon, à ces esclaves qui n’ont jamais vu le jour et l’extérieur. Ils voient au fond de la grotte des ombres étranges. En réalité, il s’agit d’une procession religieuse mais ils ne peuvent pas le savoir. Les formes leur laisse donc imaginer des êtres monstrueux.

Le fond de la grotte est-il comme écran de télévision déformant ? Ou bien la donne changerait-elle si l’on introduisait un écran de télévision pour montrer ce qu’est le réel auquel leur condition ne leur permet pas d’accéder, et par là-même permettant aux prisonniers de contenir ou de guider leur imaginaire, individuellement et collectivement ? Nous sommes au cœur de l’articulation d’un monde réel et d’un monde interprété. Pour la petite histoire, l’un des esclaves verra « l’extérieur » de la grotte et rapportera aux autres ce qu’il a vu là-dehors tel un traducteur, un médiateur, un journaliste ou un reporter avant l’heure oserais-je même dire.

Avec la télévision en particulier imaginaire et réel sont des frères siamois. Me vient à l’esprit l’image des frères siamois considérée par Jonathan Ned Katz. Il voit l’hétérosexuel et l’homosexuel en public comme des siamois. L’un serait le bien, l’autre le mal liés par une symbiose inaltérable. Cette dernière figure n’est pas sans nous rappeler le symbole du Ying et du Yang. Mais ici on ne va pas se placer dans une approche de l’antagonisme. Je vais donc laisser la notion de réel de côté et ne considérer que des  imaginaires : l’un social et l’autre médiatique, à considérer comme cosubstantiels.


[Comment décrire cette convergence ?]

Pour décrire la convergence des imaginaires, je m’appuie sur Éric Maigret pour décrire cette articulation (je cite) « articulation qui ne croit pas à la dissociation entre un monde réel et un monde interprété – ce qui ne signifie pas que  le réel n’existe pas » (2005). La notion se veut un élargissement épistémologique.

Pour décrire notre travail, paraphrasons Macé pour lequel le rôle du sociologue consiste alors à  « montrer une dynamique conflictuelle des médiations sociales et culturelles là où ne semble régner que la domination, le pouvoir ou le marché » (2006). Pour la chercheure en sciences de l’information et de la communication, il s’agira d’établir ici la part de l’imaginaires social et de l’imaginaire médiatique, de mesurer les degrés de convergence vers des représentations produites tant par la société instituée/instituante (la culture héritée) que par la « culture de masse », l’industrie culturelle et l’appareil culturel. On arrive au monde quelque part, on est introduit au monde social avec un héritage social (culture, langue, environnement sociocognitif,  etc.) et avec la télévision ou encore l’Internet, un second héritage pointe. Celui-ci est peut être plus mobile que figé, plus hétérogène qu’homogène, cacophonique et polyphonique, où liberté et ordre semblent coexister. Devient-on le même citoyen, le même individu ou la même personne dans un monde hiérarchisé et pyramidal (mais rassurant) que dans un univers de représentations infinies (peut-être plus inquiétant et « paniquant » au premier abord) mais sur un mode moins agencé et plus hétérogène ?

Deux lectures possibles :

1- Le conflit comme principe d’organisation des sphères publique et médiatique.

2- L’analyse en terme de convergence.

Si je semble avoir opté pour l’analyse en terme de convergence pour ces imaginaires, je n’écarte pas pour autant le conflit comme principe d’organisation.

Là où Macé considère la sphère publique politique et médiatique comme un objet formant une arène et une scène de conflits de définitions, on pourrait voir plusieurs réalités : sphère publique politique et sphère médiatique politique, s’englobant mais sans rapport hiérarchique, pour former ce que nous pourrions appeler une sphère dialectique, scène des conflits de définitions et de représentations. Par conséquent, nous serions tenté d’articuler deux types d’imaginaires désormais imbriqués : le social et le médiatique. Tels des frères siamois on l’a dit, profondément enchevêtrés on ne saurait les séparer. Où commence l’un et finit l’autre ? S’agit-il d’une nouvelle institution imaginaire de la société ? Cette institution-là serait aussi médiatique.

Je propose à mon tour de parler de modélisation médiaculturelle pour décrire la figure culturelle transidentitaire au sein des médias. Les trans sont des objets de la culture de la « culture populaire », de la « culture de masse ». Comment les imagine-t-on les personnes trans ? J’aime donner un exemple certes réducteur à certains égards mais parlant. Combien d’entre nous ont déjà rencontré des papous de Nouvelle Guinée, des chamans d’Amazonie ? Peu, on s’en doute. Pourtant, pour la majorité d’entre nous ils sont « connus ». Nous en avons une représentation mentale, dans certains cas : une connaissance. De quelle nature est cette modélisation ? Sommes-nous en mesure d’expliciter plus avant ? Cette représentation et cette connaissance sont-elles issues d‘écrits de voyageurs ou plus ou moins romancés, d’études et d’observations d’explorateurs plus ou moins scientifiques, plus ou moins occidentaux  et occidentalisant, culture coloniale ou post-coloniale ? Connaissance sur la base de croquis, de reproductions, de bandes dessinées, de photographies, de dessins animés, de films, de documentaires, de reportages ? Comment trier ? Il n’y a pas une seule représentation qui puisse se targuer d’une autonomie totale face à l’industrie culturelle médiatique. Cette grande « marmite » que je vous donne à imaginer confronte et mélange nos imaginaires.

Ma recherche démontre que si l’institué « transsexualité » est une forme de représentation hégémonique en télévision, l’institué « transgenre » voit sa représentation émerger avec des documentaires comme L’Ordre des motsFille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre, Diagnosing difference, Nous n’irons plus au bois, entre autres productions depuis 2007-2008.  On peut noter le rôle des télévisions locales à ce sujet. Les France 3 Régions par exemple ou les chaines du câble, couvrent ces représentations avec plus d’intérêt et d’application. Le travail d’associations et de collectifs sur le terrain se mesure ainsi, même si la télévision demeure encore très maladroite en se « croyant » obligée de faire intervenir une parole « experte » dont elle pourrait pourtant aisément se passer si les journalistes démontraient plus de confiance en leurs interlocuteurs, et peut-être en se questionnant plus franchement sur ce que les trans produisent comme « effets identitaires » sur eux et l’ensemble de la société. Par exemple, notons « Transidanto », film réalisé par quatre étudiant en Anthropologie visuelle de l’Université de Barcelone.  Lors du générique de fin, ce sont les sujets trans qui opèrent le retournement, ici Miguel Misse et Pol Grego disent en chanson quel étudiant s’est converti à la Queer Theory, quel autre a été séduit par untel, etc.

La motivation des documentaristes change particulièrement la donne : soit ils veulent du « sexe », avec des récits d’opérations plus ou moins réussis reproduisant au passage avec un ou deux nouvelles figures médiatiques le énième documentaire sur les trans, ou bien ils peuvent se mettre en danger intimement et professionnellement en donnant la parole à ces trans qui dénoncent l’ordre des Genres, d’inspiration féministes, qui souhaitent proposer de nouvelles formes de masculinités et de féminités croisées et non oppositionnelles, et ne pas venir renforcer l’ordre symbolique de la différence des sexes. J’ai une approche spécifique, une sorte de mixage, une association entre Foucault et Castoriadis pour décrire le phénomène : tous les trans ne veulent pas être des sujets dociles et utiles à une société qui fait de la différence (de genre, d’ethnie, de confession, d’orientation affective et sexuelle, de classe, etc.) une inégalité instituée et instituante. C’est ce qu’une grande partie du terrain exprime bel et bien.

On voit donc que la télévision aborde l’institué « transsexe » (la représentation dominante) au détriment  de l’institué « transgenre » (encore minoritaire), auquel est accordée cependant une représentation tardive et confidentielle. On pourrait donc parler d’une modélisation plus ou moins souple, entretenant une forte adéquation avec l’ordre social et historique (ici celui du Genre au sens de « rapports sociaux de sexes »), en faisant place à une certaine perturbation (le « trouble » dans le genre et j’ajoute « à l’ordre public »). Ce trouble « contenu » peut ainsi mettre en valeur la représentation dominante. Voilà qui semble bien convenir si on ne précisait pas que l’institué transgenre est tout sauf minoritaire et confidentiel sur le terrain. Il est même très largement majoritaire dans le monde associatif et les collectifs visibles, observables.

[Limites et perspectives]

Les limites et perspectives sont nombreuses. A commencer par le corpus qui est incommensurable. Si on doit dire qu’il s’agit de la maitriser, alors il sera dit qu’il faudrait encore cinq années de travail sur lui, sans compter la prise en compte des dernières productions. Mais l’essentiel a été de le poser en d’en débuter le balisage.

Un aperçu. Le cabaret de Michou, par exemple, il éclaire la figure du travesti par « défaut » ou « spontané », autant artiste que Pierrot lunaire, autant stigmatisé qu’adulé.

Le figure de Michou, de son cabaret et de ses artistes forment l’une des  références fréquentes de la représentation du sujet à la télévision : travesti/ spectacle/cabaret. Ce seul constat conduit à un autre constat : une étude spécifique est nécessaire. Son cas n’infirme pas les tendances relevées dans l’évolution globale de ma recherche, mais il ne les confirme pas non plus. C’est une autre piste qui s’ouvre et qui mériterait des éclairages spécifiques à la lumière des travaux de Namaste ou de Meyerowitz.

Mais la prédominance d’un thème sur les autres se joue à la façon de classer, si je maintiens ma classification de l’information et du débat en fonction d’une approche diachronique du sujet (faits divers, faits de société égalité des droits), alors c’est le divertissement qui prédomine si je fais la somme des catégories liées au cabaret et à Michou. Si j’en reviens à une catégorie de genre strict  information, débats et magazines prédominent alors.

Se dessine le fait de culture, le fait de société dans sa forme la plus étendue. La classification doit être justifiée car elle devient subjective mais sans cet appel raisonné et contrôlé à la déduction et l’interprétation, les grands thèmes n’auraient pu être dégagés.

J’ai opté pour la méthode la plus risquée. Mais le risque est calculé si je puis dire puisque l’état des lieux du terrain et le croisement des données entre terrain et corpus m’ont grandement guidé. Je disais le fait trans est connu de tous. De même le fait du bois de Boulogne ou du cabaret transgenre est aussi connu de toutes les personnes trans, mais ce n’est pas la culture de tous les trans. Nous observons que des trans se défendent dans les médias de l’assimilation à la prostitution ou le cabaret. Ils disent aussi ce qu’ils croient être l’image, ou l’archétype le plus partagé. Le modèle est reproduit en interne et des groupes trans refusent de cohabiter avec des personnes en situation de prostitution ou du monde du spectacle. Ce faisant, en intra communautaire et dans les diverses culture trans, se dessinent alors d’autres résistances à des images et archétypes produit cette fois-ci en interne. Je parle de résistances voulant défaire des stigmatisations produites en interne sous l’effet de pressions externes. Nous sommes bien dans un processus de modélisation qui joue à tous les niveaux.

La figure du travesti est ici évocatrice, elle a fonction de bouc émissaire sur le critère du genre. Je donne souvent l’exemple du travesti chez les trans qui serait une fausse trans et dans la majorité des cas une fausse identification de genre féminine. Dans le cas des lesbiennes c’est la figure de la « butch » et de « la camionneuse » qui décrivent une lesbienne pouvant être suspectée de vouloir transitionner vers l’état d’homme. Chez les gays, c’est la figure de la « folle », « l’homosexuel efféminé » dit l’expression courante dont l’homosexualité est elle-même soumise à caution, puisqu’il serait plus proche de la femme que de l’homme homosexuel.  Chez les cisgenres hétérosexuels, le reste de la population on va dire, ce sont la figure du garçon ou de la fille manqué-e comme donnent aperçu respectivement les films « Ma vie en rose » d’Alain Berliner ou « Tom Boy » de Céline Sciamma.

Le travesti est généralement une figure négative du contexte de la morale sociale et religieuse, le contexte médico-légal propre au XXème siècle permet désormais de dissimuler le point commun de toutes ces figures que je vous propose : le franchissement de Genre et sa sanction dan une société donnée.

Remarquons dans le corpus que les descripteurs « transsexuel », « transsexualisme » et « transsexualité » ne sont jamais appliqué par défaut ou spontanément. Les matériaux qu’ils pointent narrent des questions « transsexuelles ». En revanche le descripteur travesti vient pourtant souvent décrire des situation de « changement de sexe » pour utiliser cette expression qui ne laisse aucun doute dans le langage sur le situation « transsexuelle ».

Autre perspective avec le Sport : les sujets sur la transsexualité dans le sport émergent avec le cas du skieur Erik Schinegger fortement médiatisé en 1992. Médiatisation doublé d’une autre : les tests de féminités qui vont donner des sujets plus hasardeux et mal commentés les uns que les autres pour ne retenir que les confusions entre intersexualité et transsexualité. Si les experts généticiens soulignent le danger de classer hommes et femmes en fonction de leurs gènes, la publicité teintée de suspicion donnée aux cas d’intersexualité de Caster Semenya par exemple interroge. Le cas d’Erik Schinegger sera évoqué aux actualités, dans des émissions de variété où il est invité, dans des magazines sportifs etc. Il aurait pu être pertinent de créer une catégorie spécifique comme grand temps de la médiatisation  comme j’ai pu le faire avec le bois de Boulogne. De même, les tests de féminité souvent évoqués, sont souvent illustrés avec le cas Schinegger, et liés autant à la transsexualité qu’aux notions de tricherie et de tromperie.

  Le simple énoncé de ces possibilités explique pourquoi je qualifie mon corpus de « corpus pour la vie ».

Autre limite, le focus national. Je ne suis pas en mesure de dire si le cas français est transposable en l’état. On sait que la structure de l’INA  a inspiré d’autres états européens ou encore la National Archives and Records Administration aux États-Unis. Ce qui pourrait laisser présager que des corpus à l’égal du mien puissent être formés sur la base des données de la culture donnée.

Imaginons une telle étude en Argentine, le mot-clé « travesti » ne pourra pas faire l’objet de la même approche. Là où le cas français ne propose qu’un T, voir deux dans certains cas, l’Argentine et presque l’ensemble du continent américain jusqu’au Québec, va comprendre en trois T (accolant le T de travesti au T de transsexuel et de transgenre). La modélisation, on le voit n’a pas de prétention à l’universalité.

Pourrait-on parler d’un comparatisme possible entre médiacultures ? Cette question en pose une autre en préalable dont je reprends la formulation par Laurence Hérault, celle du comparatisme anthropologique qui interroge nos capacités de traduction. Comment décrire les expériences trans, de changement de Genre d’autres cultures ? Et dans mon cas, comment décrire et traduire  d’autres régimes de mémoire et de médiatisation ? Comment recenser les conceptions et les institutionnalisations ? Je n’ai aucune réponse toute faite. J’avance cependant l’hypothèse qu’il faut renoncer à vouloir dissocier le réel et l’interprété au sein d’une culture et entre les cultures.

[Conclusion et ouverture]

Avec les Sciences de l’Information et de la Communication, les éclairages des études de Genre et des études culturelles on peut observer les liens qu’entretiennent les subcultures trans, mais aussi d’autres groupes minoritaires ou mis en situation de minorité, entre eux via l’internet par exemple et leur représentation médiatique.

Cela me conduit à un autre constat sous forme de question, issue de mon expérience au sein de la coordination internationale Stop Trans Pathologization : comment se fait-il qu’autant de cultures trans à travers le monde, sur tous les continents, se reconnaissent dans la lutte contre la pathologisation et dénoncent l’image des trans dans la culture ?

Cette question est à entendre comme une ouverture du sujet et comme conclusion de cette présentation.

Je vous remercie.

Cette photo est très importante à mes yeux. Outre la présence de ma directrice de thèse, elle illustre l'entourage, si précieux dans le déroulement d'une thèse qui est une page importante de l'existence. Cinq années  pour ma part : acquisitions de savoirs, partages, rencontres et d'amitiés.

Cette photo est très importante à mes yeux (tous mes amiEs n’y figurent pas, mais sont dans mes pensées) Outre la présence de ma directrice de thèse, elle illustre l’entourage, si précieux dans le déroulement d’une thèse qui est une page importante de l’existence. Cinq années pour ma part : acquisitions de savoirs, partages, rencontres et d’amitiés.
Photo : ©Amandine Suner

J’oubliais. le résultat. Le jury m’a accordé le statut de docteure en Sciences de l’information et de la communication, mention très honorable avec les félicitations du jury à l’unanimité. Une chercheure auto-idenfiée trans sur un sujet s’intéressant  aux questions transidentitaires à la lumière des études de Genre et des Cultural Studies, c’est tout simplement possible. Au risque de paraitre élististe (et ce n’est vraiment pas le cas), il faut certes être exigeant avec les autres mais surtout avec aussi soi-même. Toute chose a un prix, même dans le meilleur des mondes, alors quand ce n’est pas le cas, imaginons…

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